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[Chronique] Voici comment hacker vos jeux (ou plutôt leurs règles)

Publié le 09 août 2013 par Brokenbird @JournalDuGeek

On va parler de hacking les enfants. Alors, non, rassurez-vous. Vous n’aurez pas besoin de savoir programmer, ni de savoir tripatouiller les roms de vos jeux favoris. Non. Ce que je vais vous montrer, c’est la façon dont on peut hacker les règles d’un jeu vidéo. Pas tout le jeu, juste ses règles.

D’abord partons du sens même du mot hacking. Le hacking, c’est le procédé qui permet de détourner un objet de son utilité première. Prenez un vieux pneu et faites le pendre à la branche d’un arbre grâce à une corde pour en faire une balançoire. Bravo, vous venez de hacker un pneu.

Bravo, vous avez hacké un pneu.

Bravo, vous avez hacké un pneu.

Évidemment, le hacking comme tout le monde l’entend, est synonyme de piratage informatique. Il ne s’agit la que d’une application un peu plus spécialisée, mais aussi beaucoup plus approfondie. Laissons cela. Nous, on va parler de hacking dans un sens plus large.

Le fait de parler de hacking pour un jeu nous demande de partir du postulat qu’un jeu vidéo est un système à part entière. Un ensemble fini, avec des règles, des possibilités, des contraintes, des objectifs, des récompenses. En principe, le game designer va opposer à chaque action une contrainte ou une difficulté. Il est possible de sauter ? Il y a de fortes chances que le jeu vous oppose un trou. Il est possible d’attaquer ? On mets des ennemis qui vous barrent la route pour que vous soyez obligé de vous en débarrassez avec ces attaques. En somme, avec toute une batterie de possibilités et de contraintes, vous pouvez faire tout ce que vous voulez dans un jeu vidéo, tant que le jeu vous le permet.

Ainsi, les concepteurs du jeu ont pensé une utilisation normale de leur œuvre. Cela comprend les difficultés que le joueur va devoir traverser par une méthode et une récompense, qu’encore une fois, l’équipe de développement aura décidé d’attribuer à la réussite d’un objectif (une vie, une musique de victoire, une cinématique…).

Maintenant, prenons un système conçu de la sorte et faisons-en une utilisation autre. En changeant l’objectif et/ou une partie des contraintes sans changer le reste. Vous obtenez un tout nouveau jeu avec le même matériel que le jeu original.

Concrètement, c’est comme si on vous donnait un terrain de football, un ballon et des camarades pour jouer. Mais qu’à la place de jouer normalement au football, vous décidiez que la règle serait de toucher le gardien adverse, au lieu de mettre un but. Même matériel, seul le texte des règles changent. Et comme le disais Roger Caillois, encore lui, “seul la règle compte”. Nous sommes donc en présence d’un tout nouveau jeu et dans le domaine du jeu de société, on appelle cela tout simplement une variante.

Exemple concret ? Exemple concret. Avec Super Mario 64.

Dans Super Mario 64, le but du jeu est principalement de traverser un niveau et d’effectuer différentes actions afin de récupérer une étoile, quelque part dans le stage. À certains endroits dans le jeu, on peut trouver des vies cachées. Certaines vous fuient et il faut les rattraper, certaines ne bougent pas et d’autres vous suivent quand vous les activez.

Une bande de Japonais s’est lancé un défi avec des règles bien particulières. Attraper les 8 pièces rouges d’un stage, puis l’étoile, après avoir activé cette fameuse vie qui vous suit partout et sans jamais la ramasser. Croyez-moi, c’est du sport.

Le défi est particulièrement intéressant et drôle, car l’objet va assez vite (un peu moins vite que la vitesse de pointe de Mario). Il ne vous lâche jamais, et quand je dis jamais, c’est ABSOLUMENT jamais, même si vous avez traversé le niveau de bout en bout. Et il est même capable de traverser certains murs et parois. Diabolique.

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Mais regardez par vous même. Voici la fameuse partie commentée par Ken Bogard et Mr QuaRaté (c’est à hurler de rire, par ailleurs). Allez directement à 8:20 pour le début du challenge.

Pourquoi ce challenge est-il aussi intéressant et amusant à regarder ? Pour deux raisons principales.

