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325ème semaine politique: de la nullité politique française

Publié le 27 juillet 2013 par Juan

325ème semaine politique: de la nullité politique française
Le débat politique est donc nul, surtout l'été.
Jugez plutôt.
Cela fait peut-être 325 semaines que cela dure. 

C'est le jour de la libération fiscale. 

Depuis vendredi, vous bossez pour vous, et pas ces affreux impôts et autres prélèvements obligatoires que les méchantes administrations vous ponctionnent. L'information est brillamment publiée en une du "Best Of" hebdomadaire des Echos. Le quotidien économique s'esbaudit chaque année sur cette incroyable nouvelle quasi-mathématique. Puisque les prélèvements obligatoires en France frisent ou dépassent les 50% de la richesse produite, on peut imaginer assez simplement qu'à la moitié de l'année de production, le fameux seuil de la libération fiscale est enfin atteint.
"La France est décidément un enfer fiscal pour les salariés. Selon l’institut Molinari qui a compulsé les données chiffrées fournies par Ernst and Young, son taux d’imposition réel est de 56,61 %."
En 2013, cette libération tombe donc un 26 juillet.  A partir de cette date, nous ne payons plus ce fichu entretien des rails de la SNCF y compris à Brétigny sur Orge, ni ces hôpitaux trop couteux, ni ces policiers en surnombre à Trappes et ailleurs, ni ces professeurs qui laissent échapper un gros tiers d'une classe d'âge avant même le bac. Nous ne payons plus pour ces dépenses sociales qui ne servent à encourager la paresse et "l'assistanat". Nous pourrions continuer encore longtemps cette longue liste des dépenses publiques trop inutiles pour nos commentateurs libéraux. La prochaine réforme des retraites promet de belles embardées néo-lib.
Nous pourrions être d'encore plus grande mauvaise foi en relevant ce détail, pas si futile, publié par les mêmes Echos: l'autre pays où l'on taxe trop durement les salariés est la Belgique - 60% d'imposition globale. La Belgique, le paradis des riches Depardieu et autres Mulliez épargnent de ses fourches fiscales les grosses fortunes, les rentiers, mais pas les salariés. La nouvelle vaut son symbole.
Manuel Valls promet une réduction de la vitesse maximale sur nos routes. On sait que la chose est relativement et tristement corrélée avec le nombre d'accidents de la route. Et qu'il serait bon de laisser peut-être le privilège de la vitesse à nos transports collectifs. Mais un professeur émérite parvient à convaincre les Echos d'une tribune pour expliquer,  simulation grossière en main, qu'abaisser de 5 km/h la vitesse moyenne automobile couterait 8 milliards d'euros par an à la collectivité... On se pince...
Manuel Valls avait autre chose à faire que de lire la dite "étude".
A Trappes, les dégâts d'une nuit de caillassage sont nombreux.
Matériellement, il n'y a certes pas grand chose, pas même de blessés. Mais symboliquement, politiquement, éthiquement, le score est haut. On a l'embarras du choix. Il y a donc ce ministre de l'intérieur qui ne cesse trois jours durant de soutenir sans nuance ses policiers locaux malgré les témoignages de leur agressivité. Il y avait ce mari angélique d'une femme voilée à l'origine des troubles qui expliquait la barbe tranquille mais le verbe trop rapide combien il se fichait de payer des amendes pour infraction à l'interdiction du voile intégral, une jolie provocation.
Il y avait ce Figaro et quelques sbires émérites de l'UMP-FN si prompts à comparer l'évènement aux trois semaines d'émeutes et d'état d'urgence de 2005. Il y avait ces quelques médias continus si rapides à relayer la version officielle des heures durant et en boucle sans attendre une enquête.
A Brétigny, des bagages de voyageurs, sans doute de victimes, ont donc bel et bien été volés. Il fallait juste attendre quelques jours pour s'en convaincre. Pas grand chose à voir avec le détroussage de cadavres encore fumants que l'on nous décrivait sur Twitter le soir du drame. Mais ce sont des actes odieux, évidemment odieux.
Nos prisons débordent, encore et toujours: 68.569 détenus au 1er juillet, pour 57.320 places...  un nouveau record. Qui a dit que la Justice était soudainement laxiste depuis que Christiane Taubira est Garde des Sceaux ? Il faudra comprendre, et répéter, que l'action politique requiert un temps parfois long; que les agitations médiatiques que nous critiquions tant quand nous étions en Sarkofrance sont tout aussi critiquables.
Un député de l'UDI, le parti de Jean-Louis Borloo, s'énerve contre des Roms de sa ville de banlieue: "Comme quoi, Hitler n'en a peut-être pas tué assez". Cette "libération" de la parole décomplexée, de surcroît chez un gars qu'on nous présente comme "centriste" est odieux, ignoble, désespérant.  Il démissionne de l'UDI. Ailleurs, le gouvernement dissout encore quelques groupuscules fascisants.
Le Monde, dans un éditorial fameux le 25 juillet, s'interroge sur la "nullité du débat de l'été."
Oui, le débat politique est nul.
Le Sarkothon continue.
Il ne reste plus que 3 ou 4 jours avant la fin de la grande souscription nationale pour sauver Nicolas Sarkozy l'UMP de la faillite. Les militants s'agacent. Des voix, malheureusement anonymes, se lèvent pour exprimer leur gêne et leur colère.
