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Les pyramides du Mexique

Par Memophis
PERRIER R., avril 2004

1 - Introduction

Au cours d’un voyage en mars 2004 nous avons eu l’occasion de visiter une vingtaine de sites archéologiques du Mexique, depuis le Plateau Central jusqu’au Yucatan, et de faire diverses observations sur la nature des roches employées et sur leur mise en œuvre. Nous tenterons ici de les intégrer dans le cadre archéologique, qui a fait l’objet de multiples publications, et d’établir quelques comparaisons avec les pyramides égyptiennes, certainement mieux connues des lecteurs européens.

Le nombre de pyramides mexicaines est de plusieurs centaines ; il n’est pas exactement connu, car certaines se présentent comme de simples monticules de terre ou de gravats, qu’il reste à découvrir et à fouiller (spécialement dans les zones forestières de la côte du Golfe du Mexique, du Yucatan et du Chiapas), d’autres sont de petite taille et ne peuvent être comptées avec les plus grandes. En tous cas leur répartition coïncide avec ce qu’on a appelé la « Méso-Amérique », qui correspond à l’extension de grandes civilisations pré-hispaniques, de la région de Mexico jusqu’à la péninsule du Yucatan, incluant le Guatemala : les sites archéologiques les plus extrêmes se trouvent dans le centre du Mexique d’une part (comme La Quemada, El Ixtepete, Chalchihuites), et d’autre part au Salvador et au Honduras.

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Fig. 1 - Une pyramide type, le Castillo de Chichen Itza

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Fig. 2 - Carte de localisation des principaux sites

En Amérique du Sud, le Pérou a connu également la construction de pyramides à partir de 1600 avant J.C, le plus souvent en argile (Sechen Alto, Las Aldas, La Florida, Caballo Muerto, El Paraiso). La civilisation Chavin( -850 à -250) a introduit le revêtement de pierre, mais les cultures suivantes entre -200 et +600 (Moche et Nazca) sont revenues à l’argile. On retrouve des pyramides en pierre à l’époque Tihuanaco en Bolivie (+374 à +724), et de nouveau des constructions en argile dans le NW du Pérou à Chanchan (Empire Chimu) et à Tucumé. Par contre l’empire des Incas (1438-1533), s’il a construit des forteresses en pierres parfaitement appareillées, n’a pas édifié de pyramides.

2 -  Rappel sur les civilisations mexicaines

   

A - L’arrivée des premiers hommes par le Détroit de Behring se situerait vers - 20 000, ils chassent avec des outils en silex le mammouth et le cheval, jusqu’à faire disparaître ces grands mammifères. A partir de -10 000, ces chasseurs récoltent des plantes et des coquillages, puis commencent à cultiver le maïs, le millet, les avocats et les courges ; les grains sont écrasés sur des pierres à moudre (metate) avec un rouleau. Vers -3000 apparaissent les premiers villages, la fabrication de poteries et de figurines de terre cuite.

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Fig. 3 - Tableau chronologique des civilisations
  B - La première civilisation, qui influencera toutes les suivantes, est celle des Olmèques (environ -1500 à -600) : elle apparaît sur la côte du Golfe du Mexique, avec les sites urbains de La Venta,  Tres Zapotes et San Lorenzo ; ils construisent les premières pyramides (en terre), et introduisent la sculpture monumentale sur pierre (têtes colossales, autels sculptés en forme de jaguars), le travail des pierres dures (jade, serpentine, obsidienne…), l’écriture à partir de -500 (glyphes) et sans doute la numération, la déformation crânienne des enfants, ainsi que le jeu de pelote avec une lourde balle de caoutchouc. Sans qu’ils aient constitué un vrai empire, leurs techniques ont diffusé jusque sur les plateaux mexicains (Oaxaca),  au Guatemala et même au Costa Rica.

On reconnaît trois types de populations dans les statues et céramiques olmèques : un faciès négroïde massif à lèvres lippues (têtes colossales, figurines de jade), un type mongoloïde (figurines en céramique d’enfants souriants à yeux bridés), et parfois un type barbu à nez aquilin. Leur origine fait l’objet de spéculations, l’une des hypothèses (Wieshew, 2000) envisage une provenance chinoise : cet auteur a trouvé des analogies entre les glyphes gravés sur des haches de jade de La Venta et les pictogrammes des os divinatoires de la fin de la dynastie Chang, qui fut renversée en -1100 : des exilés Chang seraient partis en bateau sur la « mer orientale », apportant aux populations locales l’écriture et le travail du jade (mais non le cheval et le bronze, alors connus des chinois).

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Fig. 4 - Tête olmèque de San Lorenzo, coiffée d'un casque

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Fig. 5 - Figurine olmèque à faciès asiatique (Baby Face)

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  Fig. 6 - Statue olmèque barbue, le Lutteur

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  Fig. 7 - Captif olmèque (Danzante) de Monte Alban

C - Sur le Plateau Central le premier centre urbain et religieux apparaît à Cuicuilco entre -300 et -100, date à laquelle la ville est ensevelie sous une coulée de basalte. Durant la période Classique, une importante ville s’installe ensuite à Teotihacan, qui verra son apogée entre +400 et +750, avec peut-être 200 000 habitants ; deux très grandes pyramides, celles du Soleil et de la Lune, sont édifiées et alignées selon une avenue de plus de 2 km de long, toutes les habitations sont orientées parallèlement à cet axe. Le culte du Serpent à Plumes se répand, on sculpte des monolithes jusqu’à  3,2 m de haut, on travaille l’obsidienne à grande échelle, les gisements du Cerro de la Navajas lui conférant un quasi-monopole, ainsi que l’os, la nacre des coquillages, l’onyx calcaire et la diorite. Un grand incendie met fin à la prédominance de cette immense ville.

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Fig. 8 - Plan de Teotihuacan, noter l'alignement des édifices

En pays zapotèque, s’installe le grand centre cérémoniel de Monte Alban (200-900), qui subit l’influence de Teotihacan tout en développant ses particularités : urnes funéraires en céramique figurant des dieux, nombreuses colonnes pour soutenir les toits, présence d’un observatoire, riches tombes avec peintures murales localisées en dehors des pyramides, masques mortuaires en jade, travail de la turquoise et du cristal de roche.

Dans la région totonaque la ville de El Tajin (500-900) édifie une pyramide avec 365 niches correspondant aux jours de l’année solaire, un palais à colonnes de 1 m de diamètre, et pratique comme les autres le jeu de pelote dans des stades spéciaux en forme de I ; des sculptures en pierre assez particulières, les jougs, palmes, et haches votives représentent sans doute des récompenses pour les équipes gagnantes, tandis que le capitaine de l’équipe perdante est sacrifié par les prêtres.

En pays Maya, la période classique voit le développement de multiples cités indépendantes, grâce à des cultures surélevées, irriguées à partir de citernes ou par l’eau puisée dans les puits karstiques (cenotes) dans des régions souvent semi-désertiques et aujourd’hui infertiles. Des pyramides et palais luxueux dominent les villes, surmontés de hautes crêtes ajourées augmentant leur impact visuel, des observatoires permettent de déterminer les dates par observation du lever ou du coucher des astres, des stèles gravées représentant de hautes personnalités et portant des glyphes donnant la date exacte de leur érection sont dressées à maintes occasions, entre 292 et 889 ; l’invention de la voûte en encorbellement (fausse-voûte) permet l’aménagement de pièces multiples à l’intérieur des palais et temples, tandis que dans le Nord les toits plats en béton prévalent. Un réseau routier de grand gabarit relie les cités. Les fresques décorant les temples, particulièrement conservées à Bonampak grâce à une couche de calcite, montrent que contrairement à l’opinion des premiers archéologues, les mayas n’étaient pas un peuple pacifique, mais sacrifiaient les prisonniers et pratiquaient l’autosacrifice (perforation de la langue ou d’autres organes pour abreuver de sang les dieux). La civilisation maya classique s’éteint au Xe siècle, sans qu’on en connaisse bien la raison (sécheresse exceptionnelle, guerres intestines, révolte des populations contre la caste sacerdotale ?).

D - Au cours de la période post-classique ( 1000-1521) d’importants changements surviennent dans tout le Mexique. Sur le Plateau Central l’invasion Toltèque amène à Tula des nomades chichimèques belliqueux et sanguinaires, de parler nahuatl, qui assimilent les techniques antérieures et construisent des temples soutenus par de hautes colonnes de pierre représentant des guerriers, les « atlantes », et introduisent les Chac-Mool, statues de guerriers à demi-couchés qui recevaient dans une coupe les cœurs des sacrifiés. A leur époque parvient la connaissance des métaux, or, argent et cuivre, qui serviront surtout à l’orfèvrerie, assez peu pour les outils et les armes. A la chute de Tula en 1168, leur culture survivra à Xochicalco, Mitla et Cholula. Une migration toltèque s’effectue vers le nord du Yucatan, conduite d’après la légende par un roi toltèque nommé Quetzalcoatl au Mexique et Kukulkan au Yucatan, qui s’installe à Chichen où elle  apporte le Chac-Mool et les pratiques sanguinaires, mais aussi les imposantes colonnades et l’orfèvrerie. Une nouvelle période de décadence se produit au XIIIe siècle, suite à des guerres entre cités. De rares villes, comme Campeche et Tulum, subsistent à l’arrivée des espagnols.

