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Fouad Bachirou : « Sortir du PSG, c’est quitter un monde artificiel » (1/2)

Publié le 30 avril 2013 par Yannc83

Fouad BachirouDepuis trois saisons, Fouad Bachirou (23 ans) régule l’entrejeu de Greenock Morton, en deuxième division écossaise. Petit gabarit (1m69) tonique et dur sur l’homme, le Français n’était pourtant pas disposé à devenir footballeur professionnel. Jusqu’à 16 ans, le gamin de Clichy allait au lycée comme un adolescent lambda. Intégré tardivement à la section amateur du Paris Saint-Germain, il s’est finalement révélé comme l’un des solides espoirs de la génération 1990, au milieu des Mamadou Sakho et Maxime Partouche notamment. Pour foot-anglais.com, il a retracé son parcours avec une grande lucidité.

Comment as-tu rejoint le PSG ?
Dans ma jeunesse, j’ai toujours joué à Clichy. J’étais connu de tout le monde, même d’un recruteur du PSG, car je m’occupais des jeunes là-bas. Il m’avait vu jouer deux, trois fois et il me trouvait bon, mais pas assez pour le centre de formation. J’arrivais sur mes 16 ans et c’est très rare d’intégrer le centre à cet âge. On m’a proposé de rejoindre la section amateur du PSG. Ça m’avait plu car je voulais sortir de l’Excellence, me tester. J’habitais toujours sur Clichy et je me déplaçais deux ou trois fois par semaine pour m’entraîner les soirs. Je terminais les cours et j’avais d’ailleurs à peine le temps de rentrer prendre un petit goûter chez moi que je devais repartir.
Au bout de trois ou quatre mois, je me suis retrouvé à faire quelques matchs avec les 16 ans nationaux, puis à signer au centre de formation. Ça n’était jamais arrivé qu’un joueur passe de la section amateur au centre. Je n’y croyais pas aussi (rires).

Penses-tu que ta taille a été un obstacle pour intégrer des clubs plus huppés ? Il existe toujours le fantasme des grands costauds, surtout au milieu de terrain.
Ça a toujours été mon problème. Il y avait pas mal de clubs intéressés, mais les entraîneurs étaient souvent refroidis à cause de ma taille. Ma première année au PSG a été difficile aussi. On ne me faisait pas spécialement confiance à cause de mon gabarit, etc. Bon, je jouais en Excellence avant donc je pense que je n’étais pas prêt au début. Mais c’est vrai qu’il y a toujours cette réticence en France. J’ai parfois prouvé certaines choses à certains moments, mais s’il y avait un joueur d’un gabarit plus imposant qui pouvait faire mon boulot, c’était la priorité. Il y a toujours eu ces petits préavis.

Le PSG vous encourageait à poursuivre vos études ou la priorité était vraiment donnée au sportif ?
On nous demandait beaucoup, à la fois sur le football et le scolaire. Même si, honnêtement, je pense que ce n’était pas super bien encadré au niveau scolaire. J’avais l’impression qu’il « fallait le faire ». Les coachs n’y donnaient pas un vrai intérêt, tu étais livré à toi-même en quelque sorte. En intégrant le centre de formation, j’ai dû changer de formation. J’étais en hôtellerie et je ne pouvais pas continuer, donc j’ai fait de la compta. J’ai passé le BEP en un an et j’ai eu mon BAC Pro par la suite.

« Au PSG, on m’adressait parfois pas la parole pendant une semaine – et je m’inclus dedans – à des joueurs à l’essai ou qui venaient de signer. On n’a pas cherché à les connaître. »

Au final, tu n’as jamais reçu de contrat professionnel. Tu étais stagiaire pro quand tu jouais avec la CFA par contre ?
Voilà. Mais on savait que ça allait être très difficile d’avoir un contrat au PSG. Quand Antoine Kombouaré est arrivé, il a complétement fermé les portes. Pour donner un exemple concret, on ne l’a rencontré qu’à deux reprises : quand il a signé, pour se présenter, et une autre fois. Les autres entraîneurs, comme Paul Le Guen, venaient voir les matchs de la CFA, des jeunes et ainsi de suite. Quand on enchaînait des bons matchs en CFA, on avait la chance de s’entraîner avec les pros. Il y avait aussi des petites rencontres contre l’équipe première pour mieux juger l’effectif et les jeunes. Mais avec Antoine Kombouaré, il n’y avait plus d’accès avec les pros.

