Magazine Humeur

Santé mentale; de Pinel à Louis H. Lafontaine

Publié le 29 avril 2013 par Raymondviger

Psychiatrie et criminalité

Jean-Simon est dépendant affectif. Cliniquement, il est schyzo-affectif. Lorsqu’il a des crises, il entre dans un univers imaginaire qui le rend violent. Sa maladie l’a emmené à l’institut Philippe Pinel et à l’hôpital psychiatrique Louis-H. Lafontaine.

Dominic Desmarais Dossier Santé mentale, Criminalité

Jean-Simon aimerait bien oublier son début d’année 2011. Ses problèmes mentaux, qu’il traîne depuis près de 15 ans, ont bousculé sa vie comme jamais. Tout commence par ce qu’il espérait être un nouveau départ: le lancement de son 5e recueil de poésie dans un bar avec un groupe de musique qui chante ses textes. Jean-Simon tombe dans la paranoïa. Son enfer se déchaîne. «J’avais des problèmes de droits d’auteur avec un collègue de longue date. Ma vie a basculé. Je vivais de déceptions en déceptions.» Pensant sérieusement qu’on veut lui voler ses textes, Jean-Simon se met à dos ses amis.

La violence gronde

Depuis 1997, Jean-Simon suit des thérapies sur la violence. «J’étais quelqu’un de violent. Selon mon médecin, la violence est reliée à ma maladie. Je perçois des mondes à moi. Je ne suis pas dans le présent.»

Le jeune auteur a des troubles sociaux affectifs. Il a peur du rejet, de l’abandon. Ce qu’il provoque à chacune de ses crises. Pendant qu’il broie du noir et s’imagine que ses amis veulent abuser de lui, il rencontre une femme. «Je n’ai pas voulu m’embarquer avec elle. J’avais peur de l’engagement. Je suis dépendant affectif. Mais, je l’ai fait. Et j’ai beaucoup appris. Même si ma maladie m’a emmené en prison et à l’hôpital psychiatrique.»

Jean-Simon est amoureux. Il s’engage totalement et intensément dans sa relation. Malgré ses troubles mentaux, sa conjointe l’aide du mieux qu’elle peut. Consciente qu’il a des épisodes violents, elle le pousse à suivre une thérapie à l’hôpital psychiatrique Louis-H. Lafontaine. Les choses s’améliorent, Jean-Simon prend du mieux. Pour un temps. «Je pensais qu’elle avait volé ma caméra. Je lui ai proféré des menaces de mort. J’ai saccagé son appartement. J’étais dans un autre univers. Je prenais mes médicaments mais pas de la bonne façon. Il fallait que je les prenne en mangeant mais je les ingurgitais le soir, le ventre vide… Elle a appelé la police. Elle a eu peur. Elle a vu un autre Jean-Simon.»

Sa conjointe ne  porte pas plainte mais la police, oui. «J’ai été emmené au poste. J’ai passé la nuit là. Le lendemain, on m’a emmené à la prison de Rivière-des-Prairies. Comme c’était le congé férié de Pâques, j’y suis resté 4 jours.»

À la même période, Jean-Simon s’en prend à son propriétaire. Résident en centre d’hébergement pour adultes, Jean-Simon supporte mal le refus de son propriétaire d’héberger sa conjointe. À la suite d’une altercation avec d’autres pensionnaires, il menace son propriétaire. «Je lui ai dit: tu vas voir comment les Italiens s’arrangent.» Jean-Simon est renvoyé du centre et appelé à comparaître pour menace de mort. Il doit se présenter deux fois au tribunal pour deux menaces de mort distinctes. «Là, je suis tombé en dépression et les problèmes ont commencé. J’étais déjà malade. Mes troubles émotifs ont pris beaucoup de place.»