La période Aztèque voit l’arrivée depuis le nord d’une autre tribu parlant nahuatl, les Mexica, encore plus sanguinaire. En 1325 ils s’installent sur un îlot du lac de Mexico, fondant la ville de Tenochtitlan ; en l’espace de 150 ans ils établissent leur domination sur une grande partie du Mexique central, sans conquérir cependant le Michoacan ni les pays mayas. Ils installent des garnisons et un réseau commercial pour se procurer métaux et pierres précieuses, cacao, coton et plumes de couleur ; ils construisent des jardins flottants, des temples, des chaussées, et une ville qui émerveillera les conquistadores. Leur statuaire monumentale, quoique représentant des dieux horribles, est l’une des meilleures depuis celle des Olmèques. Ils ne parviennent pas à contrôler les tarasques du Michoacan, qui excellent dans le travail des métaux et de l’obsidienne, mais n’édifient que des temples assez primitifs, les yacata, en pierres sèches.


  

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Fig. 9 - Scorie basaltique appelée tezontle, collegio San Ignacio, Mexico

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Fig. 10 - Vase aztèque en obsidienne, hauteur env. 18 cm


   E - la Conquête espagnole : Christophe Colomb avait débarqué aux Antilles le 12 octobre 1492, puis reconnu au cours des années suivantes Haïti, Cuba, les côtes d’Amérique Centrale et de Guyane. A la suite d’un naufrage en 1511, des matelots de Valdivia dérivent jusqu’à l’île de Cozumel au Yucatan, ils sont massacrés sauf deux d’entre eux qui survivent parmi les Mayas. En 1517 l’expédition de Fernandez de Cordoba débarque en plusieurs points du Yucatan ; attaquée par les Mayas, elle subit de lourdes pertes et les survivants retournent à Cuba. L’année suivante Juan de Grijalva avec ses quatre navires contourne le Yucatan, subit les attaques de Mayas, puis remonte vers Vera Cruz où il reçoit un meilleur accueil.

Le 25 avril 1519 Hernan Cortéz débarque près de Vera Cruz avec 11 bateaux, 500 hommes, 17 chevaux et 10 canons ; bien accueilli par l’empereur aztèque Moctezuma qui croyait assister au retour du dieu civilisateur Quetzalcoatl, et après une extraordinaire épopée, trop connue pour qu’il soit besoin de la rappeler, finit par s’emparer de Mexico le 13 août 1521, et rase la ville. La conquête du Yucatan donnera plus de fil à retordre aux espagnols de 1524 à 1541, puis au Mexique indépendant (depuis 1821) lors de la Guerre des Castes de 1847. Les ruines mayas disparaissent dans la jungle, et ne seront redécouvertes qu’à la fin du XVIIIe siècle (Antonio del Rio à Palenque) et décrites au XIXe (Stephens et Catherwood en 1839).

3 - Les matériaux

Le Mexique est structuré depuis la frontière des USA jusqu’au Chiapas par une longue chaîne montagneuse appelée Sierra Madre, formée à l’Eocène : on distingue la Sierra Madre Orientale, formée en grande partie de calcaires crétacés (traversés par des intrusions alcalines à l’origine de minéralisations d’argent, plomb, zinc et or) et la Sierra Madre Occidentale, occupée surtout par un volcanisme tertiaire. Un axe volcanique basaltique E-W d’âge quaternaire recoupe l’ensemble au niveau de Mexico, avec de hauts volcans culminant à 5747 m au Pico de Orizaba ; quelques uns sont encore actifs, comme le Popocatepetl (5465 m).

Par contre la région côtière du golfe du Mexique est occupée par une série sédimentaire tertiaire descendant vers le Golfe, et la péninsule du Yucatan par une plateforme ancienne recouverte de calcaires tertiaires horizontaux.

A - Roches plutoniques : leur emploi a été très rare, nous n’avons à signaler que les outils en diorite des Olmèques (ciseaux et haches), et une stèle en granite à Kaminaljuyu (Guatemala)

B - Roches volcaniques : abondantes dans la région de Mexico, elles ont été employées, plus ou moins bien taillées, dans la plupart des sites du Plateau Central. Les basaltes de Tenochtitlan provenaient du Peñon Santa Catarina et de Chimalhacan, les andésites de la Sierra de Guadalupe ; des rhyolites rouges se rencontrent à Teotenango. Mais la roche la plus caractéristique est le tezontle, scorie volcanique rouge de nature andésitique à basaltique, de faible densité (1,2 à 1,6), provenant  du Peñon de los Bagnos, du Peñon del Marques, du Cerro de la Estrella : les Aztèques notamment l’ont utilisé pour les reconstructions du Templo Mayor de Tenochtitlan, sa faible densité aidant à compenser les problèmes d’enfoncement de la pyramide dans les vases lacustres. Le tezontle se trouve aussi dans la région de Cuernavaca ; les espagnols de la période coloniale y ont fait appel, et à leur suite les mexicains actuels.

De nombreux volcans mexicains ont émis des coulées de verre volcanique au cours du Tertiaire, et leur obsidienne a été largement employée par toutes les cultures, à défaut de bronze et de fer. Ses emplois ont été innombrables comme rasoirs, outils de découpage (viande, bois, papier, cuir), armes de guerre (pointes de flèches et de lances, massues, sabres avec lames alignées sur un support en bois), objets du culte (grands couteaux bifaces pour arracher le cœur des sacrifiés, petites lames pour extraire le sang), bijoux, miroirs (beau miroir rond de 30 cm de diamètre exposé à Teotenango, d’autres au Musée d’Anthropologie de Mexico). Quelques réalisations exceptionnelles sont les excentriques, taillés en formes extravagantes, et ce vase aztèque bien connu, parfaitement poli, en forme de guenon. L’obsidienne présente des couleurs variées, du noir parfait au noir mordoré de vert, au rouge et jusqu’à des variétés transparentes. Nous ne pouvons énumérer ici toutes les occurrences d’obsidienne recensées par les archéologues, qui disposent de divers moyens d’analyse pour reconnaître leur provenance, mentionnons seulement une brève visite au site d’Otumba et à celui du Cerro de las Navajas entre Pachuca et Tulancingo, encore exploités artisanalement par les fabricants de souvenirs de San Francisco Mazapan près de Teotihuacan

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Fig. 11 - Silex mayas "excentrique"

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Fig. 12 - Maison maya en adobe, reconstituée
  C - Argiles : l’adobe est préparé en tassant de l’argile plus ou moins mêlée de fibres végétales dans un cadre rectangulaire, et les briques simplement séchées au soleil. Il a été beaucoup employé au cours de l’histoire pour les murs des habitations populaires, et encore parfois à l’heure actuelle. Peu résistant aux intempéries lorsque la toiture a disparu, il ne reste des habitations que les pierres de soubassement. Les premières pyramides  circulaires des Olmèques, construites dans la zone côtière du Golfe où la pierre manquait, étaient édifiées en adobe, il n’en reste que des monticules de boue. Le noyau de la pyramide circulaire de Cuicuilco est également en argile compactée, le recouvrement est en pierres non taillées. Certaines sculptures ont été modelées en argile à Monte Alban, et recouvertes de stuc, comme ce grand serpent reproduit dans le musée du site.

Les briques cuites n’ont été employées qu’à Comacalco, au sud du Golfe : il s’agit de grandes briques plates, avec des dessins gravés ou modelés en relief avant la cuisson.

D - Calcaires : c’est dans le Yucatan que l’emploi des calcaires a été généralisé, car il y forme le substratum de toute la péninsule. Cependant il est souvent masqué en surface par une épaisse couche de caliche (voir plus loin).

L’âge des calcaires s’étend du Paléocène (Edzna, Xpuhil, Becan, Calakmul), à l’Eocène (Kohunlich, Sayil, Labna, Kabah, Uxmal, Chichen Itza) et au Quaternaire (Tulum). Leur qualité comme pierre de construction varie dans de larges proportions ; certains sont excellents comme les calcaires micritiques compacts de Chichen Itza, épais de 4 à 5 m, en bancs métriques comme on le voit dans la coupe du cenote. Des calcaires bioclastiques d’assez bonne qualité ont été notés à Becan et Xpuhil. A Sayil et à Kabah les calcaires sont également assez bons, mais traversés d’inclusions rouges d’origine karstique. A Calakmul par contre le calcaire est friable, et résiste mal aux intempéries.

Des calcaires micritiques jaunes ou gris (bicolores) en petits bancs, de qualité variable, ont été utilisés à Palenque, au pied de la chaîne de Chiapas (Crétacé) : des calcaires micritiques jaunes en gros bancs ont servi à tailler de grands sarcophages, leur point d’extraction reste à trouver. Aux environs d’Oaxaca, la ville de Mitla a fait usage d’un calcaire beige poreux, avec de gros trous de dissolution.

L’onyx calcaire, qui se trouve en remplissage de filons karstiques selon notre observation à Tecali, a été employé à Teotihacan et Monte Alban pour des vases, à Mexico pour des sculptures aztèques et par les espagnols (chaire de la cathédrale de Mexico) ; il en existerait divers gisements dans les massifs calcaires à Villa Cos (aragonite), Apasco el Alto, Tehuacan, Tlaxcala, Tepeaca et Oaxaca, par contre l’extraction a cessé à Tecali depuis une cinquantaine d’années.

Des calcaires marbriers sont exploités depuis l’époque coloniale : on remarque dans les cathédrales de beaux dallages polis pendant des siècles, et de grandes surfaces dallées sur des places et dans des immeubles récents : ce sont des calcaires compacts de diverses couleurs (noirs, rouges, gris…), généralement parcourus de filonets de calcite témoignant d’une tectonique intense, et souvent décorés de grands Rudistes du Crétacé ; ils proviennent de la Sierra Madre Orientale, les civilisations pré-hispaniques les ont ignorés.

