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Aron, PGEN, Préfaces

Publié le 28 juillet 2013 par Egea
  • Aron
  • Relations internationales

Je vous en avais parlé il y a deux ou trois semaines, et puis n'étais pas revenu sur le sujet. Était-ce à dire qu'il s'agissait d'une promesse en l'air ? Nenni, mais j'ai trouvé opportun d'avancer un peu dans la lecture dudit "Paix et guerre entre les nations" (de son petit nom, désormais, PGEN). Et pour commencer, les préfaces...

Aron, PGEN, Préfaces
source (un article de S. Hoffmann sur Aron, dans PE).

Préfaces au pluriel, donc. Et pourtant, on devrait presque dire qu'il n'y a qu'une préface. Celle de la quatrième édition, datée de 1966, soit six ans après la rédaction de l'ouvrage (paru en 1962). En 1975, il explique qu'il n'ajoutera rien. Et l'édition posthume, sur laquelle je travaille, bénéficie non d'une préface, mais d'une "introduction à la huitième édition".

Tout ceci, avant "l'introduction" qui appartient au corps de l'ouvrage.

Ces préfaces constituent donc des ajouts au texte original, et servent souvent de repentirs, ou d'exposés des modifications lorsque le texte a été "revu et corrigé" comme l'on dit couramment.

La première préface, après avoir rappelé brièvement le but de l'ouvrage (dégager l'appareil conceptuel, puis la portée des déterminants qui affectent ces rapports interétatiques, éventuellement les régularités que révélerait l'étude du passé), explique qu'il n'est point besoin de "mettre à jour", puisque ce n'est pas un ouvrage d'histoire ni d'actualité. Certes, la flexible response est au goût du jour (il la traduit par réplique souple) mais cela ne change pas vraiment à son analyse, qui rappelle que "la force militaire demeure le fondement de l'ordre international : elle n'est ni partout ni en toutes circonstances décisive".

Et ainsi qu'il clôt sa préface de 1975, en un paragraphe de quatre lignes : "le lecteur jugera par lui-même si la méthode et les concepts que j'utilisais il y a une quinzaine d'années demeurent appropriés à la compréhension du monde actuel".

Il y a là un certain orgueil intellectuel, convenons-en. Et en même temps, au-delà de l'assurance, la probable conviction que c'était un texte de son époque, que ce qui devrait traverser le temps le traverserait, et qu'il était vain de vouloir courir après son époque pour tenter d'ajuster. Soit c'est juste, et ce qui est vrai demeure, dégagé des circonstances, le temps effaçant naturellement ce qui est superflu. Soit c'est faux, et il ne sert à rien de vouloir tordre un texte pour le rendre plus adapté.

A la veille de sa mort, pourtant, Aron n'a plus tout à fait la même perspective, puisqu'il donne une longue "présentation", manuscrit posthume présenté dans ces papiers comme une "présentation critique du texte de 1962". Nous sommes en 1983, et nul doute que la distance permet désormais de mieux cerner les points devant être "corrigés". Or, Aron ne corrige rien dans ce texte de 37 pages. On a plutôt une longue discussion sur le rôle de l'économie dans le cadre des rapports internationaux. Pourtant, ce n'est pas la prétention économiste du matérialisme historique qui semble susciter ce propos : est-ce l'apparition des reaganomics, et le triomphe récent des néo-libéraux et de l'école de Chicago ? Aron ne les cite pas, se contentant de reprendre un long exposé du rôle de la monnaie depuis Bretton Woods jusqu'au système de change flottant d'après 1973. Autrement dit, le "repentir" aronien porte sur l'inclusion de la notion de "système économique" dans sa théorie des RI.

Dans la dernière page, il note : "le système interétatique, centré sur la rivalité des deux grands ou des deux camps, coexiste avec un marché mondial, qui n'est ni la cause ni l'effet des rapports diplomatico-stratégiques des États". Notons que deux lignes plus bas, il utilise ces mots : "l'analyse géopolitique à la Kissinger, tient compte de toute évidence etc". Je note que le mot "géopolitique" est alors (en 1983) dénué de l'interdit qui le frappe vingt ans plus tôt, comme le note Aron dans le corps de PGEN, mais nous aurons à y revenir.

Disons simplement que ces pages d'avant-propos sont un peu décevantes. Vous auriez à lire le livre, passez-les sans état d'âme.

Elles nous disent toutefois plusieurs choses : Aron raisonne dans un système assez fixe, celui du monde bipolaire, marqué par la prédominance nucléaire, et donc l'idée de guerre. Ce n'est plus le cas (apparemment) aujourd’hui, et cette différence majeure rendra notre lecture passionnante. Ensuite, il perçoit l'émergence de ce système économique, appelé à devenir si prégnant qu'aujourd'hui, notre difficulté géopolitique principale reste que c'est ce "système" économique (qui n'est d'ailleurs plus un "système") qui a pris toute la place des RI. Là encore,changement majeur, pressenti par Aron, mais qui donnera du contraste à notre lecture de son texte, et à notre compréhension d'aujourd’hui.

O. Kempf


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