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La catastrophe de Furiani: le drame en direct

Publié le 30 juillet 2013 par Histoiredusport @Histoire_sport

Le sport recèle de tas d’histoires qui ont marqué nos vies. De la joie la plus complète avec la victoire de la France en finale de la coupe du Monde en 1998 aux drames les plus douloureux avec le drame du Heysel ou la mort d’Ayrton Senna.
Celle qui va vous être contée aujourd’hui est l’une des plus terribles de ces dernières années et la plus terrible du football français. Le 5 mai 1992, au stade Armand-Césari de Furiani doit se dérouler une demie finale de coupe de France entre Bastia et le grand Olympique de Marseille. Mais rapidement la fête laisse place à l’horreur. Une des tribunes du stade s’effondre à moins d’une demie heure du coup d’envoi, faisant 18 morts et plus de 2000 blessés. Retour sur ce drame qui a touché au fer rouge l’île de Beauté et qui aurait certainement pu être évitée.

Un jour de fête qui tourne au cauchemar


C’est l’effervescence en ce 5 mai sur l’Ile de Beauté. Le club bastiais qui n’a plus rien gagné depuis sa victoire de Coupe de France 2-1 face à Saint Etienne en 1981, accueille l’ogre marseillais dans le cadre de la demie Finale de coupe France de cette édition 1992.
C’est donc le finaliste de la ligue des Champions 1991 qui se présente au stade Furiani avec son armada de stars internationales : Papin, Abedi Pele, Waddle, Deschamps, Mozer, Olmeta Di Meco et cie affronte le Sporting club de Bastia, pensionnaire de Ligue 2 et en course pour la montée. C’est une belle fête qui se prépare sur l’Ile de Beauté où les supporters viennent en nombre supporter les leur.
Mais à 20h20, en direct sur TF1, la tribune nord s’effondre. Une scène de chaos et d’incompréhension règne alors en maitre sur le terrain.

Après la qualification du club corse en quart de finale de la coupe de France face à l’AS Nancy Lorraine le 21 avril, le tirage au sort le 22 livre son verdict : Bastia accueillera Marseille. Les dirigeants corses jugent le stade Armand-Cesari de Furiani trop petit pour accueillir cette demie finale de prestige. La tribune Claude Papi dotée de 750 places sera donc rasée pour laisser place à une nouvelle tribune, une structure métallique.
Nous sommes alors le lundi 27 Avril et les dirigeants bastiais cherchent une entreprise afin de montrer une tribune de 10 000 places en 9 jours. Impossible n’est-il pas français ?

Les erreurs vont alors s’accumuler pour mener jusqu’au drame. Tout d’abord, et de manière très surprenante, il est intéressant de noter que la mairie de Bastia n’a jamais donné son avis pour cette construction qui se fait donc en toute illégalité.
Une première entreprise de construction est d’abord approchée « Space Location », qui juge qu’ajouter 10 000 places en un laps de temps si faible est impossible. Elle refuse donc le chantier.

Le 28 avril (soit une semaine avant le match) une entreprise niçoise « Sud-tribune » accepte le chantier. Un chantier accepté sans aucun accord écrit.

Le temps ne joue pas pour les dirigeants bastiais, surtout qu’un contre temps malheureux vient ralentir l’avancée des travaux : une grêve des dockers de Marseille empêche le chantier de pouvoir avancer car les matériaux nécessaires sont bloqués sur le continent.
L’entreprise affirme néanmoins avoir en sa possession sur la péninsule assez de matériaux pour terminer le chantier dans les temps.

Afin de valider en amont du match si la sécurité est respectée dans cette tribune, une première commission de sécurité visite le chantier le 29 avril. RAS. De même le 30 avril et le 2 mai.En revanche, la veille du match, le 4 mai la visite de la tribune aboutit à la conclusion que « le niveau de sécurité reste très insuffisant ». Mais les pressions sont telles que le match sera joué.

L’horreur en direct


Les premiers supporters bastiais arrivent au stade à 16h alors que les ouvriers sont toujours en train de s’affairer autour de la tribune.
Cette tribune métallique a été bricolée à la va-vite, et montre rapidement des signes de faiblesse. Les ouvriers tentent un rafistolage de dernière minute à l’aide de cordes, scotch et tout ce qui pourra aider cette tribune à tenir au moins jusqu’au début du match.

Olympique de Marseille Furiani 1992

L’OM version 92 avec ses stars

sporting club de bastia avant la catastrophe

L’équipe de Bastia

20h10. Alors qu’a lieu sur la 1ère chaîne le journal télévisé, à Bastia Thierry Rolland et Jean Michel Larqué s’apprêtent à prendre l’antenne et commenter le match.
Dans le même temps, le speaker du stade demande aux supporters de ne « pas taper du pied dans la tribune ». En effet, celle ci et est loin d’être stable comme le souligne le reporter Avi Assouli, envoyé spécial pour Radio France: « Je suis tout en haut sur les tribunes du stade de Furiani, au milieu des supporters. Je distingue à peine les joueurs. Ça bouge, on se croirait sur un bateau. Chers auditeurs, j’espère être là à la fin du match ».

