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Phase décroissante et trajectoire descendante.;

Publié le 27 septembre 2013 par Rolandbosquet

lune

   Sans doute par solidarité avec nos instances dirigeantes, la lune s’inscrit aujourd’hui en phase décroissante et en trajectoire  descendante. Le jardinier, lui, est autorisé à travailler. Que dis-je ? Le jardinier est dans l’obligation de travailler. S’il lui passait par la tête de bayer aux corneilles, d’écouter la Truite de Schubert, l’Ave Maria de Gounod ou même de réécouter Manon de Jules Massenet avec Mirella Freni et Luciano Pavarotti (la plus belle version  à mon sens !) pour se préparer à entendre dans quelques jours Nathalie Dessay à l’opéra de Toulouse ou s‘il lui prenait de se plonger dans la lecture du dernier opus de Philippe Sollers, dans l’exégèse du prochain ouvrage de Michel Onfray ou, pire, dans l’écriture d’un nouveau roman, son vieux fond paysan ne manquerait pas de le rappeler à l’ordre. Travail ! Travail ! Travail ! Le problème est qu’avant de s’en aller rêver, la belle Séléné à laissé sur le coin de la table, négligemment griffonné dans la marge d’une publicité pour les "Graines  Infaillibles", une liste interminable de tâches à accomplir avant ce soir. Cueillir une cuisine de haricots verts, une courgette, deux poivrons et trois tomates pour une salade fraîcheur et une belle poignée de roquette pour accompagner le camembert de Normandie. Élaguer la haie de troènes qui étend son ombre sur le parterre de  dahlias. Profiter que la terre est chaude pour semer des radis roses. Ce sera sans doute la dernière fois de l’année. Planter les oignons jaunes et butter les poireaux. Bouturer les pélargoniums à grandes fleurs mauves pour les potées de l’an prochain. Tondre la pelouse à partir de seize heures à cause de l’humidité persistante dans les coins ombreux. Et sarcler autour des laitues romaines sous le prétexte qu’un binage vaut deux arrosages. Il y a des jours où il est probablement moins fatiguant d’être ministre de l’écologie que jardinier respectueux de la nature. Car enfin, dites-moi en quoi un ministre de l’écologie dont les bureaux se situent au centre de Paris et le logement dans les tréfonds du seizième arrondissement serait plus écologique que le jardinier dont le courtil est blotti au fond d’une vallée perdue au cœur des Monts ? D’autant que notre ministre perd la plus grande partie de son temps à téléphoner au lieu d’amender sa terre avec son compost maison ou de tailler ses rosiers avant de les arroser de purin d’ortie pour lutter contre les maladies. Et il téléphone sans considération aucune pour les dommages causés à la nature par les matières non recyclables qui constituent son appareil. Lequel appareil a été fabriqué à l’autre bout de la planète par des enfants mal nourris et acheminé par un vieux porte-container qui perd son huile et procède à des dégazages sauvages à proximité des réserves naturelles. Et à qui téléphone-t-il ? A sa vieille maman pour prendre de ses nouvelles ? A son épouse pour l'avertir qu’il rentrera très tard ce soir ? A son fils pour le convaincre qu’il lui faut aller à l’école s’il veut pouvoir faire l’ENA un jour ? A son chauffeur ? A son dentiste ? A son Premier-Ministre ? Rien de tout cela. Il téléphone à sa chef Duflop pour savoir ce qu’il est autorisé à dire lors du grand colloque international franco-français de novembre prochain, à la cuisinière de son ministère pour lui avouer qu’il ne déjeunera pas ce midi par manque de temps et qu’il se contentera d’un morceau sur le pouce au resto rapide du bout de la rue et à quelques membres de son parti, il paraît qu’il en subsiste, pour les dissuader de se laisser envahir par quelque vague à l’âme inconsidéré. Il faut bien reconnaître que s’il existe, le bonheur se réfugierait plus volontiers au fond de la campagne que dans les couloirs lambrissés du pouvoir. Si réel pouvoir il y a d’ailleurs. Car ce monde là n’offre souvent au monde extérieur que l’apparence de tourner rond.

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