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Quand ils se focalisent sur le mensonge politique

Publié le 29 juillet 2013 par Juan
Il a touché juste. Il a mis le doigt sur un malaise grandissant.  Dans le dernier numéro de Marianne, daté du 27 juillet 2013, Jacques Julliard consacre son édito à l'objet du magazine, notre obnubilation collective sur le mensonge.
Celui que l'on ressent en écoutant les cris d'orfraie des députés participant à la commission Cahuzac, ceux des critiques de gauche comme de droite contre la moindre décision qui ne correspond pas au verbatim exact d'un programme électoral. Deux exemples parmi d'autres.
On s'attaque aux mensonges davantage qu'à leurs objets. Cette focalisation est l'une des dégénérescences de la démocratie américaine. Comment ne pas ressentir que le mal n'est pas loin ? La Vérité y est exagérément portée aux nues comme un substitut du débat sur le fond.
Comprenons-nous: le mensonge en politique n'est certainement pas acceptable. Il faut le combattre, fustiger en permanence quand on nous reprend la parole donnée; rappeler les promesses pour mieux les comparer aux actes politiques une fois parvenu en situation de gouverner. 
Le mensonge est quelque chose qui peut être terrible, dévastateur, définitif. Le lien de confiance rompu se répare mal. En France, combien d'études et d'enquêtes pour nous expliquer que les Français ont de moins en moins confiance dans nos médias, notre classe politique, les "élites" en général ?
L'hebdomadaire Marianne consacre donc l'essentiel de son numéro de la semaine à cette généralisation du mensonge. Là n'est pas notre propos. Nous complèterons cette analyse d'un rappel historique.
L'une des caractéristiques de la machine sarkozyste mis en place dès 2002 puis en pratique après 2007 fut qu'elle porta à un niveau inégalé la promesse politique. Un niveau si ambitieux, si élevé, qu'il en était infantile. Il y avait le slogan ("Ensemble, tout est possible"), le positionnement ("la Rupture") et surtout l'incroyable abécédaire de promesses qui fit le régal des commentateurs et blogueurs antisarkozystes.
L'un des tous premiers ressorts de l'antisarkozysme fut l'incrédulité: comment l'ancien maire de Neuilly pouvait-il promettre autant de choses ? Comment l'électorat, pourtant formé et informé, avait-il pu se laisser berné ?
Au-delà des accords et désaccords de fond ou de forme que nous pouvions porter sur François Hollande et sa campagne, le candidat socialiste avait une immense vertu: son catalogue de promesses était ... modeste. Nous pensions que les journalistes - au moins les plus sérieux -, les opposants de droite comme de gauche au sarkozysme d'antan, et plus généralement le corps politique mobilisé aurait compris et digéré combien cette infantilisation du débat politique était néfaste.
Ce ne fut, ça n'est pas toujours le cas.
Pendant la campagne, on reprocha donc d'abord au candidat Hollande son "flou". La belle affaire ! On voulait une campagne qui ressemble à un catalogue Ikea ou un menu de restaurant chinois.  L'homme fut élu, moins par adhésion que par rejet de l'autre monarque. Dont acte. Ce n'était que le début.
La présidence normale fut jugée à l'aune des moindres faits et gestes. On dépiautait le moindre voyage en train en trop ou en moins; on comparait des projets de loi de quelques centaines articles avec ses slogans de campagne. Pourtant, il s'agissait, question de méthode, de s'interroger sur l'efficacité et la justice de telle ou telle décision. Nulle besoin de s'abriter derrière l'argument criard du mensonge pour fustiger l'ANI ou la loi bancaire.
Combien de fois reprochera-t-on d'ailleurs à François Hollande sa fameuse maxime "mon ennemi, c'est la finance" ? Difficile d'évaluer. On nous la ressort à chaque fois, même quand cela ne sert à rien. Cette phrase est un slogan, pas une promesse de combat, ni même d'"épuration", ou de guerre à mort. Qui attendait un duel ? Hollande reçoit des banquiers, et voici qu'on ressort la phrase. Extrême gauche et éditorialistes de droite tous ensemble pointent le décalage. On sourit.
L'infantilisation du débat politique consiste aujourd'hui à négliger le fond, les alternatives, le combat des idées ou de leur mise en oeuvre, au profit d'innombrables commentaires, billets et échanges radio-télévisées sur le "mensonge". L'infantilisation du débat politique consiste à passer davantage de temps, d'écrits et d'énergie à brailler contre les mensonges, l'"insincérité" et autre duplicité plutôt qu'à se préoccuper des fameux plans B.
Il y a bien sûr une raison simple et évident à tout cela.
Attaquer la "vérité" ou le "mensonge" est quand même plus simple que de se poser les questions sérieuses.


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