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Quant l'iNSEE sous-estime ces Français qui peine à se nourrir.

Publié le 26 juillet 2013 par Juan

Le 17 juillet dernier, l'INSEE livrait une édifiante mesure de ces foyers qui peinent à se nourrir pour des raisons financières. 
Question de méthodologie
L'analyse portait sur l'ensemble des dépenses de consommation entre 2005 et 2011.
Elle repose sur un ... sondage de 10.342 ménages en France. Posons la question: comment l'INSEE sonde-t-elle les quelque 140.000 sans domicile fixe que l'on recense par ailleurs en France ?
L'étude reste aussi trop sommaire car les ménages sont découpés en quintiles, ce qui a pour effet de "noyer" les très riches dans la grande catégorie des "20% les plus aisés". 
Des constats stables...
Globalement, la structure de consommation des ménages éclaire sur la réalité des inégalités sociales. Ainsi l'INSEE rappelle-t-elle quelques constats:
1. Les 20 % de ménages les plus aisés consomment 2,5 fois plus que les 20 % de ménages les plus modestes (*). On se rappelle que les écarts de revenus et patrimoine sont bien plus importants: selon l'INSEE, les 20 % de ménages les plus aisés ont un niveau de vie environ 4 fois supérieurs à celui des 20 % de ménages les plus modestes (**). Ces écarts seraient d'ailleurs bien plus importants si l'analyse était plus fines (1% plus riches par exemple). Le constat est connu: plus on est riche, plus on peut épargner.
2. Une personne seule consomme 34% de moins que la moyenne en 2011 (40% en 2005). Un couple avec enfants consomme 36% de plus que la moyenne.
3. L'alimentation représente environ 18% de la consommation des 20% de ménages les plus modestes - contre 11% pour les 20% les plus aisés.
... ou presque
La crise a eu peu d'effets sur ces disparités: "entre 2005 et 2011, la structure moyenne de la consommation est stable, malgré l’ampleur des chocs économiques survenus sur la période". Les écarts de niveau de consommation entre ménages sont quasi-stables, sauf sur un item: les loyers se sont envolés pour tout le monde: riches ou modeste, le loyer représente plus de 20% de la consommation du ménage (24% pour les plus modestes; 21% pour les plus aisés). Tous les médias les répètent: les inégalités de consommation ont été à peine modifiées par la crise.
La crise a même eu peu d'effet sur la part du budget consacré aux loisirs, autre enseignement de l'étude: "Contrairement au logement, le poids des dépenses de loisirs et culture croît avec le niveau de vie." rappelle l'INSEE. Pour ajouter: "Le recul du poids des loisirs tient en réalité à la baisse continue, depuis de nombreuses années, des prix des matériels audiovisuels, photographiques et informatiques, qui représentent un cinquième de la dépense dans le poste." Hormis cet effet prix, les loisirs restent un poste important des dépenses de consommation (10%).

Et la bouffe ?
Le budget d'alimentation était en baisse régulière de 1979 à 2005: "Sous l’effet de l’amélioration continue du pouvoir d’achat des ménages, au-delà des fluctuations conjoncturelles, le poids de l’alimentation a ainsi reculé au cours des dernières décennies." Cette baisse s'est stabilisée depuis. L'INSEE y voit une conséquence directe de la contraction du pouvoir d'achat des ménages les plus modestes: "Le phénomène doit être rapproché du recul, depuis 2008, du niveau de vie de la moitié la moins aisée de la population. Ce recul est d’autant plus marqué que l’on se situe plus bas sur l’échelle des niveaux de vie."
Mais le plus grave suit: "en 2011, 16 % des ménages du premier quintile de niveau de vie ont déclaré qu’ils consacreraient un éventuel surcroît de revenu en priorité à ces dépenses (encadré 2), contre 11 % six ans auparavant."
Vous avez bien lu: 16% des ménages les plus modestes contraignent leurs dépenses d'alimentation, un bond de 5 points en 5 ans !
Sur le site de l'Expansion qui relayait brièvement la nouvelle, le 17 juillet dernier, on pouvait lire ce commentaire d'un internaute: "Mais, tout le monde achèterait plus s'il le pouvait! Quant à ce genre d'information, à faire pleurer, je suis toujours curieux de voir à quoi les gens dits modestes dépensent le peu qu'ils ont et sur quoi ils feraient bien de rogner afin de mettre quelque chose dans leur assiette!"
Depuis leur création en 1986, les Restos du Coeur. n'ont malheureusement cessé d'augmenter le nombre de repas servis, 130 millions l'hiver dernier, soit 15 millions de plus en un an.
A bon entendeur...
(*) "La consommation correspond à l’ensemble des dépenses d’un ménage dont sont exclues les dépenses d’investissements comme les achats immobiliers, les gros travaux et les placements financiers. On exclut aussi les impôts directs acquittés par le ménage (impôts sur le revenu, taxe d’habitation, taxe foncière,..)."
(**) Ces disparités sont sous-évaluées, reconnait l'institut, car l'occupation d'un logement par son propriétaire n'est pas mesurée, ni en revenu, ni en consommation.

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