E - Grès : le principal site construit en grès est celui de Monte Alban. Il s’agit d’un flysch crétacé inférieur, avec des bancs de grès turbiditiques, épais jusqu’à 80 cm, de type micro-conglomératique, pouvant fournir de grandes dalles gravées et des pierres de construction. Certains bancs montrent des stries et des flute-casts, signes indubitables de courants sous-marins rapides. Des grès sont également mentionnés à Tonina dans la chaîne du Chiapas. Une autre roche siliceuse, le silex,  était connue en pays Maya où il trouvait les mêmes emplois que l’obsidienne.

F - Pierres de récupération : les pyramides étant formées d’édifices successifs emboîtés les uns dans les autres, les indiens préhispaniques ne pouvaient récupérer les matériaux précédents, à moins de raser un édifice pour reconstruire ailleurs. C’est ce qui a du se passer à Monte Alban où l’on observe la réutilisation dans plusieurs édifices de nombreuses dalles et stèles gravées, représentant des captifs de type olmèque (les « danzantes ») ; ces dalles proviennent vraisemblablement de la destruction d’un édifice antérieur, construit pour commémorer une victoire zapotèque sur les occupants olmèques. Après la conquête espagnole la construction de nombreux couvents et églises a entraîné la destruction de temples et pyramides et le réemploi de leurs matériaux, à l’exception des pays mayas dont les cités furent abandonnées à la nature.

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Fig. 13 - Réemploi de dalles gravées, Edifice J de Monte Alban ; noter les figures sédimentaires sur le grès

G - La chaux : avec les pierres, la chaux est le constituant principal de l’architecture préhispanique. Les Olmèques ne la connaissaient pas, employant de grands monolithes, de l’argile et des cendres volcaniques. La chaux apparaît avant l’ère chrétienne à Teotihuacan et au Yucatan (Dzibilchaltun), sans qu’une date bien précise puisse être donnée. Sa fabrication consiste à chauffer des fragments de pierres calcaires à plus de 400°C : on ne connaît pas de fours à chaux préhispaniques (sauf à Copan, au Honduras), pas plus que pour la céramique, aussi suppose-t-on que le chauffage se pratiquait dans de grands feux de bois. Les morceaux de chaux vive obtenus sont plongés dans un bassin d’eau ; au bout d’un certain temps on obtient un précipité donnant une pâte (la chaux éteinte), que l’on peut mélanger à du sable pour préparer un mortier, et un liquide surnageant (l’eau de chaux), qui permet de badigeonner murs et planchers pour les peindre en blanc, avant d’appliquer éventuellement une peinture. La chaux éteinte avait donc des applications multiples, qui caractérisent les monuments post-olmèques, et leur permirent de résister au temps :

- le mortier de chaux et de sable (cendres volcaniques, sable de quartz ou poudre calcaire selon les régions) sert à monter les pierres de parement et à remplir les murs de blocs de pierre non taillées. La construction des pyramides, temples et palais a nécessité des volumes considérables de chaux, qui ont peut-être conduit à une déforestation excessive. Souvent de petits éléments de tezontle aident à remplir l’espace entre pierres. Il s’agit donc d’un véritable béton, mais non armé, qui a servi également à réaliser des toits plats dans certaines régions.

- le même mortier servait d’enduit pour les murs, plafonds et planchers, régularisant la surface des pierres pas toujours bien taillées.

- le stuc, préparé avec un sable fin, permettait de modeler des décors en relief appliqués sur les murs, où des tenons avaient été réservés, tels que les masques des mayas ; le modelage du stuc atteignit la perfection à Palenque, où il est relativement bien conservé.

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Fig. 14 - Grand masque modelé en stuc à Kohunlich

L’inconvénient des mortiers  de chaux est la lenteur de la prise, qui se fait au contact du gaz carbonique de l’air et produit du carbonate de calcium, et la décarbonatation qui survient avec le temps, le carbonate de calcium étant quelque peu soluble dans l’eau. A noter que certains ouvrages archéologiques mentionnent le « plâtre » pour les mêmes usages : il nous semble que le vrai plâtre, préparé par chauffage de gypse à 100°, n’a jamais été employé, mais qu’il s’agit d’une mauvaise traduction de l’anglais plaster, qui correspond à toutes sortes d’enduits, les anglo-saxons nommant le vrai plâtre plaster of Paris ou gypsum plaster.

Pour le Mexique central, certains ont envisagé l’emploi de coquillages marins pour la fabrication de la chaux ; plus vraisemblablement le calcaire provenait d’affleurements distants de plus de 60 km de Mexico, comme les régions de Tula, Hidalgo, Morelos et Puebla, moins lointaines toutefois que les côtes (distantes de 400 km). Dans les pays mayas ce problème de transport n’existait pas puisque des calcaires affleurent presque partout.

H - Roches semi-précieuses : le jade vrai ou jadéite a été très recherché depuis les Olmèques pour des plaquettes d’ornement, des bijoux divers, des masques funéraires, des figurines, des couteaux. Le plus gros objet de jade est un fragment de stèle carrée, de 50 cm de côté, exposé au Musée d’Anthropologie (salle Teotihuacan). L’origine du jade a longtemps posé problème, jusqu’à ce qu’on trouve en 1954 d’importants gisements dans la vallée du Rio Motagua au Guatemala, le long d’une ancienne cicatrice témoin d’un océan disparu, accompagnée de Schistes Bleus et d’éclogites. La jadéite s’est formée sans doute à la faveur de remontées hydrothermales riches en sodium ; la variété la plus prisée, le Bleu Olmèque translucide, n’a été trouvée qu’en 1998 quand des crues mirent à jour de nouveaux gisements de belle qualité. La distance jusqu’au pays des Olmèques est d’environ 1600 km. Par ailleurs des roches vertes et serpentinites sont connues dans le Rio Balsas et dans la Sierra de Taxco.

La turquoise, appréciée également des dirigeants olmèques, était extraite au Nouveau Mexique (USA) sur le Mont Chalcihuitl au NE d’Albuquerque, où les Indiens autochtones l’ont extraite de grandes carrières : elle serait de formation récente (Pliocène) par remontées hydrothermales le long d’intrusions de porphyres quartzifères contenant du cuivre. Là aussi son transport sur de longues distances (2300 km) montrerait qu’un réseau commercial existait avant l’ère chrétienne, peut être par descente du Rio Grande et transport par pirogues le long de la côte du Golfe. Cependant des mines de turquoise ont aussi été exploitées à l’époque classique au Mexique, près du site de Chalchihuites (mot nahuatl signifiant turquoise), point extrême d’extension des civilisations méso-américaines, à 150 km au NW de Zacatecas : dans les conglomérats de la colline d’Alta Vista, l’archéologue Weigand a dénombré pas moins de 750 galeries.

L’opale a été utilisée par les Toltèques, une mine existe près de Guadalajara et une autre au SE de San Luis Potosi. Le jayet était employé à Monte Alban, la fuchsite à Uaxactum (Guatemala). La malachite, dont les gisements ne nous sont pas connus, a servi à faire des manches de couteaux.

L’ambre est une résine fossile, provenant de l’Oligo-Miocène d’un petit synclinal (8 x 5 km) de la chaîne du Chiapas : le principal centre d’extraction est le village de Simojovel, où il est activement exploité dans des conditions fort périlleuses au moyen d’étroites galeries éclairées aux bougies. Des artisans le transforment en pendentifs et colliers pour les touristes. Certains échantillons renferment des insectes, des plantes, même des crustacés. Un intéressant musée de l’ambre se trouve à San Cristobal de las Casas. L’ambre provient ici d’un arbre de la famille des Légumineuses, Hymenaca protium ; sa couleur est jaune-ambré, parfois verte ou rouge. Bien que cette roche se conserve assez mal, on a trouvé quelques bijoux dans des tombes du début de la période classique (perles et ornements d’oreille).

Parmi les minéraux, citons de grandes lames de mica, travaillé à Monte Alban et Teotihuacan, qui ont pu servir à la fabrication de miroirs et de braseros pour brûler l’encens (copal), la magnétite, l’hématite et l’ilménite employés comme miroirs par les Olmèques, le cinabre (produit à la Sierra de Queretaro) servant de pigment rouge (vermillon) pour les poteries et l’intérieur des sarcophages. La pyrite (variété marcassite, fibro-radiée) a servi aux Mixtèques et Aztèques à confectionner de petits miroirs ronds. Dans le cristal de roche (quartz hyalin), connu depuis les Olmèques, les Aztèques ont taillé divers bijoux : têtes de morts, perles, ornements d’oreille en forme de bobine, dans lesquels était sertie une pierre semi-précieuse, qui se plaçait dans le lobe distendu de l’oreille.

Ajoutons enfin que la nacre (aragonite) des grandes coquilles du Pacifique et du Golfe du Mexique a été fréquemment travaillée sous forme de plaques pectorales, de perles et de bagues.

I - Travail de la pierre : en ce qui concerne les carrières de pierres, nous n’avons trouvé pratiquement aucune référence ; il est tout à fait possible qu’aucune carrière organisée n’a été ouverte, les indiens se contentant de récolter des pierres de surface et des galets. Dans certaines régions semi-désertiques, comme au SE de Puebla et autour de Xpuhil au Yucatan, les roches calcaires sont masquées par une épaisse couche de caliche : il s’agit d’une poudre de calcaire microcristallin, formée par évaporation en surface des eaux d’une nappe phréatique riche en carbonate (ce terme ne doit pas être confondu avec le caliche du Chili, qui est un minerai de nitrate de sodium).

