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Comment le Front de gauche peut-il donner un nouveau souffle à sa lutte contre le Front national ?

Publié le 03 août 2013 par Lepinematthieu @MatthieuLepine

Durant la dernière campagne présidentielle et les élections législatives qui ont suivi, le Front de gauche s’est imposé comme la principale force politique d’opposition au Front national.  Certes, l’affrontement front contre front de l’époque n’a pas empêché le FN de réaliser l’un de ses résultats les plus élevés. Mais qu’en aurait-il été sans cela ? Nous n’avons pas à rougir d’avoir été parmi les seuls à tenter d’endiguer la vague Le Pen. Cependant, nous ne pouvons nous satisfaire du résultat obtenu. Dans le contexte actuel et face aux scrutins à venir, comment le Front de gauche peut-il donc se réorganiser afin de lutter efficacement contre le Front national ?914065_demonstrators-attend-a-political-rally-at-bastille-place-to-support-jean-luc-melenchon-leader-of-france-s-parti-de-gauche-political-party-and-the-front-de-gauche-political-party-s-candidate-for

De la difficulté de lutter contre le Front national dans le contexte actuel

   A l’évidence le contexte actuel est particulièrement favorable au FN. Sur le plan économique et social tout d’abord. La croissance des inégalités, l’aggravation continue du chômage ou encore la précarité, provoquées par l’énième crise du système capitaliste et accentuées par la mondialisation libérale, provoquent colère, frustration, peur du lendemain et repli sur soi. Comme l’extrême droite l’a toujours fait, le Front national exploite cette situation pour faire pénétrer son discours dans les esprits.  Pour cela, il polarise les débats autour d’une unique question, l’immigration.  A grand renfort de mensonges, il manipule ainsi l’électorat en jouant sur des peurs irraisonnées et en renforçant certains fantasmes. En période de crise, la xénophobie fait recette !

Pour diffuser ses idées, nul besoin de forces militantes conséquentes, il dispose à l’heure actuelle d’une arme bien plus puissante, la complaisance médiatique. En effet, depuis son accession à la tête du parti, Marine Le Pen fascine les médias. Ceux-ci lui permettent de franchir toutes les barrières que son père trouvait jadis sur son chemin. Ainsi, le Front national pénètre quotidiennement dans des millions de foyers, sans même avoir à passer le seuil de leur porte d’entrée. Avec la dédiabolisation et la banalisation du discours frontiste, la xénophobie et l’islamophobie disposent  aujourd’hui d’une liberté de parole sans précédent.

L’instabilité politique qui règne renforce par ailleurs la position du Front national. Depuis Sarkozy, l’UMP a effectué un rapprochement idéologique qui débouchera inéluctablement sur des alliances politiques. Quant au Parti socialiste, il déçoit plus que jamais. Au pouvoir, il ne fait que donner des arguments à l’extrême droite et jette le discrédit sur la classe politique, renforçant ainsi le « tous pourris » cher à Marine Le Pen.  Il y a de toute façon bien longtemps que le PS a déserté le front de la lutte contre l’extrême droite.

Crise économique et sociale, complaisance médiatique et instabilité politique entretiennent ainsi le terreau sur lequel le Front national se développe. Celui-ci prospère d’autant plus qu’il apparaît, à tord, comme un parti en rupture avec le système. Cette situation est accentuée par le mode de scrutin privilégié de la Ve République.  En effet, l’absence de proportionnelle permet à Marine Le Pen de jouer la carte de l’ostracisme et de constamment se poser en victime de la démocratie.

Certes, comme en 1986, l’instauration de la proportionnelle aurait pour conséquence de faire entrer le FN en force à l’Assemblée. Cependant, n’est-ce déjà pas le cas avec la dizaine de députés UMP issus du courant de la « Droite forte » ? Une chose est sure, une fois dans l’hémicycle en nombre, les frontistes ne pourront plus faire uniquement dans l’anti-système et dans l’opposition constante. Ils devront se mettre à découvert, prendre des responsabilités et laisseront ainsi davantage transparaitre leur véritable nature.