Séjour à Pinel

Au sortir de prison, Jean-Simon comparaît devant le tribunal à la chambre criminelle. On lui interdit de voir sa conjointe contre qui il a proféré des menaces. Le juge l’envoie pour un mois à l’institut Pinel pour qu’il soit évalué. Il est reconnu criminellement non responsable. «Je n’ai pas fait comme le docteur Guy Turcotte. Mais j’en aurais été capable, sans l’aide de mon ex-conjointe. »

Jean-Simon passe un mois à l’institut Pinel. La nuit, il est enfermé dans sa chambre. Il a droit à deux sorties par jour pour humer l’air dans une cour ceinturée de gros murs de brique. «C’est peut-être un institut psychiatrique, mais ça reste une prison.» Jean-Simon cohabite avec 7 autres détenus comme lui dans son unité. Il y a des gardes de sécurité et des intervenants sur le plancher. Les portes de sa chambre ouvrent à 9h le matin. «Tu as le droit de rester dans ta chambre si tu veux. Mais vaut mieux pas si tu veux te rétablir.» Le quotidien de Jean-Simon est fait de jeux de société, de télévision et d’attente pour les deux sorties de la journée.

«Les journées sont très longues. Et on a le droit à seulement 4 appels par jour. Deux le matin, deux le soir. Et les appels doivent être acceptés par l’établissement.» À Pinel, Jean-Simon a droit à des visites d’une heure les samedis et dimanches. Tous les jours, on prend sa pression, on lui donne ses médicaments. Jean-Simon et ses colocataires sont obligés de se laver 2-3 fois par semaine. Tous les vêtements appartiennent à l’institut. «Ce ne sont pas les tiens. Même les sous-vêtements.»

Durant son séjour d’un mois, Jean-Simon rencontre un psychiatre à 2 ou 3 reprises. Ces séances et les observations sur sa vie quotidienne sont utilisées pour déterminer s’il était sain d’esprit lorsqu’il a proféré des menaces de mort à l’endroit de sa conjointe.

Considéré criminellement non responsable, Jean-Simon n’a pas à être jugé au criminel. «Le procès va avoir lieu mais devant le tribunal administratif. Comme il aura lieu dans 3 mois, en attendant je dois être à Louis-H., l’hôpital psychiatrique.»

De la prison à l’hôpital

Bien qu’en attente d’un jugement, Jean-Simon n’est pas remis en totale liberté. Pour éviter que sa violence explose, il est soigné à l’hôpital psychiatrique Louis-H. Lafontaine.

Il est en quarantaine forcée jusqu’au jour de son procès. Il a besoin d’une autre évaluation psychiatrique quant à sa deuxième inculpation, toujours pour menace de mort.

Jean-Simon se sent moins à l’étroit à Louis-H. «Disons que c’est particulier. J’ai une entente avec la cour pour travailler et sortir. Je passe 3 jours par semaine au Café Graffiti pour travailler sur le lancement de mon 6ième livre, L’éveil des émotions. Je peux sortir du vendredi soir au dimanche soir. Il faut que je dise où je vais et que ce soit prescrit par le médecin que je rencontre 2 fois par semaine. À l’hôpital, ils ont un pouvoir sur moi. Je ne suis pas libre. Même au Café Graffiti, je ne le suis pas non plus. J’ai des horaires à respecter. Même si j’ai une journée tranquille, il faut que je reste. Mais, j’aime mieux ça que de rester à l’hôpital!

La différence d’avec Pinel, c’est que ce n’est pas une prison. Il n’y a pas de gardiens de sécurité mais des infirmières, des travailleurs sociaux, des psychiatres. Et des patients!»

À Louis-H., les patients sont 2 par chambre. «Contrairement à Pinel, c’est mixte. Et il n’y a pas d’intimité dans la chambre. À l’hôpital, j’ai mon propre linge. Je peux le laver sur place. Je le mets dans des armoires dont les tiroirs sont fermés à clé. Je dois demander à un préposé pour les débarrer, même pour les articles d’hygiène corporelle. Mais, il y a un point en commun: t’as hâte d’en sortir! Tu sais quand tu rentres, pas quand tu sors.»


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