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Fig. 15 - Outils pour le travail de la pierre

Les pierres utilisables devaient être disponibles en abondance dans les sites comme Monte Alban où d’importants terrassement furent effectués. La recherche de gros blocs pour les sculptures monumentales, les colonnes et sarcophages devait demander plus d’efforts, et des transports sur plus grande distance.

Par contre les archéologues ont étudié divers gisements d’obsidienne : Cerro de las Navajas (Etat d’Hidalgo, à l’Est de Pachuca), Otumba (Etat de Mexico) et Pico de Orizabal (Vera Cruz). Dans le premier site ils ont décrit sur le flanc sud du Cerro del Milagro des puits verticaux, au nombre de 166, d’une profondeur de 12 à 40 m, s’élargissant en chambres en profondeur ; les outils étaient des pics et des marteaux de rhyolite. Les blocs d’obsidienne se trouvent emballés dans des cendres volcaniques. Des traces d’ateliers ont été trouvées sur place, mais le principal centre de taille se trouvait à  Teotihuacan, où l’on a compté plus de 450 ateliers dans la ville ; les produits étaient exportés  jusqu’au Yucatan.

La taille de la pierre ne pouvait se faire avant le Xe siècle qu’avec des outils de pierre (ciseaux et haches en diorite des Olmèques, Musée d’Anthropologie de Mexico)  ; le musée d’Oaxaca montre quelques ciseaux et des haches en bronze d’époque mixtèque. Par contre le Musée d’Anthropologie  expose aussi des ciseaux, masses et haches de diorite employés par les Aztèques, qui ont donc continué à faire usage de l’outillage de pierre à une époque tardive, peut-être à cause de la rareté du bronze. Au musée de Xochicalco sont présentés de gros « plombs » de pierre, longs d’une vingtaine de centimètres, pointus d’un côté et munis d’un trou pour une ficelle de l’autre.

Dans le travail des pierres dures, introduit par les Olmèques, la première question qui se pose est celle du sciage en tranches minces ; la seule solution envisageable est l’emploi d’une cordelette ou lanière de cuir entraînant un abrasif et de l’eau. Le polissage pouvait débuter avec des blocs de basalte bulleux et un abrasif, ou même avec des polissoirs en forme de tampon ou de fer à repasser munis d’une poignée, tels ceux présentés à Xochicalco. Les abrasifs pouvaient être du sable ou de l’obsidienne pulvérisée. Il s’achevait avec une peau ou un tampon de végétaux, et de l’argile fine.

Les objets olmèques présentent souvent de petits trous pour suspendre les ornements, on peut supposer qu’ils étaient forés par une tige de bois et de l’abrasif, mise en rotation par un arc. Un autre problème est celui de l’évidemment des vases : on constate sur un vase partiellement évidé en onyx calcaire (Musée d’Anthropologie, salle Toltèque), des cannelures formées par des trous contigus de 25 mm de diamètre, qui aurait pu être foré par un outil d’obsidienne fixé à l’extrémité d’une tige, mais l’évidemment des vases d’obsidienne et de cristal de roche n’est pas possible par cette technique.

L’obsidienne et les silex étaient taillés en lames par frappe sur un noyau, ces lames étant ensuite retouchées par pression avec un os humain ou un bois de cervidé pour en faire des bifaces, comme partout dans la Préhistoire.

Il est notoire que les cultures préhispaniques ignoraient l’emploi de la roue pour les transports, mais que des jouets zoomorphes possédaient des roulettes. L’application de la roue au tournage des céramiques et des pierres est inconnu. Cependant on peut se demander, vu la perfection de certains vases et bijoux de pierre, si une forme primitive de tour, entraîné par un archet, n’a pas existé : il suffit de considérer par exemple les ornements d’oreille en forme de bobines à paroi très mince (en obsidienne ou cristal de roche), ou des coupes en cristal de roche, présents dans divers musées, dont la perfection exigeait  l’emploi du tour.

J - Transports : il est établi que les grands mammifères (cheval, âne, bœuf, lama) n’existaient pas au Mexique, et que chariots et brouettes restèrent inconnus jusqu’à la conquête espagnole. Tous les transports terrestres devaient donc se faire à dos d’homme, avec une charge placée sur le dos, retenue par un bandeau frontal. De larges chaussées surélevées ont été construites par les Aztèques pour relier la cité lacustre de Tenochtitlan aux rives, entrecoupées de ponts faits de poutres de bois, sur lesquelles huit cavaliers pouvaient chevaucher de front comme l’ont écrit les hommes de Cortéz. Mais ce sont surtout les Mayas qui sont connus pour avoir établi un grand réseau routier entre les cités, particulièrement autour de Coba : ces routes (appelées sacbé) tracées en ligne droite pouvaient atteindre 100 km de long, elles étaient larges de 4,5 m et surélevées de 0,6 à 2,5 m par un soubassement de cailloux. En surface était étalée une couche de poudre calcaire, sans doute du caliche, qui était tassée par des rouleaux de 5 tonnes actionnés par une quinzaine d’hommes. Elles étaient agréables à la marche, mais réclamaient un entretien constant à la saison des pluies (elles ont en grande partie disparu). Les mayas savaient construire des ponts, en grandes dalles pour les petits cours d’eau, ou avec voûte en encorbellement comme on le voit encore à Palenque.

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Fig. 16 - Femme olmèque portant une charge avec bandeau frontal
  Sur les lacs et au bord des côtes, on employait des canots monoxyles, qui permirent par exemple aux Putuns ou Mayas Chontal d’établir un système de transports autour du Yucatan à la fin de l’époque classique. Selon Diaz del Castillo ces embarcations pouvaient transporter 40 à 50 hommes debout. Le transport des gros monolithes devait réclamer une main d’œuvre abondante : les plus gros étaient sans doute les têtes olmèques (15 à 30 t), le calendrier aztèque de Mexico (24 t) et les grandes stèles (celle de Quiriga, datée de 771 et haute de 10,6 m pèserait 65 t) : on procédait probablement par traction sur des rouleaux de bois. Les têtes olmèques de San Lorenzo sont en basalte quaternaire provenant du volcan San Martin, distant de 100 km en ligne droite : une partie du trajet a pu se faire sur radeaux le long de la côte, puis en remontant le Rio Coatzacoalcos.

Une statue aztèque de Tlaloc, pesant 168 tonnes, n’avait cependant pas été déplacée depuis sa carrière de Coatlinchan près de Texcoco, jusqu’à son transport par de gros engins à Mexico en 1964.

4 - L’architecture des pyramides

A - L’implantation : les pyramides font toujours partie de centres cérémoniels, comprenant des places ornées de monuments (palais pour les hautes castes, jeux de pelote, autels, stèles…), le tout entouré de quartiers d’habitations, puis de cultures. Beaucoup d’anciens sites étaient placés dans des plaines comme Teotihuacan, qui n’avait pas de remparts, laissant toute latitude à l’expansion urbaine ; il en est de même pour de nombreux sites mayas, qui profitaient cependant des moindres élévations de terrain pour y situer leurs pyramides.

D’autres sites se trouvent sur des collines aménagées : on choisissait alors un relief dominant une plaine cultivable, de grands travaux de terrassement étaient entrepris pour niveler le sommet et y placer le centre cérémoniel, tandis que les zones d’habitations se situaient sur les pentes ou dans la plaine (San Lorenzo, Monte Alban, Teotenango, Xochicalco, Chacmultun, Coba…),  disposition facilitant la défense. Palenque se trouve sur un étroit plateau au flanc des montagne de Chiapas, attribuable sans doute à des terrasse de tuf calcaire, les pyramides sont adossées aux reliefs. Quelques rares sites se trouvent au sommet de rochers escarpés, comme le Cerro del Tepozteco sur son étroit piton de conglomérats (lahars) ; un autre cas particulier est le temple souterrain creusé en flanc de colline à Malinalco, datant également de la période aztèque.

L’orientation des pyramides a été beaucoup discutée, car elle correspond rarement aux directions cardinales (N-S, E-W) : la source la plus fiable sur ce sujet est l’ouvrage d’Aveni (1991), qui cite les mesures faites sur les faces des constructions, souvent au théodolite. Il en ressort que les seuls édifices bien orientés sont deux temples de Calixtahuaca, celui de Teopanzolco, et le jeu de pelote n° 1 de Xochicalco. Toutes les autres directions mesurées sont dispersées entre le N et le NNE, comme par exemple la chaussée des Morts de Teotihuacan (15,46°), le Castillo de Chichen Itza (21,2°). Les savants préhispaniques, ne disposant pas d’instruments de mesure des angles ni de la subdivision des jours, n’avaient que deux méthodes d’observation astronomique : le point de lever ou de coucher des astres sur l’horizon apparent, et le passage du soleil au zénith ou à une déclinaison donnée par la méthode de la chambre noire (souterrain situé 4 à 9 m sous terre, dans lequel un puits de lumière laissait entrer la lumière du soleil). Les causes de ces divergences seraient doubles à notre point de vue : les astronomes des différentes cités ont choisi des repères différents (lever ou coucher du soleil à l’équinoxe, ou aux dates du passage au zénith, ou encore au début de leur année solaire, lever ou coucher de Vénus ou autre astre), et d’autre part ils ont pu noter la position du coucher de l’astre sur l’horizon apparent, variable selon la topographie locale, au lieu de l’horizon réel visible seulement au bord de mer ou dans les grandes plaines. Prenons un exemple possible de l’effet topographique pour Teotihacan, dont la latitude est 19,68° ; aux jours du passage au zénith (le 18 mai et le 25 juillet), la déclinaison du soleil est égale à la latitude, la formule donnant la déviation du coucher par rapport à l’Est est Déviation = sin(Latitude)/cos (Déclinaison).

