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Paris, Grand-Paris, citoyens d’honneur et citoyens tout court…

Publié le 20 avril 2008 par Jean-Paul Chapon

Après l’agitation, c’est le calme sur le front du Grand-Paris. Deux articles ont suffi pour sonner la retraite, celui du Canard mercredi dernier, suivi par celui de Béatrice Jérôme dans le Monde de ce week-end. Sarkozy, échaudé par les résultats des municipales renoncerait à la construction du Grand-Paris et au passage en force. Le secrétariat d’Etat de Blanc ne serait en fait là que pour faire de grands-projets d’aménagement et pas du (re-)découpage administratif. Au passage, c’est la piste que Paris est sa banlieue suggérait dès le début, à la nuance près que Christian Blanc et son secrétariat d’Etat sont aussi certainement là pour faire son sort au SDRIF (le Schéma Directeur de la Région Ile-de-France) et relancer les grands projets, et une fois de plus peut-on s’en plaindre ?

De son côté, Pierre Mansat, l’adjoint au maire de Paris en charge de Paris-Métropole et des relations entre Paris et les collectivités locales, temporise sur son blogue. « Ce qui recule, s’efface, c’est l’hypothèse de la guerre éclair, qui imposerait d’en haut ( Sarkozy) un Grand-Paris » écrit-il, renvoyant au passage dans ses buts le sénateur UMP du 93 Philippe Dallier et son rapport qualifié d’« illusion dangereuse, celle de prétendre trouver maintenant, tout de suite la bonne collectivité, à la bonne échelle » Enfin il annonce la tenue des tant attendues « Assises de l’agglomération » organisées par la Conférence Métropolitaine pour le 25 juin. Il était temps.

C’est bien de vouloir calmer les choses et de prendre son temps. Et si le gouvernement ou une partie de la droite laisse tomber, trop compliqué en interne, trop risqué politiquement au vu des municipales, pourquoi pas… Mais il ne faudrait pas attendre trop, avant de proposer une réelle initiative, une démarche pour un projet, et non pas ajouter une commission aux commissions, un rapport aux rapports et autres contre-rapports. Je n’avais pas vraiment décidé d’écrire sur le Grand-Paris aujourd’hui, et moi aussi profiter d’un peu de calme, interlude de banlieue avec chats et jardins, et revenir à l’époque où je n’hésitais pas à publier ces photos sur Paris est sa banlieue. Ce sera pour une autre fois ;-) Et il est vrai que les articles du Canard et du Monde, pouvaient sonner comme un appel à la pause, au répit.

Pas de chance, ce matin, j’ouvre le Parisien dans lequel je trouve un entretien de Bertrand Delanoë, le maire de Paris. Et là, à ma grande surprise déception, je constate qu’il se débrouille pour ne pas prononcer une seule fois les mots Grand-Paris, ou Paris-Métropole s’il préfère. On nous parle du Dalaï Lama, actualité oblige, il sera fait citoyen d’honneur de Paris. Voir à ce sujet, la réaction de Christophe Girard, adjoint à la Culture du maire de Paris, qui mérite réflexion. Puis il nous parle de Paris et des mesures qu’il compte prendre en faveur du logement, du futur premier secrétaire du PS, de Ségolène Royal, du prochain congrès du PS, de Sarkozy, le tout pour finir sur une question sur un éventuel destin présidentiel à laquelle il répond : « Le suffrage universel vient de me confier à Paris une tâche que j’entends accomplir avec conviction, détermination et humilité. Pour le reste, je suis un citoyen qui a le goût des idées et du « faire ». Je n’ai pas besoin de perspectives de pouvoir ou de « place » pour me mettre en mouvement. En tout état de cause, j’entends participer au débat d’idées dans ce pays à travers des valeurs et des actes progressistes. D’une façon ou d’une autre, je serai là, je m’engagerai. »

On est bien loin du Grand-Paris. Encore heureux que Pierre Mansat tienne un blogue, Paris-Métropole, pour rappeler le sujet ; on attendait une annonce un peu plus  « officielle », mais on se contentera du blogue. Et finalement, aujourd’hui, c’est avec une certaine amertume que je regarde ce débat autour du Grand-Paris. Quelle est l’urgence ? quel est le but de cette réunion d’une ville coupée en deux, entre ce qui est Paris et ce qui ne l’est pas, mais ne vit que dans son rapport à Paris. Qu’on le veuille ou non, le Grand-Paris existe déjà. Il faut lui donner une existence officielle, une organisation et une cohérence qui lui manquent. Tout le monde en convient, mais chacun trouve son intérêt propre, étroit et égoïste, à en retarder l’avènement. Le CG94 existe, c’est vrai, Plaine-Communes existe, c’est vrai aussi, et les Neuilly, sur Seine, sur Marne ou Plaisance, et les Noisy, les Fontenay, les Boulogne, etc. Mais tous n’existent et se développent que parce qu’ils sont une extension de Paris. Il faut savoir être honnête et réaliste. Sinon, ils seraient restés de petits villages agricoles, pour le mieux. Et plus grave encore, on laisse s’accroître les inégalités dignes du tiers-monde, entre les différentes composantes de cette métropole. Il n’y a pas d’urgence ; il faut prendre son temps, attendre. Mais attendre quoi, une nouvelle flambée d’émeutes ? Il est visiblement plus facile de faire du Dalaï Lama un citoyen d’honneur de Paris que de faire des banlieusards des citoyens tout court du Grand-Paris.

Jean-Paul Chapon


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