Les Vénézuéliens m’ont rappelé les Cubains : apeurés, parlant en chuchotant, cachant tout ce qui pourrait les compromettre face au pouvoir.
Par Yoani Sanchez, depuis Cuba.

Cette rencontre m’a laissée songeuse sur le thème du contrôle idéologique, de la surveillance et de l’intrusion excessive de l’État dans chaque détail de la vie quotidienne. Pourtant, malgré les similitudes que j’ai trouvées entre ces jeunes et mes compatriotes, j’ai senti qu’il leur restait à eux quelques espaces qui pour nous étaient fermés. Précisément les élections font partie de ces créneaux qui restent ouverts. Le fait qu’aujourd’hui dimanche les Vénézuéliens puissent se rendre aux urnes et décider par leur vote - malgré les mauvais coups du pouvoir officiel - le devenir immédiat de leur nation représente quelque chose, dont nous Cubains, sommes privés depuis longtemps. Le parti communiste de notre pays a habilement coupé toutes les voies qui nous permettraient de choisir entre plusieurs politiques. Sachant qu’il ne pourrait pas concourir en bonne position Fidel Castro a préféré partir seul en piste, et a choisi comme unique remplaçant quelqu’un qui, de plus, porte le même nom. Si l’on compare les situations il reste au Vénézuéliens l’espoir d’un après tandis que les Cubains vivent avec l’angoisse du jamais.
C’est pourquoi, connaissant la prison de l’intérieur, je me permets de recommander aux Vénézuéliens de ne pas laisser se fermer l’unique porte de sortie sur laquelle ils peuvent compter. J’espère que ces jeunes que j’ai rencontrés à l’aéroport de Panama exercent aujourd’hui leur droit de vote. Je leur souhaite qu’à partir d’aujourd’hui ils n’aient plus peur des représailles pour avoir été pris en photo avec quelqu’un, avoir émis une idée ou signé un tract. Bref je leur souhaite d’obtenir ce que nous n’avons pas réussi à avoir.
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Sur le web - Traduit par Jean-Claude Marouby