Une interprétation numérologique est proposée par Galindo Trejo (2001), basée sur la comparaison entre le nombre de jours entre le passage du soleil au solstice d’été et les données du calendrier ; elle ne nous paraît pas très fiable, ne prenant pas en compte l’effet de la topographie de l’horizon. Une autre explication est donnée par des astronomes tchèques (Klokocnik et Kostelesky) : selon eux l’orientation des pyramides aurait été faite à l’aide d’une boussole rudimentaire, formée par un morceau de magnétite (disponible au Mexique) flottant sur un liquide. Le pôle magnétique a effectivement subi des déplacements importants au cours de notre ère, de l’ordre de ± 15° pour le Mexique, qui pourraient expliquer les variations importantes dans l’orientation selon les dates d’implantation, à condition encore que les architectes aient disposé d’une telle boussole.

Il n’en reste pas moins qu’une cité de plaine comme Teotihuacan a disposé d’un plan d’urbanisme rigoureux : une fois l’axe principal fixé, toutes les constructions ont été orientées parallèlement. Mais d’autres villes ont du s’adapter à la topographie, et montrent des orientations différentes entre bâtiments.

On ignore si les architectes ont tracé des plans : l’écriture existait bien depuis la fin des temps olmèques, sur des supports variés comme la pierre, ensuite sur le papier (fabriqué à partir d’écorces) et le cuir de cerf, mais ces supports ont disparu pour la plupart et l’on n’a pas trouvé de plans gravés sur la pierre. Par contre les archéologues ont découvert quelques dessins de temples peints sur des vases de céramique, et plusieurs modèles réduits en terre cuite de pyramides aztèques surmontées de temples  (Gendrop et Heyden, 1994, p. 42 et 181 à 186) : ils montrent des toitures végétales très élaborées, plus hautes que les temples eux-mêmes.

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Fig. 17 - Modèle en terre cuite de temple aztèque

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Fig. 18 - Plans de pyramides
  B - Formes et dimensions : il est supposé que la forme des pyramides a été inspirée par celle des maisons d’habitation indiennes, qui jusqu’à une date récente (avant l’arrivée des moellons de béton et de la tôle ondulée) comportaient un socle surélevé en terre ou en pierre, de forme rectangulaire ou en rectangle arrondi, des murs en adobe  ou en rondins, une charpente et un toit à forte pente, en roseaux ou en palmes. La maison disposait d’une seule pièce, d’une ou deux portes, mais ni de fenêtre ni de cheminée, la fumée du foyer s’évacuant à travers la toiture.

Les premières pyramides datent des Olmèques, elles étaient rondes et en terre comme celle de La Venta (diamètre 130 m, hauteur 30 m, avec une faible pente de l’ordre de 30°) ; la forme ronde se retrouve à Cuicuilco près de Mexico, datant du début de l’ère chrétienne, avec un noyau de terre et un revêtement de pierres non taillées. Un peu postérieurement se situent les nombreux monticules découverts en 1994 à El Pital près de la côte du Golfe, hauts de 40 m. La forme ronde se retrouve au Caracol de Chichen Itza, qui n’est pas une pyramide mais un observatoire, et bien postérieurement dans les temples aztèques dédiés à Ehecatl le dieu du vent, ainsi que dans les yacata du Michoacan qui combinent une tour ronde et une construction rectangulaire.

La forme de rectangle arrondi est moins commune, on l’observe à la pyramide du Devin à Uxmal. La plupart des pyramides en pierre ont en fait un plan carré ou rectangulaire : la plus grande était celle de Tepanapa à Cholula, qui avait 475 m de côté et une hauteur de 60 m, mais elle a été partiellement détruite à l’époque coloniale pour la construction d’un sanctuaire. La célèbre pyramide du Soleil à Teotihuacan, en grande partie reconstruite, n’a que 225 m de côté pour une hauteur actuelle de 63 m. La plus grande pyramide connue est celle du Tigre à El Mirador au Guatemala, avec 70-75 m de haut, sur une base de 250 x 300 m ; elle date des deux premiers siècles de notre ère. Pour comparaison, la Pyramide de Chéops a une base carrée de 230 m et une hauteur originelle de 146 m.

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  Fig. 19 - Pyramide du Soleil à Teotihuacan
  C - La construction des pyramides : les fondations n’ont pas posé de problèmes là où les sols étaient assez résistants. Sur la côte et à Cuicuilco les constructeurs ont du planter de grandes dalles dans le sol pour éviter l’effondrement du noyau de terre. La ville de Copan (Honduras) fut construite au bord d’une rivière, dont les divagations ultérieures ont détruit une partie. Mais c’est surtout au Templo Mayor de Tenochtitlan (Mexico), qui repose en partie sur des vases lacustres, que se sont posés des problèmes : les planchers des premiers stades de construction sont nettement basculés du fait de tassements différentiels, les stades ultérieurs ont nécessité le fonçage de pieux de bois et l’emploi de pierres plus légères comme le tezontle ; on sait que la Cathédrale de Mexico, située au voisinage, s’enfonçait dans le sol et qu’il a fallu forer des puits de grands diamètre pour la conforter.

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Fig. 20 - Plancher basculé du Templo Mayor à Mexico
Les pyramides ont été pour la plupart construites en plusieurs phases, se recouvrant les unes les autres (voir plus loin). Les noyaux des pyramides anciennes étaient en adobe sur les plateaux mexicains, dans certains cas le noyau a été renforcé par des murs de pierre disposés radialement. La première pyramide revêtue de pierre taillée serait celle de Teopanticuanitlan dans l’Etat de Guerrero, découverte en 1984 et datant peut-être de -1400 (Hoopes). La pyramide du Soleil à Teotihuacan a encore un noyau d’adobe, renforcé par des piliers et de gros troncs d’arbres. Lorsque la chaux fut connue, l’adobe fut remplacé par un mélange de pierrailles et de mortier de chaux, ce qui améliora notablement la durabilité des édifices, technique qui durera jusqu’aux dernières constructions.

Appareillage : la taille des pierres de construction est restée très rudimentaire sur le plateau de mexicain comme on le voit à Teotihuacan et à Monte Alban pour l’époque classique, et dans toutes les constructions aztèques. Les parements étaient en pierres ou galets à peine taillés, noyés dans une grande quantité de mortier, où étaient piqués de petits morceaux de tezontle rouge ; seules les pierres d’angle et les marches d’escaliers étaient plus soignées. Une exception notable est celle cependant celle de Mitla à l’époque postclassique, où l’appareillage des décors en pierre calcaire est remarquable.

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Fig. 21 - Maçonnerie grossière, mortier de chaux piqueté de tazontle, autel à Teotihuacan

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Fig. 22 - Belle taille de pierre, Castillo de Chichen Itza

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Fig. 23 - Taille rudimentaire sur le site maya tardif de Tulum

Dans les édifices mayas de l’époque classique on rencontre d’excellents tailleurs de pierre à Becan, Labna et Uxmal entre autres, un travail plus faible à Kohunlich et Calakmul, et encore plus piètre à Palenque. N’oublions cependant pas que tous les parements et décors de pierre étaient enduits de stuc bien poli et de peinture, et que certaines cités devaient juger qu’il n’était pas nécessaire de soigner la maçonnerie ; ainsi à Palenque, si l’appareillage était médiocre, les modeleurs de stucs étaient les meilleurs de la région maya. Au cours de la période postclassique, la taille de pierre dégénère à Coba et Tulum.

Même dans les cités où se trouvaient de bons tailleurs de pierre, on note à notre sens quelques erreurs de pose, comme la superposition de joints verticaux, la pose de certaines pierres avec leur plus grande longueur verticalement, la mauvaise liaison avec les pierres d’angle.

Les dimensions des pierres de revêtement est généralement faible, permettant leur mise en place par une seule personne ; il existe cependant de plus gros monolithes, comme des têtes de serpent décoratives, des stèles, les colonnes et les linteaux, les sarcophages, qui demandaient plus de main-d’œuvre. Les têtes olmèques massives pesaient 15 à 30 t, le sarcophage de Pacal était taillé dans un bloc de plus de 6 m3, certaines stèles dressées pesaient jusqu’à 63 t (Quiriga) ; la statue de Tlaloc de Texcoco (168t) n’a pu cependant être sortie de sa carrière.

Les parements des pyramides de pierre ne sont jamais lisses, ils sont toujours à degrés : on en compte jusqu’à 9 (Castillo de Chichen Itza). Les pentes moyennes des flancs sont de 38 à 55 °, les plus raides se rencontrent à Tikal au Guatemala, avec 70°. Les degrés peuvent être de simples replats ou banquettes, on parle alors de pyramides à retraits, les plus connues étant celles de Cuicuilco et des pyramides de la Lune et du Soleil à Teotihuacan (pente d’environ 38°) ; on retrouve cette architecture à  Teotenango, Tenayuca et dans plusieurs pyramides maya.

