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Un Premier ministre bien ordinaire

Publié le 23 juillet 2013 par Jclauded
C’est à son arrivée à Lac Mégantic, que j’ai revu Stephen Harper. Encore une fois, je l’ai trouvé terne, incolore, inodore et sans saveur. Quelle image désolante pour un premier ministre (PM) du Canada, au pouvoir depuis près de 8 ans ! Est-ce cela qui explique qu'il n'a que 8% d’appuis au Québec, alors que Robert Stanfield, chef du Parti progressiste-conservateur qui aussi avait peu d’image, mais était très sympathique, en avait 21% ? Qu’en est-il vraiment ? Pour mieux comprendre, je crois qu’une comparaison s’impose avec les faits et gestes de ses prédécesseurs : John George Diefenbaker, Lester Pearson, Pierre-Elliot Trudeau, Brian Mulroney et Jean Chrétien.
John Diefenbaker né en Ontario, adolescent en Saskatchewan, soldat de la 1ière guerre mondiale, en revient pour pratiquer le droit. Amant de la politique, tribun extraordinaire, il perd sept élections avant d’être député, ministre et PM du Canada. Il le sera 6 ans. Traduction simultanée, première femme ministre, premier amérindien sénateur, plus de points d’impôts aux provinces, protection des agriculteurs de l’Ouest et des pauvres de la société sont ses actions. Il fait adopter la déclaration canadienne des droits et des libertés fondamentales. Il veut l’indépendance économique et politique du Canada des USA. Refuse l’implantation sur le sol canadien de missiles nucléaires américains Bomarc. En 1958, il gagne 50 députés au Québec, malgré qu’il soit unilingue anglais. Persuasif, convaincu et convainquant, « the chief » est un leader sincère, franc et a de la couleur. Pour le PM Joe Clark : « Ce fut un homme indomptable qui changea la nature profonde de son pays et la changea pour toujours ».
Lester Pearson devint Nobel de la paix. Diplômé de l’U de Toronto et d’Oxford, athlète, pilote à la guerre 1914-18, il devient ministre, s’oppose à l’intervention militaire du Canada dans le monde et propose, à l’ONU, la formation des « casque bleus ». PM en avril 1963, il le sera 5 ans, il instaure l'accès universel aux soins de santé, les prêts aux étudiants, le bilinguisme officiel, le régime de pensions des canadiens, etc.. et le drapeau du Canada. Il légalise le divorce, décriminalise l'avortement et l'homosexualité. Combiné à son travail innovateur à l'ONU et en diplomatie internationale, Pearson est l'un des Canadiens les plus influents du XXe siècle. Il a fait sa marque partout.
Pierre-Elliot Trudeau, formé par les jésuites, étudiant en droit, obtient une maîtrise en économie politique d’Harvard. Outrancier, insolent et provocateur, il aime le canoë et les voyages, dont en Chine de Mao. Il s’intéresse à la grève d’Asbestos et aide les grévistes. Il joint « Cité libre » où il propose des « réformes sociales et une plus grande égalité ». Professeur de droit constitutionnel à l'U de M, il se lance en politique fédérale. Elu, il est ministre de la Justice. Une phrase le rend célèbre « L’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation ». Devenu PM, il le sera 15 ans. Il fait adopter la loi sur les langues officielles et oblige les institutions fédérales à offrir des services en anglais et en français à la grandeur du pays. Aux prises avec l’enlèvement du diplomate James Richard Cross et le meurtre du ministre Pierre Laporte, il ordonne à l'armée d’agir et proclame la « Loi sur les mesures de guerre ». Il aboli la peine de mort. En 1976, il apporte une aide financière au peuple cubain victime d’un embargo américain. Il gagne le référendum de 1980 contre les séparatistes québécois et rapatrie la constitution canadienne de Londres, nonobstant le refus du Québec. Intellectuel au caractère flamboyant, il a rehaussé la visibilité du Canada dans le monde.