Les ouvriers s’affairent encore et toujours afin de rafistoler la tribune qui se désintègre un peu plus à chaque minute. Des boulons, des parties métalliques tombent de la tribune et une réparation de fortune est alors effectuée alors que les supporters, impatients d’assister à la rencontre qui les emmènera peut-être en finale de la coupe de France ne peuvent s’empêcher de mettre de l’ambiance. Ils crient, chantent, tapent du pied sur la tribune instable.

A 20h20, en direct à la télévision c’est l’horreur. La partie haute de la tribune s’effondre où des centaines de personnes étaient assisses. Des centaines de personnes qui ont connu l’horreur. Une chute de 15 mètres vers le sol. Des personnes qui se sont vues mourir pour simplement avoir voulu supporter leur équipe favorite.
Les images sont alors retransmises en direct sur TF1:


Thierry Roland et Jean Michel Larqué nous décrivent l’horreur en direct, comment ils ont été « soufflés » par cette tribune qui s’est effondrée, comment Jean Michel Larqué a vu des débris de parties métalliques qui jonchent le sol avec des corps inanimés et des blessés en nombre… L’horreur est retranscrite en direct sous les yeux de la France entière suspendue aux lèvres de quelques témoignages de pompiers ou de supporters présents dans le stade. Les images sont insoutenables. Les telespéctateurs voient en direct ces corps étendus sur le sol au milieu de ce qu’il reste de cette tribune qui est maintenant à l’état de débris métalliques.

En un éclair le stade s’est transformé en champ de bataille. Une scène d’apocalypse est alors retransmise alors à la télévision : des supporters devant la caméra rassurant leur famille en leur disant qu’elles sont vivantes. Des pleurs. Des cris. Du sang. Des blessés, beaucoup de blessés. Des morts.

Le problème qui se pose pour les secours et que le stade Armand-Cesari est un stade difficile d’accès. Les pompiers et les urgences ont beaucoup de mal à accéder au stade, surtout dans cette cohue où les supporters souhaitent avant tout prendre leur voiture et quitter ce lieu d’horreur. Pourtant, ce match ayant été décrété comme match « à risques », de grosses mesures de sécurité avaient été mises en place avant le match, et de nombreux pompiers sont déjà présents sur place.

Les hôpitaux sont quant à eux rapidement pleins et les blessés doivent alors être amenés sur le continent.

Après 20 minutes, et après les témoignages de témoins sur les lieux de l’horreur 1 mort et 5 ou 6 blessés sont dénombrés, très loin du bilan final : 18 morts et 2357 blessés.

image de la tribune de Furiani de 1992 après la catastrophe

La tribune après la catastrophe


Une tragédie qui a marqué la Corse

Cette tragédie aura au moins eu le mérite de faire réfléchir nos dirigeants puisqu’à la suite de la catastrophe de Furiani la sécurité dans les stades fut renforcée de manière drastique.

L’édition 1992 de la coupe de France reste à ce jour la seule pour laquelle aucun vainqueur ne fut désigné, puisque malgré les protestations des la chute d’une tribune devant les supporters corses lors d’un match Bastia – Nice. L’attaquant ne s’est pas arrêté là puisque lors de la victoire des U20 à la Coupe du monde il a arboré un drapeau du BSN sur le podium.

Le 5 mai 2013, pas un seul match, mais bien 3 matchs de football étaient joués en Ligue 1, car il faut bien dire que les droits télé ont plus de poids que la mort de plusieurs supporters français dans un stade.
Ce 5 mai 2013, le Paris Saint Germain est en fête car officiellement champion de France, alors qu’en Corse on commémore cet événement tragique.

Et bien entendu aucun mot de la part de la Fédé ou même du président de la République Monsieur Hollande (qui pourtant avait signé la pétition corse avant d’être élu pour que plus aucun match ne soit joué à cette date) et surtout aucune réponse aux nombreuses lettres et aux nombreux appels lancés par la population corse.

La vie continue, c’est vrai. Il ne faut pas s’arrêter de vivre c’est également vrai. Mais au moins que nos chères instances prennent une décision afin que le 5 mai soit un jour de commémoration dans le monde du football en France. Qu’on ne nous fasse pas croire que cela aurait pour conséquence de retourner tout le calendrier de la saison. Simplement qu’aucun match ne soit joué le 5 mai en France afin que l’on puisse se souvenir de ce jour noir pour la Corse et pour la France…
Pour en savoir plus:
Les témoignages de rescapés de Furiani



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