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La chancelière ne chancèle pas

Publié le 23 septembre 2013 par Egea
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  • Economie
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Ré-élection triomphale de la Bunde Kanzlerin, pour la troisième fois de rang, ce qui fait l'admiration de bien des leaders européens. On sent une pointe d'envie dans tous les commentaires, mais aussi comme un espoir, du genre "et si ça nous arrivait à nous aussi ?". Pas de chance, braves gens, cela ne va pas vous arriver à vous. Revenons rapidement sur ce que dit cette élection.

La chancelière ne chancèle pas
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Tout va bien madame la marquise. C'est au fond le message rassurant qu'on veut bien nous chanter. Le ministre des finances Schaüble a publié il y a trois jours un article où il expliquait que l'on était en train de sortir de la crise, et que la politique suivie était la bonne. Au moins 42 % des Allemands l'ont cru. Et du point de vue allemand, force est de reconnaître qu'il y a une part de vérité : croissance, exportation, emploi, tous les indicateurs sont "au vert". Peu importe les salaires à 4 euros de l'heure qui instaurent une pression concurrentielle phénoménale en Europe, par suite de l'alignement de facto sur les prix des émergents. Et peu importe si le résultat est aussi le résultat d'une situation démographique catastrophique, où non seulement on vieillit gaiment, mais où en plus la structure des âges favorise le conservatisme de rentiers bientôt retraités.

Elle rassure. Car voici le vrai ressort du succès de Mme Merkel : dans notre continent flippé par l'angoisse, signe distinctif des Européens en retrait du monde, madame rassure. C'est bien la seule en Europe, car tous les autres sont inquiets, au sud (Grèce,Italie, Espagne, Portugal) comme au nord (Pays-Bas, Irlande) ou même ailleurs (par exemple en France, sauf votre respect M'sieur le préz). La source du triomphe réside dans cette capacité antalgique de Mme Merkel : avec elle, on ne souffre pas. Soin palliatif de la fin de vie.

Pourtant, ce n'est pas très rassurant, car les soins palliatifs, à la fin, cela se termine mal. En effet, avec les déséquilibres croissant de l'isolement allemand, on constate des dangers et des menaces. car l’austérité vote extrême droite. La recette allemande assène, comme la grosse Bertha sur Paris (en fait, ce n'était pas la grosse Bertha etc, je sais messieurs les historiens : mais c'est vrai puisque c'est resté dans les mémoires) que seule l'austérité - pardon, le sérieux allemand - constitue la solution. Souvenez vous de "la seule politique possible" (n'était-ce pas au moment du franc fort ?). On nous la rejoue pareil : c'est la seule politique possible. Je ne sais pas quelles sont les politiques alternatives, ni surtout si ces politiques conduiraient à de meilleurs résultats. Je sais simplement que cette "seule politique possible" satisfait peut-être les Allemands, mais eux seulement. Et qu'entre la montée d'Aube dorée en Grèce, les ahurissantes réclamations des Catalans en Espagne ou les mouvements identitaires en Europe du nord, le centrisme allemand se paye d'un extrémisme européen, mélange explosif de revendication régionalo-nationaliste et de radicalisme très souvent facho (selon une recette pas nouvelle historiquement, faut-il le signaler au passage).

Voici donc la schlague qui vient. Car Mme Merkel va continuer son programme, qui est celui de "l'Allemagne d'abord". Quelque part, on ne peut pas lui reprocher. Disons qu'en choisissant ce nationalisme d'un nouveau genre, elle laisse se développer tout un tas de bacilles peu ragoûtants. Et qu'elle fera tout pour sauver sa position économico-financière, et tant pis pour le reste. Pas de chance, on est environ 450 - 80 = 370 millions d'Européens à appartenir à ce "reste". Les Américains avaient inventé le "reste du monde" pour justifier leur sublime isolationnisme, les Allemands font de même en inventant "le reste de l'Europe", qui est la même chose à l'échelle du coin. Je ne peut presque pas le leur reprocher, après tout. Simplement démonter par avance la mécanique infernale qui se met en place.

Car l'Allemagne d'après la crise n'a aucun intérêt, mais vraiment aucun,à se précipiter dans une union politique qui lui coûterait financièrement bien plus cher qu'avant la crise (cf. texte de P. Artus ci-dessous). En effet, on nous explique (voir texte Martine Orange) que "miraculeusement", il y a eu un bon été : des statistiques "favorables" pensez vous, 0,1 % de croissance), pas de crise européenne et de sommet d'urgence à Bruxelles, etc. Sauf que ces allégations sonnent en trompe-l’œil, et que rien n'est réellement réglé. L'Europe va toujours mal. Économiquement. Et politiquement. Mais L’Allemagne, forte de sa puissance économique et désormais politique (car le vote de légitimation de Mme Merkel lui donne un mandat quasi impératif sur la scène européenne,en même temps que l'autorité du scrutin) va plus que jamais poursuivre cette politique austère et sérieuse. Comme si on était sérieux, en 2013 !

Félicitations donc, Mme Merkel. A votre horizon, bien joué. Même si cette victoire est inquiétante, pas tellement pour ce qu'elle dit de l'Allemagne, mais pour ce qu'elle dit de son déphasage avec son environnement. Ce gigantesque déséquilibre est lourd de menaces, ne vous en déplaise.

Références :

O. Kempf


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