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Huguette

Publié le 06 mai 2013 par Mentalo @lafillementalo

Le ciel et la mer sont assortis dans un camaïeu de gris ce matin-là alors que nous explorons à pied les voies sans issue de la colline cossue, jetant des coups d’oeil furtifs à travers les haies pas encore très fournies pour la saison, espérant apercevoir villas élégantes et piscines azur.

Elle devait nous guetter, Huguette. Elle surgit de son jardin aussi vite que ses maigres jambes le lui permettent. Elle dit qu’elle attend le facteur, comme pour s’excuser de nous être tombés dessus – enfin quelqu’un à qui parler, ne serait-ce que quelques minutes. Nous sommes en vacances, et nous sommes heureux de lui offrir ces quelques minutes de compagnie.

Huguette est toute fluette, elle frissonne dans son gilet. Se plaint du temps, qui n’est pas comme les autres années, tellement froid. Nous sourions.

-Vous n’avez pas froid, vous?

-Non, il fait doux pour nous. Gris, mais pas froid.

-Ne me dites pas… Venez-vous de là haut?

Ses yeux délavés par le temps s’éclairent quand nous acquiesçons. Huguette a vécu toute sa vie dans notre région, elle est née là bas, tout en haut.. Elle conte en quelques mots son mari militaire, décédé il y a quatre ans, la vie de garnison, les enfants, quatre, à élever seule, au gré des missions de son officier de mari, la retraite dans le sud, cette grande maison, trop grande désormais, puisque les enfants sont partis, ou restés là bas, la solitude, aujourd’hui. L’argent que coûte l’entretien du jardin, avec cette glycine flamboyante, magnifique. La dame de service, qui vient préparer son repas, elle l’attend, il n’est que dix heures, mais elle l’attend, aujourd’hui ses jambes ne la portent plus, impossible de préparer à manger.

-J’ai quatre-vingt-dix-neuf ans, ajoute-t-elle, plus lasse que fière.

Ses yeux se posent à nouveau sur les enfants. Qu’elle trouve bien propres sur eux, et bien polis. Elle complimente l’un sur ses joues rouges, l’autre sur sa jolie coiffure. Leur dit combien être mère est difficile, qu’ils ont de la chance que je veille sur eux. Les recompte encore, les trouve nombreux, avant de se rappeler qu’elle aussi en a élevé quatre. Elle leur dit qu’ils sont beaux, et bien gentils. Ils sourient, elle sourit aussi, et leur dit encore.

Huguette est fatiguée maintenant. Elle mélange un peu, recommence son histoire. Evoque à nouveau son mari, et l’on peut ressentir le vide qu’il a laissé, ce compagnon de toute une longue vie. Huguette a froid, nous lui conseillons de rentrer maintenant. Huguette oublie qu’elle attendait le facteur, ou quelqu’un, n’importe qui, et se résout à regagner sa maison. Du perron, elle nous regarde nous éloigner, et nous lui faisons signe, au revoir, Huguette, à l’année prochaine, pour vos cent ans! Mais Huguette n’attend pas ses cent ans, elle attend la délivrance, la fin de ces jours identiques, le bout de ces heures si longues, quand on a fait le tour de sa vie.

Huguette


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