Finalement, Sarkozy n'a pas fini de payer son retour précipité, "Get Lucky"
La Cour des Comptes nous apprend que le site personnel de Carla Bruni a coûté aux contribuables quelques 410.000 euros. Elle ne dit pas si on doit envoyer la facture au Cap Nègre.
Son ancien mentor Balladur a quelques soucis. L'étau judiciaire se resserre. L'enquête des magistrats sur le financement illégal de sa campagne de 1995 à l'aide de rétrocommissions sur des ventes d'armements a été élargie à des faits de détournements de fonds publics. Sur le premier volet, Ziad Takieddine, l'ancien ami de Jean-François Copé et intermédiaire de la Sarkozy ante-2007, a avoué avoir remis près d'un million d'euros à des membres de la campagne Balladur.
A l'Assemblée, les députés UMP et UDI suspendent de (fausse) rage leur participation à la commission d'enquête Cahuzac. Jean-Marc Ayrault ne viendra pas témoigner. Il faudra longtemps se rappeler ce désolant et dérisoire spectacle: cette commission n'enquête pas sur l'objet du délit - il est connu, avoué, sanctionné politiquement et une instruction est cours. Non, cette commission enquête sur la "gestion" de l'affaire pendant un peu mois de 4 mois qu'elle a duré.  Mais son président, l'UDI Charles de Courson, s'est mué en "procureur". Le gars est l'un des piliers du parti de l'ancien avocat de Bernard Tapie.
Ne souriez pas. C'en est triste.
Aurélie Filippetti se réjouit. C'en serait fini de la Télé Sarko ? Ah bon... Mais de l'indépendance des médias, de leur pluralisme, qu'en est-il ? On ne sait pas. Sa loi est votée mercredi, en première lecture. Encore une promesse de tenue, c'est déjà cela. Mais restez modestes, bordel !
Quel choc !
Lundi soir, ça couine, grince et raille à propos d'un dîner.François Hollande invite à l'Elysée un quarteron de leaders de "sa" majorité. On pouvait se moquer de la présence du politiquement-minuscule MUP de Robert Hue. Quelques-uns font le procès facile à Hollande d'avoir rompu sa promesse de campagne de ne pas s'occuper de sa majorité, de ne jamais prétendre en être le chef.
La salve des critiques, qui nous fait quand même perdre quelques temps médiatiques absurdement consacré à la chose, est ridicule. Hollande est loin de tenir des meetings politiques secrets comme le faisait son prédécesseur à chaque déplacement (rappelez-vous celui-ci, en 2009); il ne sollicite pas davantage quelques riches donateurs à l'hôtel Bristol en face de l'Elysée.
Non, Hollande est bien loin de l'agitprop sarkozyste.
Le chômage a pris 15.000 recrues supplémentaires, sans aucune activité aucune, en juin. Sur un an, la première année de son quinquennat, le chômage officiel a donc progressé de 11,2%. En ajoutant les temps partiels, les chômeurs sont 5,1 millions inscrits à pôle emploi, +0,1% en juin.
Hollande croit encore.
Il croit à son inversion de la courbe du chômage. Grâce aux emplois d'avenir, le chômage des moins de 25 ans baisse encore en juin, légèrement.  Cela fait deux mois consécutifs, une première depuis deux ans. Les emplois aidés sont un pis-aller.
Quand il visite Dunkerque, Hollande annonce 100.000 formations prioritaires pour les chômeurs d'ici 2014. Son ministre du Travail complète d'une interview dans Vosges Matin: "pour 2014, nous ciblerons les aides (à l'apprentissage) sur les petites entreprises." Devant les caméras, il questionne une entreprise, l'usine d'AstraZeneca: "où ils sont les postes à pourvoir ?".  Hollande n'est pas plus économe en shows médiatiques que son prédécesseur, puisque la "masse" médiatique n'attend que cela. Mais nous ne sommes plus dupes. On frise même la saturation.
De Mélenchon à Hollande, de Copé à Le Pen, on prie au retour de la croissance. Les plus lucides sont contraints de composer. Chacun sa méthode, mais tous font plus ou moins fausse route. Il faudra qu'un jour ils réalisent que le modèle a changé sans prévenir. Nous serons 79 millions en France en 2050, et 9,6 milliards dans le monde. L'incapacité politique à débattre du monde surprend toujours. On peut, on doit s'indigner sur les signes manifestes de précarisation massive de la société. L'INSEE vient d'ailleurs de livrer une dernière étude qui sous-évalue les difficultés alimentaires des foyers les plus modestes. Mais on peut, on doit reconnaître que le filet social est encore là, et plus que jamais indispensable: depuis 2007, les dépenses sociales ont progressé de 22% en moyenne dans les pays de l'OCDE. Et la France n'est pas la Grèce: 33% de son PIB reste dédié aux pensions et autres prestations sociales, contre 13% en Grèce.
En France, un "épisode caniculaire" de quelques jours affaiblit nos anciens, mais ravit nos commentateurs. Il faut chaud, très chaud. Il y a des orages forcément "violents". Samedi, Bordeaux est "sous l'eau". Pour un peu, on se croirait dans Pacific Rim version changement climatique. L'Europe a perdu la moitié de ses papillons en 20 ans.
Il y a encore des gens pour nous dire que l'écologie est dépassée.
Le ciel s'est vidé de ses hirondelles. 


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