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la dissonance

Publié le 06 juillet 2013 par Triton95

J’ai toujours ressenti une étrange fêlure entre la vie telle que je la pensais et ce qu’elle fut réellement. Je ne veux pas parler d’une différence entre des rêves et leur réalisation. Je veux exprimer quelque chose de plus profond, ce passé qui nous a fait, qui nous explique, et que nos mouvements dans la vie ont abouti à laisser sans trace tangible autour de nous. Ce que nous aurions pu accumuler, qui aurait pu être une richesse pour nous existe certes, mais il n’est plus personne pour le partager à nouveau avec nous. C’est une mémoire morte de moins en moins réactivée, de moins en moins source de joies et de gaieté. En changeant de lieu, de ville, nous perdons de vue nos amis, et nous perdons ce que notre passé avait de partagé.

Un matin nous nous réveillons au milieu de gens que nous ne comprenons même pas, des gens d’une autre culture, mais incompatible avec ce que nous avons toujours pensé et senti, à un point tel que l’on se sent le dernier d’une espèce. Ce qui nous faisait rire, ce dont nous nous moquions, ce qui nous semblait absurde, et devait être réformé, notre sensibilité à des choses infimes ne rencontre plus aucun écho, plus aucune compréhension.

Nous sommes vieux, ou le monde l’est devenu. Ce ne sont plus que revendications minoritaires, comme si la société avait disparu et qu’aucun mouvement d’ensemble ne devait l’animer, qu’aucun progrès ne puisse être universel.

Est-ce le temps qui creuse cette fêlure, cette difficulté à vivre dans les grandes villes, cette impossibilité ou presque d’y nouer des liens, de s’y loger, et la spéculation immobilière qui nous pousse vers la périphérie. Notre vie semble de plus en plus périphérique, elle ne semble le centre de rien, comme satellisée.

L’électronique l’a accentuée, car ce n’est pas en restant le nez sur son portable que l’on participera au monde réel, même si, après tout, les blogs permettent de faire part d’idées qui ne seraient pas faciles à exprimer dans la vie courante, qui seraient trop profondes pour la plupart des conversations. Certains me disent, mais tu n’as pas peur qu’en bloguant on puisse copier, piller tes idées, mais n’est-ce pas l’intérêt d’une idée qu’elle puisse être ainsi virale, plutôt que protégée par des droits d’auteur qui en freineraient la diffusion ? Il n’est pratiquement pas possible de sortir un livre et de trouver un public, alors que le moyen modeste du blog permet de toucher quelques dizaines de lecteurs tous lse jours. C’est un bon compromis en comparaison du livre qui ne se vend pas en général.

Ce qui nous manque c’est peut-être ces anciennes discussions où nous refaisions le monde au café, parce que ce monde, nous ne le partageons plus, et que l’on ne peut donc le refaire.



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