Adulé à Greenock Morton, Bachirou est rapidement tombé sous le charme de l'Ecosse et de son football, où il vit une aventure humaine extraordinaire

Adulé à Greenock Morton, Bachirou est rapidement tombé sous le charme de l’Ecosse et de son football, où il vit une aventure humaine extraordinaire

Est-ce que le club vous avait bien préparé à affronter la jungle du football professionnel ? Beaucoup de joueurs évoquent ce « choc » à la sortie du centre de formation où tout est beau et rose…
Je pense qu’on avait été préparé, notamment avec des coachs assez durs, mais peut-être pas assez. Pour ma part, je ne m’attendais pas à ça, à ce monde de requins plus ou moins. Mais ça a été plus facile pour moi car j’ai intégré le centre de formation tardivement. Les autres baignaient dedans depuis l’âge de 12, 13 ans. J’ai pu avoir une vie plus ou moins normale avant ça. Eux étaient davantage habitués à une « vie facile » entre guillemets. J’étais plus prêt à passer à autre chose. Sortir du PSG, ce n’est pas facile. Tu es plus ou moins libre dans une très belle ville et tu gagnes très bien ta vie. Tu es encadré pour n’avoir rien à faire. Quand tu sors de ce cadre-là, ça te fait un gros choc. Sortir du PSG, c’est quitter un monde artificiel en gros.

J’ai lu que tu avais quelques pistes en Italie avant de signer à Greenock Morton (D2 écossaise). Comment s’est passée la transition entre la fin de ton contrat au PSG et la recherche d’un club professionnel ?
Déjà, quand tu pars du PSG, tu penses trouver un club assez facilement. Tu ne t’inquiètes pas forcément. Pas tout le monde ne le dira, mais c’est la vérité, tu te dis : « Oh, je viens du PSG ! » Sauf que tu te rends rapidement compte que c’est dur et peut-être encore plus quand tu sors du PSG, pour une raison que j’ignore (rires). Je travaillais avec un agent qui avait des contacts. Certains clubs étaient intéressés, mais il n’y avait rien de concret.
J’étais fatigué d’attendre. Mon agent a décidé de contacter quelqu’un qu’il connaissait en Ecosse. On m’a proposé de faire la présaison à Morton jusqu’à ce qu’une proposition arrive. Au départ, c’était pour m’entretenir, rien de plus. Très vite, ils m’ont demandé de signer. L’intérêt du coach, Allan Moore, et son discours m’ont vraiment plu. Je voyais aussi la situation de mes potes, c’était la galère. Je me souviens que plus de la moitié des joueurs de la génération précédente n’avait pas de club aussi. Je n’allais pas cracher sur la soupe et rejeter une offre pareille. Surtout que je pensais progresser, augmenter mon bagage avec le jeu british. Car le rôle d’un milieu n’est pas du tout le même entre la France et ici (rires).

« Le problème quand tu es footballeur, c’est que tu as peur de le dire en France. Quand je sortais en boîte de nuit ou pour boire un verre, j’inventais un métier lorsque les gens me demandaient ce que je faisais dans la vie. J’avais limite honte »

Ta première saison a été assez délicate avec les blessures et les résultats collectifs (7e sur 10) mais je crois que tu es rapidement tombé amoureux de l’Ecosse et de ton club…
J’étais motivé à me donner encore plus car j’ai très rapidement accroché ici. J’avais aussi décidé de quitter la France car je n’aimais pas les mentalités autour du football. Ici, c’est tout l’inverse. Les fans vont aux matchs pour soutenir leur club et t’encourager. Ils ont même rapidement scandé mon nom et inventé des chansons ! C’est super familial et c’est le foot que j’aime.
Je me rappelle aussi du premier jour où j’ai signé. Je n’avais pas encore de compte bancaire et un de mes coéquipiers, que j’avais rencontré seulement le matin, m’a dit : « Ecoute, je suis là pour quoi que ce soit. » Et toute la journée, il m’a pris la tête pour me prêter 2 000 euros (rires). Je venais juste de signer, on ne se connaissait pas et il voulait s’assurer que je n’ai pas de problème d’argent, de logement. Ce sont des petits détails, mais tu ne verras pas ce genre de choses chez nous. Au PSG, on n’adressait parfois pas la parole pendant une semaine – et je m’inclus dedans – à des joueurs à l’essai ou qui venaient de signer. On n’a pas cherché à les connaître. En Ecosse, on voulait que je sois dans les meilleures conditions dès le départ.

Les gens ont dû poser un autre regard sur toi car l’image – détestable – d’un footballeur en France est la même, qu’il soit international ou galérien en National ou CFA avec un salaire lambda.  
C’est exactement ça. Le problème quand tu es footballeur, c’est que tu as peur de le dire en France. Du moins, c’était mon cas. Il y a quatre ou cinq ans, quand je sortais en boîte de nuit ou pour boire un verre, j’inventais un métier lorsque les gens me demandaient ce que je faisais dans la vie. J’avais limite honte. J’avais rencontré des gens et je leur avais dit que j’étais footballeur… Pff, je ne les intéressais pas du tout ! Tu sentais une jalousie pour certains et d’autres se disaient que tu étais con. Alors qu’en Ecosse, tu es respecté pour ce que tu fais, comme n’importe quelle autre personne. Ce qu’on n’arrive peut-être pas à comprendre en France, c’est que les cons et les connards il y en a partout. Ce n’est pas un métier qui définit le connard.

Retrouvez la seconde partie de l’interview ce jeudi

Fiche d’identité
Fouad Bachirou (23 ans) – Né à Valence
2006/2010 : PSG
2010 à aujourd’hui : Greenock Morton (D2 SCO) – 99 matchs – 2 buts


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