 L’autre système est celui nommé talus et tableau (talud-tablero des archéologues) : il comporte une succession de pentes inclinées surmontées chacune d’un tableau vertical plus ou moins décoré, qui permet d’atteindre des hauteurs plus élevées que le celui des retraits. Cette disposition semble débuter au premier siècle avant notre ère à Tlalancaleca (Etat de Puebla) selon Gendrop et Heyden (1994, p. 216) ; la pyramide de Quetzalcoatl de Teotihuacan, datant d’avant 300 après J.C, en montre un bel exemple, avec un tableau encadré par une grande moulure et décoré de têtes de serpent à plumes monumentales. Depuis ce site cette disposition s’est répandue jusqu’à Ixtepete au NW et à Tikal au Guatemala. A El Tajin la moulure au sommet du tableau s’avance comme un toit débordant, et abrite des niches au nombre de 365, comme les jours de l’année. Quelques pyramides comportent de véritables chambres dans leur parement, qui pouvaient servir à placer des gardes, par exemple Edzna et Becan. D’autres étaient ornées de stèles sur des replats ou à la base (Calakmul, Monte Alban).

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Fig. 24 - Tablero de Teotihuacan, reconstitué au Musée d'Anthropologie de Mexico

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Fig. 25 - Tableros débordants, pyramide des Niches de El Tajin 

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Fig. 26 - Talus décoré de serpents à plumes, Xochicalco

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Fig. 27 - Décor très soigné en pierre calcaire, palais de Mitla

Le décor des tableaux varie considérablement ; certains ne portent pas de décor, sinon une moulure sommitale comme à Monte Alban, ou un décor géométrique simple comme à Chichen Itza, d’autres un décor de sculptures monolithiques comme à la pyramide de Quetzalcoat de Teotihuacan ; à Xochicalco c’est le talus qui est entièrement couvert de bas-reliefs représentant le serpent à plumes. Au Temple des Mascarons de  Kohunlich on remarque de grands masques modelés en stuc, représentant le dieu du Soleil, encore bien conservés.

Partout les faces des pyramides, comme celles des autres constructions, étaient enduites de stuc de chaux, plus ou moins épais selon la qualité de l’appareillage de pierre, puis badigeonnées de lait de chaux pour obtenir une surface lisse. Diaz del Castillo a signalé que les pyramides de Mexico étaient blanches. Certaines étaient peintes en rouge-sang, couleur de la mort ; la peinture était préparée avec de l’ocre rouge (ou autre pigment minéral) et un liant (gomme végétale comme celle du tzaouhtli). A Teotihuacan les motifs décoratifs étaient soulignés de vert et de blanc. Les restes de stuc sur les ruines sont fréquents, les archéologues les ont préservés, les plus complets se trouvant à Mitla et Palenque.

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Fig. 28 - Importants restes de stuc et de peinture, palais de Mitla

Des escaliers complètent toujours les pyramides, au nombre de un à quatre : on en compte quatre quand la pyramide est isolée au milieu d’une place, un seul quand elle est adossée à une colline ou en bordure d’une place. Certains escaliers sont doubles dans les pyramides qui supportent deux temples (Templo Mayor de Tenochtitlan, Tenayuca, Teopanzolco). Il sont toujours de grande largeur, limités par la largeur du sommet de la pyramide, atteignant 40 m au Palais du Gouverneur d’Uxmal ; les jeux de pelote comportent aussi des escaliers (39 m à Chichen Itza). Le nombre de marches a parfois une valeur significative, comme au Castillo de Chichen Itza (4 fois 90 marches +1, soit le nombre de jours de l’année solaire).

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  Fig. 29 - Escalier sur demi-voûte, Kabah
  Les marches sont droites, sans nez, avec des contremarches verticales : la pente moyenne est de 45-46°, mais sur les pyramides à forte pente elle atteint 61° (escalier arrière de la pyramide du Devin à Uxmal) et jusqu’à 67° (Temple I de Tikal). De telles pentes sont difficiles à gravir pour les touristes, et surtout à redescendre quand il n’y a pas de paliers ; dans beaucoup de pyramides très élancées l’escalier s’éloigne du parement à la base, passant parfois sur un passage en demi-voûte (Uxmal, Kabah). L’appareil des escaliers est très variable : pierres peu taillées noyées dans du mortier, ou contremarche faite de dalles, ou encore marches bien taillées (blocs calcaires de plus d’un m de long à Palenque). Les contremarches sont parfois décorées de gravures (2500 glyphes dénombrés à Copan au Honduras). Dans presque tous les sites les escaliers sont bordés par des limons, qui peuvent être décorés de têtes de morts ou de serpents, ou bien de gravures (cour intérieure du Palais de Palenque). Une attraction touristique bien connue est l’observation du limon du Castillo de Chichen Itza aux jours d’équinoxes : le soleil à son coucher projette l’ombre des tableros sur le limon, évoquant un serpent descendant lentement de la pyramide.

En creusant des tunnels d’exploration, les archéologues ont découvert des couloirs et des chambres à l’intérieur de certaines pyramides : on a beaucoup parlé de la grotte aménagée en trois salles trouvée en 1971 sous la pyramide du Soleil à Teotihuacan, dont l’accès se faisait par un tunnel de 103 m de long, sa signification reste mystérieuse en l’absence d’ossements. Des couloirs voûtés mènent à des chambres souterraines dans la pyramide de Totomihacan (Puebla) datant du préclassique tardif.

Des tombes indubitables ont été découvertes à Tikal, à Dzibanche (escalier à quatre volées descendant vers une tombe), et à Palenque : dans ce dernier site on mit à jour en 1952 sous le Temple des Inscriptions la splendide tombe du roi-prêtre Kin Pacal, mort en 692 après J.C : l’escalier partant du sol du temple descend à 25 m de profondeur, jusqu’à une vaste crypte voûtée  (reconstituée au Musée de Mexico) contenant un sarcophage taillé dans un bloc calcaire de plus de 6 m. La tombe contenait, outre le squelette de Pacal, de riches offrandes et les restes d’enfants sacrifiés. Sous l’édifice voisin se trouve la « tombe de la reine », qui peut se visiter et comprend quatre chambres voûtées, dont l’une contient un sarcophage ; elles étaient desservies par cinq escaliers qui furent ensuite murés.

Le soubassement de certains palais comporte aussi des tombes, comme à Mitla et à l’Acropole de Palenque, ce qui n’a rien de surprenant car les sépultures se plaçaient couramment sous les maisons d’habitation et les palais. Un cas particulier d’escalier intérieur menant à des chambres est celui du Castillo de Chichen Itza : partant de la base, il remonte vers un petit temple interne, contenant un Chac-Mool et un autel en forme de jaguar, et représente certainement un stade antérieur de la pyramide, que les constructeurs ont voulu préserver.

Les pyramides pouvaient être complétées par un système de drainage des eaux, en vue d’éviter la pénétration de la pluie dans le noyau : à Cholula par exemple des canaux ouverts couraient sur les pentes, un canal périphérique entourait la pyramide de la Lune de Teotihuacan. Les villes étaient parcourues par des canalisations souterraines, ceci dès l’époque olmèque (San Lorenzo, -1200 à -900) : à Palenque un ruisseau permanent, le seul que nous ayons vu sur les sites mexicains, traversait la place en souterrain, sous une voûte en encorbellement large de 1,5 m. De grandes citernes en maçonnerie enduite de stuc étaient installées, soit au dessus du sol (Xochicalco), soit en souterrain (pays mayas), on en a dénombré 70 à Labna.

D- Temples et palais : les pyramides avaient pour fonction initiale de servir de soubassement à des temples, qu’elles rapprochaient du ciel, isolant le clergé des masses populaires restant à leur pied. Puis peu à peu d’autres pyramides, moins élevées, furent construites au voisinage des temples, formant la base de palais, résidence des classes dirigeantes. Les autres bâtiments des centres cérémoniels, placés au niveau du sol, étaient les jeux de pelote, les bains de vapeur (temazcal), le râtelier où les crânes des sacrifiés étaient enfilés sur des pieux (tzompantli) et des autels.

Les premiers temples furent sans doute construits en bois et couverts de chaume, il en reste peu de traces, à part des logements de poteaux. Les temples aztèques ont pour la plupart été détruits par les espagnols, on sait seulement par leurs écrits que le Templo Mayor comportait deux temples, l’un dédié à Huitzilopochtli (dieu de la guerre et du soleil), l’autre à Tlaloc (dieu de la pluie). D’autres pyramides (Teopanzolco, Tenayuca) supportaient également deux temples, et étaient desservies par un escalier double. Le petit site aztèque récent du piton du Cerro del Tepozteco près de Cuernavaca a échappé à leur acharnement : on y voit deux petites chambres en enfilade, celle du fond comporte une banquette gravée de signes du calendrier, sur laquelle devait reposer l’idole du dieu de l’ivresse. La plateforme des temples aztèques comportait, en plus du temple, une pierre de sacrifice, sur laquelle le prisonnier était maintenu, et une statue de Chac-Mool, guerrier à demi étendu tenant une coupe dans laquelle le cœur était offert au dieu. Cette figure, introduite par les Toltèques, se retrouve jusqu’au Yucatan postclassique.

Dans la région maya, dont les ruines ont échappé aux espagnols, les temples sommitaux sont mieux connus, et ont pour certains conservé la crête décorative qui les surmontait. A Palenque par exemple les temples sont formées par deux longues chambres voûtées : la première s’ouvre vers l’avant par un portique ou galerie, la seconde contient un temple miniature, sorte de tabernacle qui devait contenir une statue, dont les parois sont décorées par des panneaux de pierre contigus sculptés en bas-relief, représentant des scènes du culte et des glyphes.

