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Du Luxembourg au Bangladesh – des solutions aux problèmes

Publié le 30 avril 2013 par Ecosapiens

Du Luxembourg au Bangladesh – des solutions aux problèmesVous avez raté la journée de la Terre et la semaine du développement durable ?

Il est encore temps de vous rattraper avec la quinzaine du commerce équitable qui officiellement commence le 4 Mai mais a été inaugurée politiquement ce 29 avril. En effet, hier au Sénat, deux ministres étaient présents pour annoncer le plan de soutien au commerce équitable.

Il y avait Pascal Canfin, ministre chargé du Développement, qui a annoncé l’objectif (tripler la consommation équitable) et les moyens (7 millions d’euros). Si le commerce équitable est désormais bien connu du grand public, celui-ci le boude encore concrètement au moment de l’achat. 6,40 € par personne et par an… c’est sûr que l’on ne peut que progresser.

En tant qu’observateur depuis belle lurette de la conso responsable, nous nous sommes souvent posés la question à eco-SAPIENS : pourquoi l’équitable ne décolle pas là où la bio a explosé.

Il est possible que la crise (ah ! la crise…) ait provoqué une sorte de repli sur soi, transvasant les préoccupations équitables vers du « made in France » . D’ailleurs, la bio étant encore en grande partie associée à la santé et au bien-être, il est probable que son succès confirmé malgré la morosité économique soit aussi le reflet de préoccupations nombrilistes. Voire.

En tout cas, le commerce équitable n’est pas mort. En France, il doit tout de même son salut à l’engagement des collectivités locales (réunies au sein de l’initiative territoires-ce) et à des appels d’offre comme par exemple celui lancé pour les uniformes de la gendarmerie.

Du Luxembourg au Bangladesh – des solutions aux problèmes
Bref, contrairement à un Pascal Canfin exemplaire, « jadis bénévole chez Artisans du Monde, actionnaire fondateur d’Alter Eco et acheteur régulier chez Alter Mundi » , le Français n’a pas le réflexe équitable dans son portefeuille.

Pourtant, l’actualité récente devrait le convaincre que ses achats ont un pouvoir. Savoir que les fringues que l’on porte (Mango, C&A, Tex de Carrefour, Benetton…) ont été fabriquées dans des conditions tellement déplorables que l’on en arrive au drame de 400 morts et 800 disparus, n’ébranle peut-être que les dernières chèvres sentimentales comme moi.

A titre anecdotique, quand j’ai appris la nouvelle le 26 avril, je suis allé en mon nom interpeller Mango sur sa page Facebook. Ca ne coûte pas grand chose mais je suis sûr que si une poignée d’entre  nous n’avaient rien fait, la firme n’aurait rien dit.

Des immeubles comme le Rana, il y en a plein chaque année et il a juste fallu cette fois-ci qu’il y ait vraiment beaucoup de morts pour que, timidement, on en parle. Et encore… je retiens arretsurimages et Rue89 et tardivement Le Monde (qui a supprimé ses pages Planète qui de toute façon confondait Planète et Météo…)

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On aurait pu croire que cette actualité sordide était un pont d’or pour introduire la quinzaine du commerce équitable. En effet, à tout problème il faut une dénonciation et une proposition. Le commerce équitable est bien une solution concrète pour remédier en partie au problème des vêtements low-cost. Insistons au passage pour rappeler que les fringues fabriquées à bas-coût ne sont même pas particulièrement bon marché… Or le commerce équitable, en plus d’inclure la santé et la dignité des travailleurs, veille aussi à la répartition des richesses.

Mais bizarrement, pas de communiqué de presse à ce sujet de la part des organisateurs de la quinzaine du commerce équitable. C’est la nouvelle ligne associative voyez-vous. On ne parle plus de « pourquoi » mais seulement du comment. On ne fait plus de critique ou de dénonciation. On propose et on engage des partenariats pour mettre en place des processus d’amélioration continue avec les parties prenantes etc. C’est sûr que tempêter, c’est être suspecté d’être un éternel râleur et qu’il faut dépoussiérer l’image du militantisme.

Parlez-en aux activistes de Notre-Dame-des-Landes. Pourquoi diable ils n’essaient pas d’engager un dialogue constructif avec Vinci ?

A ses débuts, le commerce équitable était, disons, « misérabiliste » . Né dans l’esprit de la charité chrétienne, il a voulu se défaire de cette image avec le fameux slogan « Trade, not Aid » .  Aux tables rondes d’hier, j’ai senti que le nouveau mot-clé était « développement » . Le commerce équitable est désormais un outil qui intéresse le ministère des Affaires étrangères et l’Agence Française du Développement, invités pour l’occasion.

Pourquoi pas. A condition de savoir de quel développement l’on parle. Autre débat.

Du Luxembourg au Bangladesh – des solutions aux problèmes
Personnellement, je me demande souvent pourquoi l’on cherche tant à trouver des vertus « occidentalisantes » au commerce équitable (en gros les voir sous l’angle des relations commerciales ou du développement donc). A mes yeux, le commerce équitable n’est qu’un marque de respect à un vendeur. Bref, on devrait commercer avec un citoyen du Sud comme avec son voisin de pallier.

Ne boudons pas notre plaisir. Le commerce équitable progresse lentement mais sûrement, se dote d’une communication de plus en plus décontractée, d’un festival nommé FairPride et de reconnaissance par le politique. Ce n’est pas rien.

Mais je m’interroge : qui va se charger du plaidoyer pour qu’il n’y ait plus jamais de fashion victims au Bangladesh ?


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