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Demain

Publié le 10 septembre 2013 par Gentlemanw

Les dernières heures sont troublantes, elles sont les derniers instants de ma courte pause vacances, les derniers rayons de soleil en ce début de septembre. Demain sera une autre vie. Je ne change pas de job, enfin un peu, je deviens la responsable de mon service. Après être rentrer ici une première fois comem simple stagiaire, jeune fille à tout faire, entre photocopieuse, rangements inutiles dans des bureaux anciens avec des pigistes jaloux et aux dents longues, des journalistes à l'égo surdimensionné pour les portes doubles du couloir.

J'ai vu, j'ai beaucoup appris, j'ai noté dans un coin de ma tête, oubliant les remarques machistes concernant mon derrière, et certaines mains malheureuses. J'avais besoin de ce petit boulot pour comprendre et compléter ma formation, et pour me nourrir.

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Puis j'ai continué mes études, demandant des bourses, travaillant en plus de celles-ci, sortant finalement peu par manque de temps, d'argent un peu mais aussi d'envie tout simplement. Aucune jalousie face au bronzage de mes amies , ces années-là, plus sereines, plus libres, avec les parents qui payaient le studio, les sorties, voir même la voiture. Finalement, j'ai réussi,plutôt brillamment mon cursus, cela rassurait tout le monde, ma mère, mon beau-père, mes futurs employeurs. Un diplôme, un papier qui semblait futile car j'avais si peu d'expérience, mais tant de volonté. Le papier était le passe-partout pour rentrer dans une entreprise, j'ai pris la première, puis je suis partie, lasse et surtout conquérante pour revenir ici, dans les locaux. 

Pigiste économiste, un brin politique, un brin relations internationales, avec en plus un mastère de langue anglaise sur les mêmes sujets. J'ai profité d'une mutation à l'international, une création de poste, un côté sauvage, sans filet, en pionnière sur les cotinent américain pour ce magazine. J'ai donné tout mon temps, croisant un jour une belle aventure au passage, en mangeant si tardivement un burger dans un bar moche et froidoù tous les journalistes attendaient la fin de débats, attendaient sans savoir quand il fallait se réveiller, choper l'exclusivité avec qui. Nous étions deux parmi un groupe de cinquante humains mous, avachis devant leurs claviers et leurs téléphones.  

Finalement heureuse, le débat de ce jugement traîna deux jours de plus, une infinie longueur que je comblais dans ses bras, dans ses mots, avec sa bouche.

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Pourquoi, je pense à cela aujourd'hui après des vacances pleines de boulot en fait ? Peut-être un brin de nostalgie ? ce fû bon, ce fût court, ce fût très intense avec elle. Nous nous sommes aimées, j'ai compris ma différence alors dans ce pays étrange avec tant de communautés, de divisions et de respect affiché, de lois et de ségragations encore en cours. Je fus heureuse, pleinement sereine de cet amour-là. Vivant avec elle, partageant nos métiers mais dans des médias différents, dans deux pays, elle aux USA, moi en France via internet. 

Puis ils m'ont rappelé ici, demandant une évolution en rapport avec mon excellent travail. remplaçant au passage le vieux macho de mon passage de stagiaire, lui envoyant avec du retard la réponse dans mon discours d'arrivée, pour aussi son départ. La Femme prenait le poste convoité par les mâles en présence, historique changement car si peu de place sont données aux femmes dans les médias, dans les magazines, surtout proche des rédactions en chef, près des sous, proche des financiers mâles. Une fin d'hégémonie !

Ainsi depuis six mois, je suis en France, depuis quelques semaines je deviens la rédactrice en chef adjointe, sur les rails pour le prochaine étage de la fusée. La fondatrice du magazine m'a invitée à déjeûner, me regardant dans les yeux, me prenant la main, ma rassurant malgré mon calme absolu et ajoutant qu'elle sera encore là quand je prendrais la première place. J'ai souri. Nous avons discuté de tout, de vie, d'amour, de féminité, de causes perdues, de l'inégalité, de politique, de macro-économie, était-ce un test ?

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Demain, je serai dans mon nouveau bureau, celui dont j'ai vu chaque nuit les meubles dans mes rêves, la baie vitrée, les autres journalistes à proximité. Cela fait des heures que je pense à tout cela, que je ne dors pas, que je suis excitée par ce job.

J'ai même préparé ma tenue, un beau tailleur clair, une veste Chanel, mon cadeau personnel pour cette promotion.

Mais finalement c'est à elle que je pense. Elle me manque, je l'aime.

Nylonement


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