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L'Agence spatiale européenne dévoile la future Ariane 6

Par Memophis

Le lanceur qui succédera à l’actuelle Ariane 5 aura pour partie basse une déclinaison plus puissante des boosters de Vega et pour partie haute l'étage Vinci. Les premiers vols sont prévus à l’horizon 2020, et cette nouvelle Ariane garantira un accès autonome de l’Europe à l’espace sur le long terme.

Par Rémy Decourt, Futura-Sciences

L'Agence spatiale européenne dévoile la future Ariane 6
L'Ariane 6 choisie par l'Agence spatiale européenne sera économique et conçue pour répondre aux besoins de l'Europe. © Esa, D. Ducros Share on print   Share on email    

Après plus de 600 concepts de lanceurs du futur et une short list de 130 versions différentes à l’étude, l’Agence spatiale européenne a dévoilé la configuration définitive d’Ariane 6, le lanceur qui doit succéder à Ariane 5 à l’horizon 2020. L’Esa a opté pour la version dite PPH, un lanceur comprenant deux étages à propulsion solide (P) surmontés d’un étage à propulsion cryotechnique(H).

Ce concept a été sélectionné au terme de six mois d’études d’arbitrage réalisées dans le cadre d’un plateau-projet intégrant les équipes industrielles (Astrium, Avio, Herakles, ainsi que la participation de Safran, MT Aerospace et d’autres encore) qui ont travaillé sous contrat avec l’Esa, conformément aux décisions ministérielles prises lors de la session du Conseil au niveau ministériel qui s'est tenu à Naples, en novembre dernier.

Le concept définitif d’Ariane 6 et ses trois propulseurs du premier étage. Le lanceur sera constitué de deux étages à propulsion solide et d’un étage à propulsion cryotechnique.

Le concept définitif d’Ariane 6 : le premier étage est formé par trois propulseurs à propergol solide installés en ligne. Un unique propulseur, de même type, constitue le deuxième étage (là où se trouve le logo de l'Esa sur ce dessin). Le troisième étage est, lui, à propulsion cryotechnique. © D. Ducros, Esa

La configuration retenue est celle d’une Ariane 6 « Multi P en ligne » (multipropulseur). Haut de 50,6 mètres, ce lanceur à trois étages est constitué d’un premier étage à trois propulseursidentiques à propergol solide de 135 tonnes de chargement, et d’un deuxième étage constitué d’un propulseur unique identique à ceux du premier étage, et de la même capacité. Quant au troisième étage, il s’agit d’un étage cryotechnique réallumable équipé du moteur Vinci, développé dans le cadre du programme Ariane 5 ME.

Changement de paradigme d’Ariane 5 vers Ariane 6

Résultat : avec une masse au décollage de quelque 660 tonnes et une poussée de 7.500 kN (soit 750 tonnes), ce lanceur pourra amener de 3 à 6,5 tonnes en orbite de transfert géostationnaire, en orbite basse, en orbite héliosynchrone et en orbites basses dites institutionnelles pour la science et l’observation de la Terre. Autrement dit, on abandonne le lancement double et on retourne au lancement simple, plus en phase avec les besoins institutionnels de l’Europe.

Autres données intéressantes, ce futur lanceur sera adapté pour les satellites à propulsion électrique, et sa coiffe aura le même volume utilisable que celui d’Ariane 5.

L'étage principal cryotechnique (EPC) d'Ariane 5, avec le moteur Vulcain 2, sur le site d'Astrium des Mureaux, dans les Yvelines.

L'étage principal cryotechnique (EPC) d'Ariane 5, avec le moteur Vulcain 2, sur le site d'Astrium des Mureaux, dans les Yvelines. © Rémy Decourt

Cette stratégie d’un lanceur avec quatre boosters identiques (une évolution de l’actuel P80 du lanceur Vega) a pour but de réduire les coûts et les délais de développement, mais surtout de les construire à la chaîne, ce qui va jouer sur le prix du lanceur. L’objectif de l’Esa est d’arriver à un coût par lancement de 70 millions d’euros et une cadence de 10 à 15 lancements par an. Cette approche de développement diffère de celle qui a mené à Ariane 5. À l’époque, le besoin était de développer l’industrie spatiale européenne pour qu’elle devienne ce qu’elle est aujourd’hui, une référence au niveau mondial (techno driven). Avec Ariane 6, les coûts d’utilisation et de développement sont les critères principaux, d’où le choix d’un lanceur cost driven, dans lequel la solution est moins centrée sur une nouvelle technologique, mais met l’accent sur l’utilisation et l’adaptation de technologies existantes.

Astrium, maître d’œuvre potentiel pour Ariane 6 ?

Enfin, derniers points à régler, les choix du constructeur du lanceur et de l’organisation industrielle d’un programme estimé entre 2,5 et 3,5 milliards d’euros. Ces deux décisions sont attendues en juin 2014, mais compte tenu du sans-faute d’Astrium, maître d'œuvre unique du système Ariane 5 depuis le lancement du 22e lanceur de production (V170, en mars 2006), il est fort probable qu’il soit également choisi pour cette nouvelle étape de la conquête spatiale européenne.

Rappelons qu’Ariane 5 affiche un total de 69 lancements, une série en cours de 54 succès consécutifs et un record de performance de plus de dix tonnes en orbite de transfert géostationnaire.


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