Brian Mulroney, de Baie Comeau, devient avocat d’une firme montréalaise, commissaire de la Commission Cliche sur la construction et président de Iron Ore Company. Intéressé par la politique, il est élu PM progressiste-conservateur en 1964. Il le sera 9 ans. Il veut la signature du Québec sur l’acte constitutionnel de Trudeau et négocie l’accord du Lac Meach pour ce faire. Il vient à un cheveu près de réussir. Il privatise de nombreuses sociétés d'État dont Air Canada, ratifie le libre-échange avec les États-Unis, s’oppose au régime d’apartheid en Afrique du Sud et appuie la « coalition » durant la guerre du golfe. Il initie un accord sur les pluies acides avec les USA et est le premier répondeur occidental à la famine éthiopienne de 1984-1985. Il s’oppose à l'intervention des USA au Nicaragua, mais devient interventionniste dans des conflits en Yougoslavie, en Ethiopie et en Irak. Malgré qu’il sache l’impopularité pour son parti qui va en résulter, il impose une taxe de vente (TPS), décrète un moratoire sur la pêche à la morue et accorde le contrat d’entretien des F-18 au Québec. Sa forte et plaisante personnalité en fait un leader politique aimé par les grands de ce monde et cela a bénéficié au Canada.
Jean Chrétien est né à Shawinigan. Diplômé en droit de l’U de Laval, il est élu député fédéral en 1963. PM en novembre 1994, il le sera 10 ans. Il hérite d'un pays largement endetté. Avec son ministre des finances, Paul Martin, il procède à des compressions budgétaires importantes et élimine un déficit de 42 milliards $. Ses cinq budgets suivant sont excédentaires et il rembourse 36 milliards $ sur la dette. Il vote la plus grande baisse d'impôt de l'histoire. Lors du référendum de 1995, il dirige les fédéralistes à la victoire. Puis, il fait adopter la loi sur la clarté référendaire pour que toute question référendaire future soit « une question claire » qui doit obtenir « une majorité claire ». Il refuse que le Canada participe à la guerre d’Irak de 2003 et ratifie le Protocole de Kyōto sur les changements climatiques. Depuis sa retraite, la popularité de Chrétien ne cesse de grandir et il demeure un orateur puissant et aimé.
Stephen Harper, membre fondateur du Reform Party, parti de droite de la droite, est élu chef du parti (devenu Alliance Canadienne). En 2003, il conclut un accord avec le parti Progressiste-Conservateur pour fusionner les partis. Pour réussir, il doit renier ses politiques contre l’avortement et contre le bilinguisme. Le Parti Conservateur est créé (le mot progressiste étant trop choquant aux oreilles d’Harper). En 2006, il est élu PM et hérite d’un Canada prospère, dynamique et respecté sur la scène mondiale.
Pour respecter ses promesses électorales de 2006, Harper diminue la TPS de 2 %. De plus, il réduit l’imposition des sociétés de 6 %. Le PIB augmente de 13,6% et le Canada s’en tire mieux que les autres pays développés. En 2013, la croissance est de 2,5%, les exportations en hausse de 6% et la dette est moins élevée. 95 000 nouveaux emplois sont créés. Définitivement, un plus.
Sous prétexte que le Canada est devenu une « superpuissance énergétique éminente », Harper change radicalement la direction du pays en rapport avec l’environnement. Lui qui avait traité le protocole de Kyoto de « complot socialiste », annule les programmes d’actions volontaires, dont « le « défi d’une tonne ». Pour masquer son inaction, il annonce des programmes visant à baisser de 20%, en 13 ans, les GES. Les médias dénoncent la duplicité et le manque de sérieux du gouvernement. Trois ans plus tard, Harper retire le Canada de Kyoto, met la clef dans son programme d’une bourse de carbone et réduit son objectif de GES, qui ont augmenté de 7,4% au lieu de diminuer. Définitivement, un moins.
