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Les grecs et le moyen âge: avons-nous une dette envers les arabes ? (2)

Publié le 19 avril 2008 par Vincent

791086255.jpgJe continue ma réflexion sur les deux articles du Monde et du Figaro. Mr Boiron cite un passage du livre où l'auteur fait remarquer que jamais les arabes n'ont appris le grec - ni al Farabi (sa Philosophie de Platon donne des étymologies fantaisistes des titres des dilaogues de Platon), ni Averroès, ni Avicenne. C'est exact. De fait , une fois les principaux textes grecs passés en arabe, on ne s'est pas soucié de rectifications philologiques, au contraire, on a considéré que traduit en arabe, la langue sacrée du Coran par excellence, on n'avait nul  besoin de revenir à une langue inférieure. Ceci étant dit - s'agit-il de mépris pour la langue grecque ou un souci de donner à Aristote une forme plus achevée en le traduisant dans une langue plus digne de lui encore ? La notion de traduction au début du moyen âge n'a pas tout à fait le même sens que celui que lui nous donnons aujourd'hui (respect du texte original) et des traducteurs ont cru bien faire en substituant "anges" au terme grec "theoï" (les dieux).

Je me permets de citer un extrait de la recension du Figaro qui m' a laissé songeur: Quant à l'influence d'Aristote, elle s'exerça essentiellement dans le domaine de la logique et des sciences de la nature. Rappelons que ni La Métaphysique, ni La Politique ne furent traduites en arabe.

Ah si les choses étaient aussi simples !!! Là je suis obligé de rectifier. Pour Les Politiques d'Aristote, le fait est exact mais la présentation du fait est biaisée: les arabes auraient bien voulu l'avoir ce texte !!! Averroès se replie ainsi sur une paraphrase de La République de Platon "faute de mieux" (l'expression est de Mr Brague), n'ayant pas réussi à trouver le livre (sans doute parce qu'il n'était pas en effet traduit).  On a produit des apocryphes comme le fameux Sirr al asrar (Le Secret des secrets) pour combler ce vide. Peut-être même Platon doit-il la transmission de sa pensée politique au fait qu'il y avait là un vide à combler. Mais les arabes étaient loin de se désintéresser de la question politique - ne serait-ce que par intérêt, ils étaient en train de mettre en place des structures politiques et connaître l'avis des grecs ne leur était pas indifférent. Sur le cas de la Métaphysique d'Aristote, l'auteur de l'article fait manifestement erreur. On en connaissait au moins de très larges extraits - à commencer par le livre lamda connu via les paraphrases de Thémistius et Alexandre d'Aphrodise (Averroès en fait même un commentaire de ce livre lambda !!!). Ibn Nadim dans son catalogue affirme qu' Ishaq - le fils du grand traducteur Hunayn - a traduit plusieurs livres de la Métaphysique d'Aristote. Je ne suis pas un spécialiste assez compétent pour être plus précis  mais laisser sous-entendre un désintérêt pour la Métaphysique d'Aristote ne correspond pas du tout à ce que l'on sait. Rappelons d'ailleurs que les arabes considéraient la paraphrase des dernières Ennéades de Plotin comme la Théologie d'Aristote et sa véritable métaphysique. Il n'y avait donc pas désintérêt des considérations politiques et métaphysiques. Au contraire.

Dans la troisième partie (à venir), j'aborde la question religieuse.


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