  • La première c’est qu’il s’agit d’un défi qui se base sur des critères assez observables et difficilement contestables. Remarquez que le joueur dans cette partie se met systématiquement à 99 vies. Il y a une raison, c’est que si le joueur lit 100 vies en haut de l’écran, ça signifie « C’est perdu, tu peux recommencer ».
  • La seconde, c’est ce que je vous décrivait en début de papier. C’est la création d’un nouveau jeu dans le jeu. C’est le hacking des règles qui redonne du challenge, avec de nouvelles contraintes (ne pas ramasser la vie) ajoutées à celles qui existent déjà (le gameplay même de Super Mario 64).

Alors ? Ça ne vous donne pas envie de tenter votre chance aussi ?

Un autre exemple, mais à plusieurs joueurs : le Bingo Minecraft

Pour jouer au Bingo Minecraft c’est très simple.

  • Trouvez au moins 2 amis qui possèdent une copie de Minecraft.
  • Décidez d’une “seed”, c’est à dire d’un code que vous rentrerez dans les options afin de générer la même carte. Ça peut-être n’importe quoi : un mot, une phrase, un nombre…
  • Puis rendez-vous sur ce lien, et générez une carte de bingo. Essayez de ne pas la regarder, mais conservez l’URL.
  • Tout les joueurs entrent la seed et lancent une partie en mono-joueur.
  • Partagez l’URL à tous les participants, lancez le chrono, c’est parti ! Le premier joueur à réussir 5 objectifs dans la même colonne, la même rangée ou la même diagonale remporte la partie.
Exemple d'une grille de bingo.

Exemple d’une grille de bingo.

Voilà comment donner des contraintes supplémentaires à Minecraft, amusantes et bien pensées. C’est simple et palpitant. Attention cependant, ça peut durer plusieurs heures. Il est également possible de le faire avec d’autres jeux comme The Legend of Zelda : Ocarina of Time, par exemple. Mais ce n’est pas à la portée de tout le monde, vous êtes prévenus.

Enfin, dernier exemple : Le Nuzlocke Challenge

Master Wrong

Ce dernier cas de figure parvient à donner une dimension supplémentaire jusque dans l’imaginaire d’un jeu. C’est un défi très connu et vous pouvez le faire avec n’importe quelle version de Pokémon.

Le Nuzlocke Challenge rajoute deux contraintes toutes simples mais terriblement difficiles :

  • Vous ne pouvez attraper que le premier Pokémon que vous rencontrez dans chaque nouvelle zone que vous traversez (ville, route, grotte, canal, etc.)
  • Si un Pokémon tombe KO, il est mort. Vous devez le relâcher.

Ces deux règles rajoutent une difficulté monstre au jeu, mais constituent également un défi intéressant.

Le challenge est devenu réputé après qu’un blogueur (une certain Jack Scorey) ait décidé de s’imposer ces règles et de raconter ses aventures sur la version Rubis dans un webcomics. Il a appelé cette variante “Nuzlocke“ en référence au Pokémon Nuzleaf qui apparaissait souvent dans le comics avec les traits de John Locke, de la série Lost. Nuzleaf et Locke. Nuzlocke. Ouais, c’est fumé. Mais en attendant ça marche !

Le fait que les Pokémon puissent “mourir” crée un sentiment d’attachement encore plus fort avec eux et le ressenti émotionnel du joueur est d’autant plus fort. Il est même recommandé de donner systématiquement des surnoms à ses Pokémon pour augmenter ce sentiment d’attachement, voire, de raconter ensuite sa partie avec le plus d’effets dramatiques possibles.

Ainsi l’exemple du Nuzlocke Challenge dans Pokémon, montre qu’il est possible de rajouter un supplément d’émotion, avec quelques règles supplémentaires, bien imaginées.

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Je pourrais vous citer d’autres exemple de hack des règles dans le jeu vidéo. En effet, rien que les speedruns sont une forme de hack en soi. Maintenant, regardez votre ludothèque, et réfléchissez à comment il serait possible de détourner les objectifs que vos jeux vous proposent en premier lieu. Vous pourriez leur donner une seconde vie.

[Et merci à G-E2 pour son aide]


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