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Manuel Valls et la rafle de trop.

Publié le 17 juin 2013 par Juan
Le 6 juin dernier, en début d'après midi, le quartier de de Barbès a été bouclé par les forces de l'ordre: à en croire quelques témoignages, plusieurs dizaines d'immigrés ont été capturés en un peu plus de deux heures. L'ampleur de l'opération choque. Elle rappelle de mauvais souvenirs. Elle illustre que la politique migratoire menée par l'actuel ministre de l'intérieur ne présente aucune rupture, sauf dans le discours, avec les sinistres pratiques de Brice Hortefeux, Eric Besson et consorts.
Après l'élection 2007, nous évoquions cette sinistre référence aux rafles. A l'époque, le discours officiel était tristement clair. Il fallait débusquer jusque dans les écoles les sans-papiers pour mieux les expulser. En 2009, il y eut le débat sur l'identité nationale. Puis le discours de Grenoble où un président (élu) de la République française faisait explicitement le lien entre l'immigration et l'insécurité, et fustigeait un "trop-plein" d'immigrés tout en restant incapable de la moindre définition du "supportable". Le gars suivait déjà la voie des voix de la blonde Marine. Et enfin, il y eut cette campagne inspirée par le sinistre Patrick Buisson. Ces gens-là faisaient campagne et pression pour que le citoyen lambda s'inquiète de l'immigration. C'était un fond de commerce électoral - qui peut croire que Sarkozy est réellement xénophobe.
Le 6 mai 2012 est venu. On espérait autre chose. Certes, le discours a changé. C'est déjà cela. François Hollande n'avait promis aucune régularisation massive ni assouplie pendant sa campagne. Il avait voulu sortir l'immigration du débat politique. Il y est parvenu. Il a même fait clarifier les règles de naturalisation comme de régularisation afin de limiter l'arbitraire.
Mais le discours n'exonère pas les actes. Il y avait ces anecdotes toutes plus insupportables les unes que les autres: mineurs encore emprisonnés malgré les dénégations officielles, expulsions vers des pays en guerre. Mais il y eut ce 6 juin plus gros et franchement pire.
Ne pas accepter sur le sol national des candidats à l'immigration est une chose. Organiser une telle opération collective en est une autre, indigne et inadmissible.
Les témoignages sont rares mais concordants. Nous attendions quelques explications. Barbès est un quartier aux multiples trafics, c'est un ancien habitant qui vous l'assure. Mais l'affaire de ce jour-là n'était pas de traquer les clandestins de la cigarette.
"Jeudi à Barbès, en début d'après-midi, des centaines de flics et des dizaines de véhicules de police ont bouclé le quartier de la Goutte d'or au métro Barbès, qui ont empêché pendant deux heures les gens d'entrer et de sortir. Et comme ça, ils ont pu contrôler à l'intérieur de ce périmètre tous les gens qui répondaient à certains critères, à savoir l'air étranger." (Fred, lycéen, témoin, dans l'émission de RESF du 11 juin 2013.) 
"Chaque personne trouvée sans justificatif d'identité était ramenée boulevard Barbès, où stationnaient les bus à destination du commissariat-dépôt de la rue de Clignancourt. (...) Vers 16 h 20, avant la sortie des écoles, les CRS ont levé les barrages, mais des groupes de policiers habillés en civil et même camouflés en rasta ou prenant l'allure d'immigrés aux vêtements usés ont pris le relais, pour poursuivre les contrôles sur les personnes sorties alors des immeubles. Ainsi piégées, elles étaient alors conduites menottées aux bus." (Louis Bastille, Lutte Ouvrière)
"Les flics nous ont traités comme des terroristes. Ils nous ont mis des menottes en plastique. Elles étaient très serrées, on a encore les marques. On va aller voir le médecin pour faire un certificat.
Ils ont encerclé Barbès et ils contrôlaient « au visage », tous les Arabes, les Noirs... Ils étaient très méchants et ne respectaient personne. Ils sont arrivés vers 14 heures et gueulaient après tout le monde dans la rue. Il y a des gens, ça fait dix ans qu'ils sont ici et ils n'avaient jamais vu ça." (Un sans-papier, cité par le blog "Droit des Etrangers", hébergé par Mediapart)
"A chaque intersection, les riverains racontent la même histoire : un cordon de CRS prend position en travers de la rue. Progressivement, une queue se forme au check-point. « Pour entrer ou sortir du périmètre il fallait présenter ses papiers », explique un bistrotier de la rue de la Goutte d’Or." (Streetpress).



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