Sortir du duel Mélenchon – Le Pen pour revenir à une opposition politique et idéologique

   Durant les campagnes présidentielles et législatives, l’affrontement front contre front s’est trop souvent transformé en un duel de personnes, opposant le candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon et la candidate du Front national, Marine Le Pen. Dans le seul souci de faire de l’audience, les médias ont réduit l’opposition idéologique entre les deux partis en une confrontation stérile dénuée de sens politique.

Pour certains, en choisissant de se présenter à Hénin-Beaumont, Jean-Luc Mélenchon a renforcé  cela. Sa démarche, bien qu’elle n’ait pas forcement été comprise par une partie des français, était pourtant louable et courageuse. Privilégier le combat contre l’extrême droite à l’assurance d’un siège à l’Assemblée.  Qui pourrait en faire autant ?

D’aucun ont parlé d’échec du Front de gauche dans cette circonscription. Certes, nous n’étions pas au second tour. Mais parler d’échec, c’est nier le sens de notre démarche. Rappelons-le, avant même que la campagne ne débute les médias avaient prédis une victoire de Marine Le Pen. Et pourtant, elle a échoué ! Il n’y a pas à regretter Hénin-Beaumont.

Cependant, nous devons aujourd’hui absolument sortir de cette impasse que représente le duel Mélenchon – Le Pen, car c’est uniquement à cette dernière que la situation profite. En effet, à trop parler des personnes, on met de côté leurs idées, leurs propositions. Or, pour lutter contre le FN nous devons pouvoir exposer notre projet, mais aussi et surtout pousser les frontistes à nous présenter le leur.

Pas sur les questions d’immigration, mais sur les questions sociales. Sur tous ces sujets que Marine Le Pen tente d’éviter. Car le moins que l’on puisse dire, c’est que sa position sur des thèmes aussi importants que sont les retraites, les salaires ou encore les licenciements, est loin d’être une position anti-système !

En période de crise, le discours anti-immigration attire certains électeurs vers le Front national. Cependant, nous ne devons pas oublier un point essentiel. Derrière une grande partie de ces nouveaux électeurs frontistes se trouve, un chômeur, un précaire, une personne qui galère pour boucler ses fins de mois, un parent qui s’inquiète pour l’avenir de ses enfants, un citoyen qui a l’impression que son sort n’intéresse personne… Il y a toujours quelque chose qui tient davantage à cœur à chacun de ces « xénophobes » et « racistes » de circonstance, que sa haine de l’autre. Et c’est sur ces sujets que l’on doit précisément nous trouver !

Plus que jamais nous devons réaffirmer nos propositions concernant l’augmentation du SMIC, le revenu maximum, le salaire maximum, l’interdiction des licenciements boursiers, le retour à la retraites à 60 ans à taux plein… En parallèle, il et essentiel de pousser le FN à se prononcer à son tour sur ces sujets qu’il tente d’occulter.

Ce parti se dit être le parti des ouvriers, des précaires, des français qui souffrent, qui subissent la loi implacable du système capitaliste. Pourtant, il est contre l’augmentation du SMIC, contre les 35 heures, contre l’interdiction des licenciements boursiers, contre la taxation des plus hauts revenus et pour la suppression de l’impôt sur la fortune ou encore des conventions fiscales avec les paradis fiscaux.

Concernant les retraites, sujet central de la rentrée, la position du FN est on ne peut plus floue. Marine Le Pen se dit être pour le retour de l’âge légal de la retraite à 60 ans, avec 40 annuités de cotisation. Cependant, son père, président d’honneur du parti, affirme en même temps être en profond désaccord avec elle. En effet en 2007, le candidat FN et sa fille, alors directrice de campagne, plaidaient pour la retraite à 65 ans… Il faut par ailleurs rappeler qu’en 2010, lors du mouvement contre la reforme Woerth, les frontistes avaient été aux abonnés absents du début à la fin.

