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Ma vie a basculé...14

Publié le 08 avril 2008 par Edlin

Ma_vie_a_bascule_5Lorsque je reprends mes esprits, je vois des policiers, des infirmiers, des flashs d’appareils photos, et un brouhaha de voix qui me donne aussitôt mal au crâne. Je suis assis sur une chaise, les mains reliées derrière le dos par des menottes, elles-mêmes passées dans les barreaux de la chaise. Le long bruit d’une fermeture éclair que l’on actionne sur ma droite attire mon regard.

J’ai le temps de voir le visage de Robert disparaitre dans le sac en plastique bleu dans lequel il voyagera jusqu’à la morgue la plus proche. Je pousse un râle car une douleur vive vient me rappeler le contact de la batte de base-ball sur l’arrière de mon crâne. D’un geste réflexe je tente de poser ma main sur la tête afin de sentir la bosse que j’imagine ronde comme un œuf, et c’est une douleur aux poignets qui me rappelle que je suis attaché. Je râle de nouveau.

Malgré le bruit ambiant un flic m’a entendu et a fait quelques pas jusqu’à ce que j’imagine être l’inspecteur en charge de l’affaire. Il fait plus Commissaire Moulin que Columbo avec son blouson aviateur en cuir et col de fourrure et ses santiags. Il doit être en moto pour s’habiller ainsi en cette saison, est le fruit de ma réflexion, lorsqu’il arrive à ma hauteur.

  • « Ca va ? Bien réveillé ? » me demande-t-il d’un ton neutre ?
  • « Ca pourrait aller mieux. Quelle heure est-il ? »
  • « Il n’est pas loin de 3h du matin… C’est sûr que les collègues l’ont mauvaise contre vous, mais moi je préfère être là, plutôt que de rester au commissariat à regarder des DVD. »

Trois heures du matin !!?? Je calcule que je suis resté près de huit heures dans les vapes. J’ai soif, ma langue colle sur mon palais.

  • « Je pourrai avoir un peu d’eau s’il vous plait ? »

L’inspecteur interpelle du regard l’agent qui avait repéré mon réveil et lui fait le signe caractéristique du pouce en direction du gosier pour lui faire comprendre que j’ai soif. Il prend une chaise et s’assied en face de moi.

  • « Je suis l’inspecteur Michel de la brigade criminelle. Je vais vous entendre dans le cadre d’un homicide. »

Et il me tend le verre d’eau que l’agent vient de lui apporter. Il comprend rapidement que je ne pourrai pas lui prendre des mains, et semble hésiter à me faire boire, puis il se reprend, pose le verre sur l’accoudoir de sa chaise, se lève et me libère une seule main de son bracelet d’acier. Il me donne le verre, se rassied et sort de sa poche une fiche cartonnée qu’il me lit consciencieusement. Je reconnais là mes droits, tels qu’ils sont énoncés dans les films policiers français.

Il rentre la fiche dans sa poche et me regarde pour vérifier que j’ai bien saisi la nature de la situation dans laquelle je me trouve. Je lance un regard circulaire dans la pièce à la recherche de Véro. 

  • « Où est Véro ? »
  • « Madame Bottero est partie avec sa fille chez sa belle mère. La petite avait l’air choquée, mais le psy n’a pas souhaité la transférer à l’hôpital. »

Madame Bottero. Je ne connaissais pas son nom. Elle m’avait donné son nom de jeune fille, dont elle était contente de s’être débarrassée à son mariage. Vergé, avec un accent d’une importance capitale sur le E. Elle m’avait expliqué les railleries de ses camarades d’école qui omettaient avec plaisir l’accent sur le E final. Elle m’avait raconté comment son père avait dû batailler pour obtenir cet accent sur le E. Je finis le verre d’eau tiède d’un trait, et l’inspecteur le récupère. Je comprends qu’il évite ainsi l’éventualité que je lui jette dessus pendant l’interrogatoire. Nos regards se croisent.

  • « Je ne vous rattache pas… Alors ne me le faites pas regretter et restez tranquille. Expliquez-moi ce qu’il s’est passé.»

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