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Prostitution étudiante : du mythe à la réalité

Publié le 25 avril 2008 par Papy Nerds

Le thème est racoleur et a fait les gros titres des médias récemment. Quelle est la part de réalité et celle de fantasme sur la prostitution étudiante ?

Les médias en font leurs gros titres depuis le début de l’année. Face au buzz médiatique, il n’est pas facile de démêler le faux du vrai.

Deux livres, un buzz…


Au commencement, il y avait… le chiffre annoncé par le syndicat SUD-Etudiant sur un de ses tracts en 2006. Le syndicat parlait alors de “40 000 étudiant-e-s condamné-e-s à la prostitution”. A l’époque, ce chiffre invraisemblable n’a que très peu été repris dans les médias.
Le buzz est véritablement né lorsque, fin 2007, deux livres sur la prostitution étudiante sortent coup sur coup, chez la même maison d’édition, Max Milo. Il s’agit du travail de mémoire de Master 2 Sociologie d’Eva Clouet, étudiante à la fac du Mirail de Toulouse et du témoignage de Laura D., une étudiante qui eu recours à la prostitution pour payer ses études.
C’est là que les médias reprennent le sujet. En boucle, ou presque. Les deux auteurs enchaînent interviews et plateaux télé. Reportages et enquêtes se multiplient.

Ces deux publications présentent l’intérêt de constituer un témoignage vécu de la prostitution étudiante. Eva Clouet, dans La prostitution étudiante à l’heure des nouvelles technologies, se base sur des témoignages et des rencontres avec des étudiantes – et un étudiant – qui se prostituent. Leurs motivations sont souvent les mêmes : un besoin d’argent pour payer leurs études, leurs loyers ou arrondir leurs fins de mois. La solution de la prostitution est souvent vue de manière temporaire, le temps de leurs études. Dans Mes chères études, moi Laura D. étudiante, 19 ans, job alimentaire : prostituée, Laura D. raconte son expérience et la façon dont elle a gagné de “l’argent rapide mais pas facile”.

Le rôle d’internet

Pas de prostitution dans la rue pour les étudiants, c’est souvent derrière leur écran que les rendez-vous se nouent. Les sites d’annonces fourmillent d’hommes qui cherchent une “masseuse occasionnelle” ou une jeune fille pour “faire le ménage en tenue sexy”.

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“Etudiantes bienvenues”…
Elodie, une étudiante de 22 ans, surfe sur les site d’annonces à la recherche d’un “mécène”. Elle est escort-girl mais ne se prostitue pas, elle s’est jurée de “ne rien faire d’ordre sexuel” : “J’accompagne des hommes, au moins une fois par mois, à des repas d’affaires ou des sorties culturelles. Je prends 200€ pour 4 heures, ce qui n’est pas excessif.”
Mais si Elodie s’en tient à des “soirées d’accompagnement”, d’autres, via leur blog ou petites annonces, vendent leurs massages ou leurs “services”. Pour une rémunération qui va de 100 à 400€ par heure.

Une réalité difficile à chiffrer

Selon le chiffre avancé par Sud-Etudiant, 40 000 étudiants auraient recours à la prostitution, ce qui représenterait 1 étudiant sur 57 ! Un chiffre invraisemblable. Selon la préfecture de police, le nombre de prostituées global en France serait compris entre 15 000 et 20 000. Un chiffre dans lequel la proportion d’étudiants serait minime.

Selon François Rigal, président de l’Institut National de la Prostitution, la prostitution étudiante reste un phénomène “marginal“. Ce que confirme l’Office central de la répression de la traite des êtres humains (OCRETH) : “la prostitution étudiante est plutôt une activité individuelle et occasionnelle, (…) un phénomène très discret et difficilement quantifiable qui, de plus, n’est pas répréhensible”.

Mais alors, d’où sort ce chiffre de 40 000 étudiants prostitués ? Le syndicat SUD-Etudiant a depuis longtemps fait disparaître ce tract et plus aucune mention de chiffre n’apparaît sur son site internet. Le syndicat s’était en outre défendu en s’abritant derrière le rapport Dauriac de 2000, qui concernait la précarité des étudiants mais ne contenait aucune information sur la prostitution étudiante…

Pour l’Institut National de la Prostitution, le mythe de la prostitution étudiante relève plus de la “légende urbaine” que de la vérité : “il n’y a pas un phénomène de prostitution étudiante spécifique en France. Il y a par contre un phénomène de prostitution occasionnelle, favorisé par le web. (…) Parmi ces occasionnelles, il y a évidement une part d’étudiantes, mais nous ne pensons pas que cette proportion révèle une surreprésentation.”

100 000 étudiants “pauvres”

Il n’y a jamais eu d’étude sur la prostitution étudiante à l’Observatoire de la Vie Etudiante (OVE). Mais en réaction à l’emballement de la presse à ce sujet, l’OVE a tenu à clarifier les choses le 24 janvier dernier dans un communiqué de presse. L’OVE déclare qu’il n’y a aucune information et aucun chiffre établis à ce jour, et que même les chiffres sur la prostitution globales sont “à manipuler avec précaution”, selon le ministère de l’intérieur lui-même.
Mais l’Observatoire de la Vie Etudiante rappelle qu’“une frange assez importante des étudiants (20%) vit dans des conditions délicates, au moins parce qu’ils sont amenés à travailler beaucoup, longtemps, et concurremment à leurs études, ce qui s’avère très préjudiciable à leur réussite universitaire. Les étudiants en situation de pauvreté grave et durable représentent, quant à eux, 1,5% de l’ensemble”. Selon le rapport Dauriac de 2000, 100 000 étudiants vivent en-dessous du seuil de pauvreté, un chiffre qui semble toujours d’actualité si on croit les campagnes de l’UNEF contre la précarité étudiante.

Tout le buzz autour de la prostitution étudiante aura au moins eu le mérite de mettre en lumière la précarité des étudiants. A quand des mesures pour y remédier ?


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