Soda : laissez les gens boire ce qu'ils veulent et en assumer la responsabilité

Par Copeau @Contrepoints

La vidéo polémique anti-soda "The Real Bears", bien que fondée sur des exagérations, présente certaines vertus.
Par Baylen Linnekin.

Une vidéo polémique mise en ligne en octobre 2012 par le Center for Science in the Public Interest, The Real Bears, a fait des vagues en raison de la façon dont sont dépeints ce que le groupe dit être les risques pour la santé que sont les boissons sucrées telles que le soda.

La vidéo, une parodie évidente d'une série de célèbres publicités pour Coca-Cola, montre des ours polaires qui deviennent de plus en plus obèses, consommant soda sur soda. Au fur et à mesure que la vidéo avance, ils perdent des dents, souffrent d'impuissance, et sont victimes de diabète (qui nécessite une amputation de la jambe à la tronçonneuse).

Seulement à la fin, lorsque les ours se débarrassent de leurs sodas dans l'océan, sont-ils dépeints heureux.

Coca-Cola, en revanche, n'est pas heureux.

"C'est irresponsable et démagogique et cela ne va pas aider quelqu'un à comprendre le bilan énergétique", explique la porte-parole de Coca-Cola Susan Stribling dans un article de USA Today à propos de la vidéo. "Elle déforme aussi les faits pendant que nos partenaires de l'industrie et nous-même travaillons avec l’État et la société civile pour trouver des solutions concrètes."

En dépit des réactions négatives contre la vidéo, je trouve certaines parties de celle-ci vraiment attrayantes pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, je pense qu’elle est très bien faite et spirituelle. Est-elle sincère ? Pas vraiment, même si le CSPI la décrit comme une réponse honnête aux "mensonges" de l'industrie du soda. Persuasive ? Pas exactement. Bien que l’hymne de la vidéo est une mise en garde sirupeuse de Jason Mraz contre le "sucre", le CSPI a été explicite en promouvant la vidéo comme étant un clip "anti-soda". Je ne pense pas qu'ils aient réussi ici. Mais, en tant que professeur en ‘nourriture et réseaux sociaux’ pour des étudiants de première année, j’espère que cette campagne sera un grand outil d'enseignement. Peut-être mes élèves verront-ils les choses différemment.

Deuxièmement, c'est un ajout fantastique au marché des idées, qui est exactement l’endroit où les débats sur la nourriture doivent être menés. La société civile peut et doit fournir aux consommateurs des informations qui peuvent nous aider à faire de meilleurs choix, comme je l'ai mentionné la semaine dernière quand j’étais invité sur KCRW pour le programme To the Point aux côtés entre autres de Marion Nestlé.

C'est un argument que j'ai développé plus tôt cette année dans cet article du Northeastern University Law Journal sur la sécurité alimentaire dans lequel j'invoque même le CSPI et Nestlé :

[Thomas] Jefferson (...) souligne le rôle de la société civile pour nous aider à nous assurer que notre alimentation est sans danger. Plutôt que de soumettre notre avis à la coercition, nous devrions soumettre cet avis à un débat au sein du marché des idées. Cette sphère publique où les groupes de pression ayant des points de vue nettement différents sur la nutrition et la santé, y compris le Centre pour la Science dans l'Intérêt Public (qui publie la – souvent excellente lettre – Nutrition Action Healthletter), ainsi que les groupes végétaliens, Paleos, organiques, et toute une myriade d'autres groupes (...) les intellectuels comme Nestlé et [Michael] Pollan, les chefs d'entreprises, la communauté juridique, et d'autres [-] peuvent débattre des questions et des idées sur la nourriture et la sécurité alimentaire, et à qui le public peut s'adresser pour obtenir des conseils et des réponses.

Mais, Jefferson nous met en garde, la contrainte n'a aucun rôle à jouer dans notre prise de décision. Nous pouvons rendre à Dieu et/ou César certains pouvoirs limités, mais les individus conservent le reste. En bref, c'est à nous de choisir les informations que nous suivons.

Et c'est cet argument qui est peut-être le plus important de ceux que souligne le CSPI dans sa vidéo – intentionnellement ou non. À travers les mots et images, la vidéo fait valoir que les individus ont à la fois le pouvoir et la responsabilité ("Le pouvoir est entre vos mains" – heu "griffes –) pour apporter des modifications à leur alimentation et à ceux de leurs familles.

C'est une orientation différente de l'approche traditionnelle du CSPI qui inclut des dizaines de procès sur plusieurs décennies contre les producteurs et distributeurs de denrées alimentaires, des appels de longue date visant à restreindre la commercialisation des aliments que le CSPI estime malsain.

Pourquoi ce nouveau message est-il important ? Pourquoi distinguer le message du messager ?

Imaginez si vous le voulez bien un groupe qui passe des décennies à exhorter le gouvernement à sévir contre un (ou plusieurs) type particulier de nourriture qu'il considère être malsain. Le groupe affirme depuis longtemps que les consommateurs n'ont guère d’autre choix que de consommer cet aliment car l‘aliment et sa publicité sont si répandus que les consommateurs sont impuissants à l’éviter.