L’industrie du gaz et du pétrole représente 8% du PIB. Les sables bitumineux y compte pour 60%. Le monde entier s’élève contre l’exploitation des sables dont l’Union Européenne qui refuse ce pétrole « sale » sur son territoire. Aujourd’hui, la réduction de pollution est réelle mais chimérique au moment où Obama est pressé par Harper, au nom de la bonne entente USA-Canada, d’approuver le nouvel oléoduc Keystone XL. « Le transport se fera par oléoduc ou par rails », dit Harper au président, « à vous de choisir ». Après l’apocalypse du Lac Mégantic, on peut comprendre la force de cette menace. Pour Harper, l’impact économique au Canada et l’indépendance énergétique en Amérique du Nord, l’emporte sur le réchauffement climatique. Définitivement, un moins.
Bon conservateur, Harper introduit des modifications au code criminel pour le rendre plus sévère. Allongement de peines, peines minimales pour petit délit, mise en liberté sous condition annulée, libérations conditionnelles restreintes, etc... Il ferme six « fermes-prisons » de réhabilitation pour les détenus. La population carcérale augmente. Critiqué par les juges et les avocats, Harper ne bronche pas. Son modèle est les USA qui selon lui est l’endroit le plus sûr de la planète. Définitivement, un moins.
Toujours sur sa ligne à droite, il somme le Conseil national de recherches à mettre l’accent sur des recherches pratiques pour aider l’industrie au lieu de la recherche fondamentale. C’est une guerre contre la science qui peut coûter cher à long terme et qui fait en sorte que les meilleurs cerveaux nous quittent. Définitivement, un moins.
Harper fait intervenir le Canada dans la guerre en Afghanistan. Il avait reproché à Chrétien d’avoir refusé de participer à la guerre en Irak. Le nombre de morts est grand. Les coûts aussi.
Définitivement, un moins.
Voulant limiter le jeu de l’influence avec l’argent, suite aux dons politiques, Harper instaure une interdiction de lobbysme de 5 ans aux ex-ministres, haut fonctionnaires. Il crée le poste de Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique. Définitivement, un plus.
Il modifie la loi électorale et instaure les élections générales à date fixe. Définitivement, un plus.
Il n’oublie pas ses politiques du Reform et nomme des unilingues à des postes qui requièrent des personnes bilingues. Il renie ainsi sa parole donnée au parti progressiste conservateur. Il coupe le budget pour le bilinguisme et est critiqué vertement par le vérificateur général. Définitivement, un moins.
Harper met fin à l’obligation des Canadiens de remplir le formulaire du recensement quinquennal, malgré l’opposition du directeur de Statistique Canada. Au recensement qui suit, le taux de réponse de 50% devient un empêchement pour obtenir des renseignements valides pour le développement urbain, la construction d’écoles, d’hôpitaux, de logement à loyer modique, de services aux immigrants. Tout devient plus compliqué et souventes fois impossible. Définitivement, un moins.
Sur la question de l’unité nationale, Harper dépose une motion reconnaissant « que les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni ». Le vote aux Communes est quasi unanime. Controverse au Canada Anglais que Harper apaise en lui affirmant qu’il y a plusieurs nations au pays. Finie l’histoire du Canada créé par deux nations, la francophone et l’anglophone. Que sont les francophones des autres provinces ? L’ile-du-Prince Edouard, une nation ? Ce n’est que de la petite politique qui n’a rien apporté à Harper aux élections qui suivirent. Il n’en parle plus. Pour certains un plus, pour d’autres un moins !
Comme on peut juger, le conservatisme de droite a pris charge de la politique canadienne. Les moins l’emportent sur les plus. Influencé par la politique républicaine américaine, Harper et son idéologie a amené le Canada dans une voie qui nous est étrangère. Certes, il met l’accent sur l’économie et réussit, mais un pays c’est aussi une foule d’autres choses aussi importantes.
Les premiers ministres qui ont précédé Harper ont bâti un Canada grand, propre, fier, fort, ouvert au monde, respecté, respectueux de la personne humaine et de ses droits, champion de l’environnement. Aujourd’hui, le Canada souffre, piétonne sur place et les gens du monde nous demandent « Qu’est ce qui se passe chez vous ? ». La réponse est simple. « Nous avons un Premier Ministre bien ordinaire »
Claude Dupras

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