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  Fig. 30 - Palais à trois étages, Sayil

  Les palais maya  sont construits sur des bases pyramidales rectangulaires, moins hautes que celles des temples, ils ont parfois des dimensions considérables (98 x 14 m, sur une plateforme de 7,8 m  pour le palais du Gouverneur à Uxmal). A Palenque le Palais a des dimensions extérieures plus grandes (losange de 100 x 120 m) mais il est divisé par des patios intérieurs ; il comprend de nombreuses pièces voûtées, des chambres souterraines et s’ouvre vers l’intérieur et l’extérieur par des galeries. Les palais ont parfois plusieurs étages (trois à Sayil). Certains sont presque au niveau du sol comme la cour des Nonnes à Uxmal, ainsi nommée pour sa ressemblance avec un cloître.

La décoration extérieure des palais est particulièrement élaborée chez les Mayas, avec des motifs répétitifs en pierre recouverte de stuc, comme les fausses colonnes, les masques de Chac (dieu de la pluie, avec son nez en forme de trompe et ses grands crocs), les grecques (serpent stylisé), les chevrons à gradins, les fleurs, les décors en X, les cubes, les disques, parfois des sculptures en ronde-bosse (Kabah) ;  nous ne pouvons nous étendre sur ce sujet, sinon pour signaler que les spécialistes ont tenté de distinguer plusieurs styles : Puuc (types à Edzna et Kabah), Chenes (Hochob) et Rio Bec (Becan, Xpuhil), ce dernier style se distinguant par la présence de deux ou trois tours massives

Une influence maya est évidente à Mitla, site tardif près de Oaxaca, avec une décoration géométrique en petites pierres particulièrement bien taillées.

E - Détails de construction : les murs sont généralement très épais, spécialement quand ils doivent soutenir des voûtes de type maya. Ils sont toujours formés par des parement en pierre de taille, qui servaient de coffrage, et un remplissage de pierres quelconques et de mortier ; le parement extérieur était mince et en pierres bien taillées à Mitla et dans la zone puuc des mayas.

Les toitures se classent en trois types : les plus anciens sont les toits en chaume (roseaux ou palmes), qui furent très employées dans le centre du Mexique et par les Toltèques à Chichen Itza. Ces toitures ont disparu mais les maquettes en céramique indiquent qu’elles étaient élevées et très pentues. Elles devaient reposer sur des charpentes élaborées, que supportaient  des murs,  des piliers ou des colonnes en pierre.

Des toits plats en béton se rencontrent à El Tajin Chico et Monte Alban, ils ont sans doute été coulés sur  coffrage ou sur poutres. En pays maya, les toits sont toujours construits sur voûtes, plus exactement sur fausses-voûtes en encorbellement : chaque rangée de pierres est montée en dépassant la rangée précédente, jusqu’à proximité de l’arête, le sommet étant fermé par des dalles horizontales. En l’absence de clé de voûte, les contraintes sont verticales et l’ensemble est instable ; on remarque souvent des poutres en bois, horizontales et rondes, ou leur emplacement, destinées à maintenir l’écartement des parois. Le tracé des voûtes est souvent plan, mais on rencontre aussi des parois en arcs concaves, en bouteille ou à plusieurs lobes. Dans les voûtes les plus primitives les pierres de la voûte font saillie ; plus souvent elles sont soigneusement ravalées. La construction sur voûtes mayas s’est propagée jusqu’à Xochicalco au SW de Cuernavaca et à Xochipala dans le Guerrero.

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Fig. 31 - Une voûte maya typique, l'Arche de Labna

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Fig. 32 - Voûte avec niches latérales à plusieurs lobes, Palenque

La portée des voûtes est de 2 à 3 m, et de ce fait les pièces sont longues et étroites, difficiles à habiter selon les conceptions occidentales ; exceptionnellement elle atteint 3,75 m dans la tombe du roi Pacal à Palenque. L’angle des voûtes étant nécessairement étroit, le remplissage entre les voûtes et le toit horizontal représente des massifs de maçonnerie très lourds, surtout si l’édifice supporte une crête. A Palenque ces massifs ont été allégés par des niches latérales, de section polylobée.

Les colonnes sont fréquentes dans les édifices mayas, à Monte Alban et dans la région d’Oaxaca depuis la période préclassique: on en trouve de types variés comme des monolithes (hauts de 3,5 m à Mitla pour un diamètre de 1 m), des tambours superposés avec ou sans tenons, des colonnes en pierres maçonnées, parfois doubles (Kohunlich), des piliers carrés. Ces colonnes servaient à soutenir des galeries ou de toits, confortaient le toit dans des tombes (Mitla). Les Toltèques les ont largement employées à Tula, avec les célèbres « atlantes », piliers carrés représentant des guerriers, ainsi qu’à Chichen Itza : elles formaient des colonnades, soutenant des toitures aujourd’hui disparues.

Les pyramides du Mexique

  Fig. 33 - Colonnes monumentales toltèques à Tula

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Fig. 34 - Colonnes en maçonnerie peu soignée, Monte Alban

Les crêtes ajourées (cresterias) caractérisaient la zone maya classique, et disparurent ensuite : elles surmontaient les toits des temples, parfois des palais, semblant les prolonger en direction du ciel. Elles étaient construites en maçonnerie avec de nombreux évidements, et même en double épaisseur avec un vide central voûté, et reposaient généralement sur le mur postérieur de l’édifice ; du fait de leur masse, elles réclamaient des murs particulièrement épais. A Chichen Itza l’édifice appelé Chichanchob comportait deux crêtes.

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Fig. 35 - Pyramide à Labna, surmontée d'un temple avec crête, style Puuc

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Fig. 36 - Palais à trois tours de Xpuhil, style Rio Bec

Des tours surmontaient parfois les palais, comme celle de Palenque, qui comportait trois étages avec de larges ouvertures pouvant servir à l’observation ; par contre les tours massives à forte pente de la zone Rio Bec, avec un faux escalier extérieur impraticable, n’avaient apparemment qu’un usage décoratif.

Les ouvertures des bâtiments sont surtout des portes basses et des portiques. Les montants des portes sont des pierres taillées posées verticalement, ou légèrement en oblique, mal liées aux murs : le linteau est soit en pierre (sculptée à Yaxchilan), soit en bois de sapotillier, arbre qui produit des baies sucrées et un latex appelé chicle (gomme à mâcher) ; ces linteaux de bois sont parfois sculptés, comme à Tikal. Dans divers édifices puuc l’encadrement de la porte représente la gueule ouverte d’un serpent géant (Xpuhil, Chicana). Les portes n’avaient pas de battant ouvrant, elles étaient simplement fermées par un rideau coulissant sur une corde (des anneaux de pierre servant à fixer la corde de suspension  ont été trouvés à Teotihuacan).

En pays maya les ouvertures sont beaucoup plus larges, avec une portée atteignant 2,2 m, la première chambre voûtée formant alors une galerie. Les linteaux sont en bois, avec plusieurs poutres carrées côte à côte ; certaines ont résisté aux siècles, beaucoup ont été remplacées par du béton armé par les restaurateurs. De magnifiques linteaux en pierre sculptée de 2,2 m de portée se voient à Mitla dans la région d’Oaxaca.

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  Fig. 37 - Linteau en bois d'origine, Uxmal

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Fig. 38 - Beau linteau en pierre sculptée, Mitla

Les fenêtres sont pratiquement absentes, si l’on excepte de petites ouvertures de 20 x 20 cm (Palenque), et des orifices de ventilation en forme de T (un modèle en céramique de temple aztèque rond, dédié au dieu du vent, porte une telle ouverture en T).

Les couloirs, moins larges que les chambres, sont couverts soit de dalles plates horizontales, soit de dalles posées en chevron (deux dalles inclinées posées en forme de toit), soit encore de petites voûtes.

Les murs et les sols sont toujours revêtus de stuc, et enduits de lait de chaux : ils étaient polis avec des galets et des pierres lisses, et maintenus en parfait état de propreté selon le Frère Juan de Torquemada. Les palais de Xpuhil et Bonampak montrent des pièces avec une banquette de maçonnerie sur un des murs, qui devaient servir de lits et de sièges une fois couvertes de tapis tissés ou de nattes. Des niches dans les murs étaient parfois prévues pour ranger des objets.

La décoration intérieure était assurée à Tenochtitlan par des tentures de coton et de plumes d’après Diaz del Castillo. On a retrouvé en plusieurs sites des restes de décors peints, les plus remarquables étant ceux de Bonampak. Il n’existait ni cheminées ni de fours de cuisson. Les meubles en bois ne nous sont pas connus, les récipients en terre cuite retrouvés dans les tombes constituant sans doute le principal mobilier. Les installations sanitaires sont inexistantes, toutefois on remarque dans l’aile ouest du Palais de Palenque une petite pièce d’eau comportant un bassin stuqué et deux gros trous dans le sol.

Les conquistadores ont décrit dans le palais de Moctezuma, le dernier empereur aztèque, des jardins d’ornement, des fontaines et des ménageries ; toutes les constructions étaient soigneusement enduites de mortier, blanchies à la chaux, et maintenues très propres.

Les cités préhispaniques ne comportaient normalement pas de fortifications, comme dans le cas de Teotihuacan ; certaines se trouvaient naturellement protégées par leur position en hauteur complétée par quelques murs défensifs (Teotenango, Monte Alban), d’autres étaient entourées d’un vrai rempart comme Huexotla près de Texcoco, Cempoala, La Quemada, et le cas bien connu de Tulum ; le centre cérémoniel de Becan était par contre protégée par un fossé qui l’entourait complètement.

F - Stades de construction : comme indiqué plus haut, les pyramides supportant des temples ont toutes été reconstruites à plusieurs reprises, chaque nouvelle construction recouvrant la précédente. Ces agrandissements correspondent à l’expansion des cités au cours des siècles, à l’emprise de plus en plus puissante du clergé sur les populations, et à la conception cyclique du temps pour les peuples préhispaniques.