Supposons qu'un jour, ce groupe produit une vidéo qui montre peut-être pour la première fois qu'il estime que ce sont les consommateurs qui ont vraiment le pouvoir de faire le choix de manger cet aliment (ou non). Le groupe soutient toujours que le produit est malsain et, de fait, gonfle la mauvaise réputation de l’aliment. Mais au lieu d'argumenter que l’État devrait sévir, ils ont recours à la science dont ils prétendent qu’elle leur donne raison et incitent les consommateurs à décider pour eux-mêmes. Ils évitent aussi clairement dans la vidéo tout appel à taxer, interdire, ou autres restrictions à la liberté individuelle de choisir ce qui a trait à la nourriture.

Au lieu de cela, le message de la vidéo, c'est que nous pouvons et devons prendre le contrôle de nos propres régimes alimentaires. Imaginez si la vidéo avait en plus un refrain accrocheur, avec des paroles comme "le pouvoir est entre vos mains !"– qui renforce son message de promotion du choix.

J’applaudirais le groupe publiquement pour avoir vu la lumière.

Mais si le groupe revenait à sa précédente position, que les gens sont impuissants et que le pouvoir n'est pas entre vos mains, si des poursuites et des interdictions devaient suivre, je me sentirais habilité à mentionner encore et encore les propres mots contradictoires du groupe sur la question.

C’est mon sentiment sur la vidéo The Real Bears.

Et je ne suis pas le seul parmi ceux qui ne soutiennent pas le programme anti-soda du CSPI à aimer certains aspects de la vidéo.

"S'il s'agit d'une nouvelle manœuvre dans le sens de la responsabilité personnelle, [alors] bienvenue», a déclaré Jeff A. Stier du National Center for Public Policy Research au président du CSPI Michael Jacobson lors d'une apparition jeudi sur l’émission de CNBC Closing Bell.

"Les associations de consommateurs jouent un rôle essentiel dans un marché libre en [aidant] les individus à faire des choix éclairés”, affirme Michelle Minton, chercheur en politique des consommateurs au Competitive Enterprise Institute. "Pourtant, je crains que le CSPI répande avec cette annonce intelligente et divertissante le message que le soda en n'importe quelle quantité est un mauvais choix, justifiant ainsi taxes, interdictions, et autres interventions étatiques pour protéger les consommateurs de leurs propres choix."

"Bien que je félicite le signe positif du CSPI qui admet l'importance de l’encadrement parental dans le développement nutritionnel de l'enfant, cette vidéo n'est pas une nouveauté" selon Julie Gunlock, directrice du Women for Food Freedom Project avec l’Independent Women’s Forum. "Ça repose sur les mêmes vieilles exagérations, tactiques de peur et mensonges éhontés pour lesquels le CSPI est bien connu."

Il est vrai, comme le notent Minton et Gunlock, que la vidéo s'appuie sur plusieurs exagérations, au-delà de la simple fiction des ours qui boivent du soda, retrouvées dans la vidéo.

Par exemple, les gens ne boivent pas autant de boissons sucrées que dans The Real Bears. Lorsque les ours ouvrent leur frigo, nous voyons qu'il est plein à craquer, uniquement de bouteilles de soda (sauf un flacon d'insuline). Essentiellement, les gens ne peuvent pas subsister avec un seul aliment, qu'il s'agisse de soda, de caviar ou de chou frisé, et s'attendre à être en bonne santé. La même chose est probablement vraie pour les ours (sauf, je suppose, pour les pandas et les bambous).

Et les citations accompagnant la vidéo ne soutiennent pas toujours les revendications de la vidéo. Par exemple, le CSPI cite les conseils nutritionnels 2010 du Gouvernement Fédéral Américain pour soutenir la proposition selon laquelle "les boissons sucrées sont la plus importante source de calories dans le régime alimentaire américain, fournissant une moyenne d'environ 7% du total des calories par personne."

Mais selon le tableau 2-2 dans ce même rapport, parmi "les 25 sources de calories les plus importantes chez les américains âgés de 2 ans ou plus",  les boissons sucrées arrivent en quatrième position sur la liste (derrière les desserts à base de céréales, le pain et le poulet), et fournissent seulement 5,3% du nombre total de calories par personne.

J'ai noté quelques problèmes de données similaires dans une affirmation sans fondement formulée par le directeur du département de la Santé de la ville de New York, Thomas Farley – utilisée pour y justifier le passage en force de l'interdiction du soda – au cours de l’été ici.

Alors que le CSPI et Farley semblent soutenir à tort que les données confirment des parties importantes de leur argumentation contre le soda, pensez également à ce que les données confirmées disent vraiment : au cours de la dernière décennie, les gens sont devenus encore plus obèses alors même qu'ils boivent moins de soda sucré.

Cependant, que les données dans la vidéo du CSPI soient correctes ou non, la vidéo représente une pause rafraîchissante dans un cycle apparemment constant de litiges et d’appels à plus de réglementation.

Si à partir de ce jour le CSPI essaye d'influencer l'opinion publique tout en respectant le fait que les individus ont à la fois le pouvoir et la responsabilité de faire leurs propres choix alimentaires, comme la vidéo le montre et le dit, sans les taxes, sans les interdictions ou autres restrictions à la liberté de choisir, alors c'est un message que je suis plus que disposé à porter.

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Sur le web. Traduction : Laure/Contrepoints.