Le journal L'Alsace publie le portrait d'une jeune Rom résidant en France, passée par tous les stades de la misère, avant de terminer major en master de la Sorbonne.
Anina est née Rom, à Craiova, pendant le rude hiver de la révolution roumaine. Un sordide ghetto, à l’aube de sa vie, lui tenait lieu d’horizon. Dans ces conditions, aboutir en master dans la plus prestigieuse des universités françaises relève presque du miracle. Ou plutôt d’une exceptionnelle volonté. « Ce que j’ai traversé avant d’arriver là explique ma rage de réussir » , murmure la timide brunette.
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Papa vend des journaux à la sauvette, pas assez pour juguler la misère. En désespoir de cause, un jour, maman s’assied sur le trottoir et réclame l’aumône. Anina l’accompagne, elle a sept ans : « La honte d’avoir dû mendier, le mépris dans le regard des gens, c’est une blessure qui ne se referme pas. »
Mais ces années de galère ont pris fin lorsque des français ont tendu la main à cette famille :
Surtout, grâce à « Madame Jacqueline », Anina apprend à lire, intègre le collège, puis le lycée. Elle y fera des étincelles, jusqu’à récolter le surnom d’« intello », source de nouveaux quolibets.
D’une discrimination l’autre, l’enfant de Craiova encaisse : « Beaucoup d’élèves me rejetaient, tant pis ! Pour moi, il était plus important de réussir que d’avoir des amis… »
Anina a écrit avec Frédéric Veille un livre retraçant son parcours, Je suis tzigane et je le reste, mars 2013, 256 pages.