C’est ce programme clairement antisocial, que nos attaques doivent viser. On voit constamment les dirigeants frontistes s’exprimer sur l’immigration ou sur l’islam, mais jamais nous n’entendons de propositions claires et précises concernant les salaires, la durée du temps de travail ou les retraites. Pourquoi ? Car cela les obligeraient à faire tomber le masque.

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Faire front contre front partout et tout le temps  

Le Front national n’est jamais autant en difficulté que lorsqu’il est poussé dans ses retranchements, lorsqu’il trouve face à lui une tête dure qui ne lâche rien. Souvenons-nous du débat Mélenchon – Le Pen durant la campagne présidentielle. Malheureusement, ceci arrive trop rarement tant les médias sont complaisant à l’égard de ce parti.

Pour pouvoir prouver le caractère antisocial du Front national, pour dénoncer ses mensonges, il faut le laisser nous les dévoiler, car il est impossible de faire la lumière sur ce que l’on nous cache ou qui en tout cas n’est pas clairement visible ou compréhensible par tous. Pour convaincre, il faut prendre le FN sur le fait.

Avec les élections municipales et les européennes qui vont rapidement se présenter à nous, des campagnes électorales vont se lancer partout en France.  C’est à mon sens le moment idéal pour que le Front de gauche rentre activement dans le deuxième round de son combat contre le Front national.

Les affrontements locaux qui vont voir le jour seront à la fois un moyen efficace de sortir du duel Mélenchon – Le Pen dans lequel on tente trop souvent de nous enfermer, de faire la lumière sur ce que propose réellement le FN aux français et surtout de continuer à mettre en avant nos propositions. Il est essentiel que partout ou cela sera nécessaires, des confrontations front contre front soient organisées. Les militants locaux doivent réellement devenir acteurs de cette lutte qui jusque-là a du mal à sortir de sa dimension nationale.

Bien évidemment, il n’est pas question de se lancer sans formation militante contre un ennemi face à qui nous n’avons pas le droit à l’erreur. Formules toutes faites et slogans ne suffiront pas à contrecarrer le flot de mensonges et de haine déverser par le camp d’en face. Il est primordial d’organiser en interne des formations concernant le bilan local du Front national, qui existe bien et est catastrophique ! Rapidement nous devons pouvoir distribuer sur tous les marchés de France, dans tous les quartiers, un document complet et étayé sur ce sujet.

Le travail de fourmis effectué sur chacun de nos blogs doit se poursuivre en parallèle. A nous tous, nous faisons davantage de vues par jour que les principaux sites d’information. Il ne faut pas négliger cela. Chaque billet que nous écrivons pour dénoncer le discours frontiste est une pierre de plus apportée à l’édifice.  Notre dévouement dans la lutte contre l’extrême droite portera ses fruits à un moment ou un autre.

Nous devons cependant être attentif et dénoncer ceux qui parmi nous sur les réseaux sociaux et ailleurs se laissent bêtement ou naïvement tenter par le discours d’Alain Soral et des complotistes de son espèce qui sont le cheval de Troie du Front national. Nous ne pouvons nous permettre d’être irréprochables !

   Nous sommes aujourd’hui à un moment charnière. Ne pas lutter, ne pas prendre parti, revient à se ranger derrière le FN.  Durant les années 80 et 90, l’extrême droite était indésirable. Jean-Marie Le Pen représentait le mal absolu et la question de l’interdiction du Front national se posait même.  Aujourd’hui, le contexte a terriblement changé.  Où en serons nous dans dix ou vingt ans, je l’ignore. Cependant, il est essentiel que nous, militants de gauche, qui luttons pour davantage de justice sociale, de solidarité et d’amour, fassions tous ce qui est en notre pouvoir pour faire perdurer ce combat. Parce que c’est aussi l’espoir qui nous porte, nous vaincrons.


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