En effet le calendrier était double et comportait :

- une année civile avec 18 mois de 20 jours, auxquels il fallait ajouter 5 ou 6 jours supplémentaires (néfastes) pour obtenir la durée de l’année solaire (365, 242 jours pour les mayas, à comparer aux 365, 242198 admis actuellement),

- une année liturgique de 13 mois de 20 jours, soit 260 jours.

Les combinaisons des signes des jours permettaient aux prêtres d’indiquer aux fidèles si ces jours étaient favorables ou non pour telle ou telle décision, l’astronomie avait donc des buts purement astrologiques. Les jours de l’année civile correspondaient aux jours liturgiques au bout de 18980 jours, soit presque 52 ans :  à ces occasions on craignait de redoutables catastrophes, les sacrifices étaient multipliés, et souvent une nouvelle pyramide était construite au dessus de la précédente.

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  Fig. 39 - Maquette du Templo Mayor, Mexico

Les mayas ont ajouté un troisième calendrier appelé « compte-long », car le système précédent ne permettait pas de savoir dans quel cycle de 52 ans une date se situait : ils ont donc fixé une date origine lointaine, correspondant au 13 août 3113 avant J.C.

Ces stades successifs ont été mis en évidence par les dégradations naturelles, et par les nombreux tunnels d’exploration creusés par les archéologues (6 km percés à Cholula) ; à Teotihuacan on a compté 7 stades construits entre 1350 et 1487, 5 stades à Uxmal en 400 ans environ, 8 stades à Uaxactun en 500 ans environ.

G - Fonction des temples : bien que certaines pyramides contiennent des tombes de hauts personnages, accompagnées d’enfants et adultes sacrifiés, elles étaient toujours surmontées d’un ou deux temples où se pratiquait le culte de dieux exigeant beaucoup de sang.

L’évêque Bartolome de las Casas (1552), qui ne participa pas à la conquête mais pris la défense des indiens maltraités par les colons espagnols, décrivait les indiens comme des êtres « extrêmement simples, sans méchanceté ni duplicité… », « de tendres brebis ».., « qui n’ont jamais fait le moindre mal à des chrétiens », et ne trouvait aucun point répréhensible dans les religions pré-hispaniques. Les conquistadores comme Bernal Diaz del Castillo, qui écrivit ses mémoires en 1575, n’avaient pas le même point de vue : que ce soit dans le Yucatan ou dans l’empire aztèque, il raconte comment les espagnols étaient invités dans les villes en vue de les prendre par traîtrise, et leur effarement devant ce qu’ils virent dans les temples de toutes les villes traversées.

Les prêtres étaient vêtus de longues tuniques avec capuchons, ils portaient de grands ongles et des cheveux longs pleins de sang coagulé. Les temples, éclaboussés de sang, dégageaient une odeur infecte. Les cérémonies étaient destinées à satisfaire la soif des dieux, obtenir leur avis sur la conduite des guerres ou de bonnes récoltes, elles s’accompagnaient de grands cris, de concerts de gros tambours et de trompes, et de danses.

Les individus destinés au sacrifice étaient des enfants, des femmes et des hommes, faits prisonniers au cours des hostilités ou fournis comme tribut par les villes vassales ; ils étaient maintenus dans des cages en bois où on les engraissait pendant un certain temps. Le jour de la cérémonie, ils étaient conduits au sommet de la pyramide, et pendant que les assistants les maintenaient sur la pierre de sacrifice, le prêtre leur arrachait le cœur avec un  grand couteau d’obsidienne et l’offrait au dieu. Le corps était précipité dans l’escalier, au bas duquel le peuple découpait la tête ; la peau du visage était écorchée et tannée en vue d’autres cérémonies, le crâne enfilé sur un pieu pour être exposé sur le tzompantli (mur des crânes). Bras et jambes étaient découpées et cuits dans de grandes marmites, puis consommés par la population. Le tronc servait de nourriture pour les bêtes fauves et serpents élevés dans la ménagerie.

Diaz del Castillo a ainsi vu de ses propres yeux 62 de ses compagnons faits prisonniers et sacrifiés au dieu Huitzilopochtli à Mexico, et de nombreux indiens ayant subi le même sort dans villes conquises. Il estime à 2500 les individus sacrifiés chaque année à Mexico seulement, et plus de 100 000 crânes exposés.

 h - Les dégradations : au fil des siècles les dégradations naturelles sont attribuables à la pluie, particulièrement pour les constructions comportant de l’adobe ou des calcaires de mauvaise qualité, aux séismes (sauf dans le Yucatan), et aux grands arbres des zones forestières. Les toitures en chaume et leurs charpentes ont naturellement disparu ; les poutres qui maintenaient l’écartement des voûtes maya et les linteaux en bois des entrées ont pourri pour la plupart.

Il s’y est ajouté les destructions lors des invasions, guerres et révolutions, plusieurs villes ont été détruites lors d’incendies. Les conquistadores espagnols, sous prétexte de détruire les témoins d’une religion démoniaque, ont rasé la ville de Mexico et tous ses monuments, à l’aide de 50 000 indiens. Des églises et couvents furent construites au sommet des pyramides, réutilisant les pierres faciles à extraire. Plus tard des pillards ont creusé tranchées et tunnels à la recherches d’objets archéologiques, principalement en pays maya au milieu des forêts inhabitées.

Les archéologues au XXe siècle ont aussi leur responsabilité, avec des restaurations contestées à Teotihuacan, l’emploi d’explosifs à Cuicuilco, l’utilisation de ciment au lieu de chaux.

5 - Conclusion

La construction de pyramides a débuté à l’époque olmèque vers 1200-400 avant J.C, par des édifices ronds en terre, et s’est poursuivie avec des édifices de pierre jusqu’à l’arrivée de Cortéz en 1529. Elles sont donc bien postérieures aux pyramides d’Egypte : lors des premières constructions olmèques, les égyptiens avaient déjà cessé l’édification de grandes pyramides de pierre taillée, qui datent de 2800 à 2600 environ avant J.C. Les constructions se poursuivirent en Egypte sous le Moyen-Empire, mais avec des techniques moins parfaites (remplissages de tout-venant, et finalement briques de terre crue) ; les pyramides furent ensuite remplacées par des tombes souterraines de la Vallée des Rois, puis leur construction reprit entre 715 et 350 avant J.C., mais seulement en Nubie.

L’orientation des pyramides de Méso-Amérique est incertaine, variant de N3°W à N23°E, tandis que les grandes pyramides d’Egypte sont très exactement orientées par rapport au nord géographique, à quelques minutes près.

Les pyramides de Méso-Amérique sont formées par des édifices successifs empilés au cours de plusieurs siècles, chaque stade de construction dépassant en largeur et en hauteur le précédent, on compte jusqu’à huit stades successifs ; en Egypte, si l’on excepte les anciennes pyramides à degrés de Djezer et de Meidoun, construites en trois stades, les suivantes sont édifiées en une seule phase, pendant le règne d’un seul pharaon.

Alors que les pyramides égyptiennes se terminent en pointe et n’ont jamais d’escalier extérieur, celles de Méso-Amérique sont des troncs de pyramides, se terminant par une plateforme desservie par un à quatre escaliers, et surmontées d’un temple ou d’un palais. Elles servent donc de soubassement soit aux temples destinés aux sacrifices humains, soit au logement des classes dirigeantes, dans ce cas leur hauteur est plus faible. Dans quelques cas (Palenque, Tikal..) les pyramides à fonction de temple comportent une crypte avec la tombe d’un dignitaire : le premier stade de construction s’est donc effectué après la mise en place de la tombe, et il est bien possible que les explorateurs trouvent d’autres tombes. Sous les palais les tombes sont courantes, car l’habitude était d’ensevelir les morts sous le sol des habitations. Par contre en Egypte la fonction des pyramides était exclusivement funéraire.

Références

Arqueologia Mexicana, revue du Musée d’Anthropologie de Mexico, nombreux articles intéressants

Aveni A.F., 1991, Observadores del cielo en el México antiguo, Fondo de Cultura Economica, México

Baudez C. et Picasso S., 1987, Les cités perdues des Mayas, Découverte Gallimard Archéologie

Diaz del Castillo B., 1575, Historia verdadera de la conquista de la Nueva España, traduction D. Jourdanet, Maspero, 1980

Fauvel J.J., 1988, Mexique-Guatemala, Guides Bleus

Galindo Trejo J., 2001, La observación celeste en el pensamiento prehispánico, n° Archeoastronomia, Archeologia Mexicana.

Gendrop P. et Heyden D., 1994, Architecture mésoaméricaine, Gallimard/Electa

Klokocnik J. et Kostelesky J., Did Maya know compass?, site www.asu.cas.cz/~jklokosn

Las Casas B. (de), 1552, Très brève relation de la destruction des Indes, traduction 1980, Maspero

Marquina I., 1951, Arquitectura prehispánica, Mem. Inst. Nac. de Antropologia y Historia, Vol. 1.

Noble N. et al., 2002, Mexique, sites précolombiens et itinéraires insolites, Guides Lonely Planet

Rachet G., 1983, Dictionnaire de l’archéologie, Laffont

Solis F., Musée National d’Anthropologie, Monclem Ediciones (Mexico) et Casa Editrice Bonechi (Florence)

Stierlin H., 2001, Maya, palais et pyramides de la forêt vierge, Taschen.

nombreux sites internet, dont celui du Professeur Hoopes de l’université du Kansas.


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