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From Death, With Love.

Par Elodie Legale @elodielegale
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C’est toute excitée que vous je présente ma toute dernière fiction. Je me suis lancée un défi tout seule (oui je fais ça souvent…) : il y a 2 jours, j’ai décidé de participer au Prix Littéraire Au Féminin. Il me restait à ce moment à peine 48h pour pondre un truc sachant que j’étais encore en vacances. C’est dans l’avion samedi soir que j’ai commencé à cogiter dessus sans grand résultat. Hier, je me suis isolée avec mon Macbook et l’inspiration est finalement venue. Je vous présente « From Death, With Love. »

From Death, With Love.

Encore un jour qui se lève. Encore un jour sans trouver le sommeil. Hantée par ces derniers mois d’horreur, je ne savais pas s’il serait possible de le trouver à nouveau. Pourtant il le fallait. La fatigue finirait par me conduire à une erreur et le moindre faux pas pouvait désormais nous coûter la vie.

L’apocalypse avait fini par avoir lieu. On en avait entendu parler et il y avait toujours une bande d’illuminés qui essayaient de nous prévenir, mais personne ne s’attendait vraiment à ce que ça arrive. Avec le recul, je me dis que j’aurais du faire ami-ami avec un de ces barjots qui ont fait construire un bunker dans leur jardin, ça aurait été confortable. Mais la réalité est tout autre.

Je pensais souvent au jour où tout avait basculé. C’était un dimanche après-midi. Une pluie fine narguait mon pare-brise pendant que j’étais bloquée dans les embouteillages. Je zappais de radio en radio en quête d’une mélodie qui pourrait apaiser mes nerfs jusqu’à ce que – Bingo ! - le saxo de Louis Armstrong s’est mis à envoûter mes oreilles et à faire disparaître les bruits harassants des klaxons. Mes pensées se font faites plus douces. J’ai posé ma tête contre la vitre. Le soleil jouait avec les nuages, je guettais l’apparition d’un éventuel arc-en-ciel. Le regard perdu vers le ciel, j’ai aperçu un avion qui fendait les nuages. Et c’est là que tout a commencé.

Des cris provenant d’un peu plus loin devant se sont faits entendre et ont piqué la curiosité des conducteurs. Certains ont descendu la vitre pour y passer la tête, d’autres sont sortis de leur véhicule une minute pour essayer d’y voir. Un silence étrange de quelques secondes s’est imposé. Le calme avant la tempête. Soudain, venue de nulle part, une foule courant à contre-sens au beau milieu du périph’ est venue troubler mes rêveries. Surréaliste. Je suivais du regard ces hommes et ces femmes qui cherchaient visiblement à fuir quelque chose. Certains avaient perdu une chaussure, d’autres portaient leurs enfants dans les bras, mais rien ne semblait pouvoir ralentir leur course. Puis j’ai aperçu un homme ensanglanté slalomer entre les voitures. Il semblait fou. Il a sauté au cou d’une femme et a arraché son épaule avec les dents. J’étais tétanisée derrière mon volant, impuissante et terrorisée, je ne pouvais décrocher mon regard de ce cannibale fou qui s’acharnait sur cette pauvre femme. J’ai senti des larmes me brûler les joues, et le ventre noué, j’ai débouclé ma ceinture et pris mes jambes à mon cou.

Pour certains ce sont des infectés, pour d’autres des zombies. On parle de virus, de manipulation biologique qui aurait volontairement mal tournée, on parle même d’une implication du gouvernement. Le fait est que nous sommes tous logés à la même enseigne, et que nous sommes tous en train de mourir, frappés par un phénomène qui s’est répandu à une vitesse infernale. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir vu des films ou lu des bouquins sur le sujet, en réalité, il n’est pas question d’armes à feu ou de katana, en réalité, on doit se cacher, ramper, se faire minuscule, et retenir notre respiration dès qu’une de ces saloperies est un peu trop près. Nous sommes devenus des survivants. Livrés à nous-mêmes dans un Monde encore plus fou qu’autrefois.

Etrangement, une sorte de routine s’est installée. Il ne s’agit pas de jouer au héros, juste de se ravitailler de temps en temps, ce qui reste malgré tout très périlleux. En ce qui me concerne, je vivais désormais dans une sorte de campement qui regroupe plusieurs réfugiés. Je ne faisais confiance à personne, sauf à ce père de famille qui m’a sauvé la vie une fois. C’était à l’époque où je voyageais encore seule, c’était d’ailleurs irresponsable et dangereux mais après avoir perdu tous mes proches je ne savais plus où aller. Je ne savais même plus si je devais encore me battre pour survivre ou pas. Ce jour-là j’ai bien cru que c’était la fin. C’est à ce moment-là qu’il est arrivé et qu’il m’a sortie de là. C’était un bel homme, la quarantaine, aux yeux souriants. Il dégageait une douceur qui se faisait rare et je me sentais en sécurité en sa présence. Lui aussi a perdu sa famille. Sa femme et ses deux enfants. Un épisode dont il n’avait jamais voulu parler. Il faut dire qu’on ne parlait pas beaucoup. Le goût amer que nous laissait cette vie sans avenir nous a tous rendu silencieux.

Pour tout dire, ces derniers jours je cherchais à l’éviter. Une histoire qui datait de plusieurs jours. En rentrant de mission, nous avions mis la main sur une bouteille de rhum. Ce genre de petit plaisir est rare et très prisé alors nous nous sommes planqués dans un coin pour nous descendre la bouteille à deux. Nous avons parlé, ri, et au moment où je m’y attendais le moins, il m’a embrassée.Cette explosion d’adrénaline nous a mené à une nuit torride complètement inassumée.

Les relations humaines étaient devenues effrayantes. Outre la peur de s’attacher, tout était devenu disproportionné, parce que nous savions plus que jamais que notre vie ne tenait plus qu’à un fil.

En parlant de fil, j’avais complètement oublié d’aller vérifier le barbelé à l’arrière de la cour… c’était une erreur qui allait encore me valoir de devoir faire les corvées des mamies qui lavent le linge…

C’est effectivement ce qui me serait arrivé si j’avais été là quelques minutes plus tôt. Je n’aurais pas découvert la clôture cassée, je n’aurais pas découvert le corps ensanglanté de celui que j’avais évité depuis des jours, celui qui était devenu ma seule famille et mon amant. Je tombai à genoux, je lui pris la main, et, la voix étranglée par les sanglots, j’ai tenté de lui demander pardon. Ses yeux souriaient toujours. J’ai entendu des cris dans le campement, des infectés étaient entrés par ma faute. Tout était fini. J’ai posé ma tête sur son torse. Les larmes coulaient sur mes joues. J’ai entendu son cœur cesser de battre. Le temps a semblé s’arrêter un instant. Puis j’ai entendu un souffle rauque. J’ai senti ses dents me transpercer l’épaule. Puis plus rien.


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