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Les hydroliennes

Publié le 01 octobre 2013 par Rolandbosquet

hydroliennes

   Du haut de leur colline, les éoliennes me regardent. Quatre d’entre elles tournent mollement. Comme à regret. Les trois autres observent un repos sans doute fort peu mérité. Une étrange langueur semble s’est abattue sur leur équipage. Est-ce la nostalgie ou la crainte du lendemain ? Les spécialistes leurs prédisent pourtant un bel avenir. Mais des cousines à elles sont arrivées de la ville : les hydroliennes. Contrairement aux filles d’Éole, elles affectionnent la discrétion. On ne les verra pas ponctuer l’horizon de leur haute silhouette de mannequin anorexique. Leurs messages cabalistiques à d’improbables interlocuteurs resteront dans le secret de la nuit. On ne les distinguera même pas depuis la plage où les vacanciers du troisième âge promènent benoîtement leur chien. Solidement ancrées sur le socle des océans, leurs masses gigantesques contempleront, placides et imperturbables, les évolutions des sardines et des coquilles Saint-Jacques. Et leurs hélices tourneront, tourneront et tourneront sans fin. Sans autre destinée que de produire de l’électricité. Inutile de les décorer comme des sapins de noël à l’approche du solstice d’hiver ou de gerbes de coquelicots et de bleuets à la Saint-Jean. Les crabes et autres étoiles de mer n’y seront probablement guère sensibles. Inutile même de discourir à leur sujet puisque, nul ne les voyant ni ne les entendant, chacun les ignorera superbement. D’ailleurs, si la cohorte des terriennes est susceptible un jour de fournir jusqu’à 25% des besoins en électricité selon les attentes écologiques, on augure pour les maritimes un destin bien plus modeste. A quoi bon alors en parler ? Parce que demeure l’espoir qu’un jour, dans quelque cabinet d’étude d’avant-garde, un jeune chercheur un peu poète ou un peu fou, ce qui revient au même,dessinera une éolienne aussi discrète que ses cousines de la mer, aussi puissante, aussi fiable et prévisible et aussi silencieuse. Alors un nouveau marché s’ouvrira pour le remplacement des "antiquités", comme diront les jeunes archéologues. Les usines tourneront à plein régime. Peut-être même quelques unes créeront-elles des emplois de forgerons, de chaudronniers, de soudeurs, de visseurs, de monteurs et de démonteurs ! Une École Nationale de Plongée sera spécialement affectée à la formation de plongeurs habiles dans la pose et l’entretien sur la terre ferme de ces nouvelles machines. On fermera des centrales nucléaires que l’on reconvertira en entrepôts pour "stoker" l’électricité invendue aux particuliers comme auprès des pays voisins qui seront dans la même situation que nous. Cet excédent fera chuter le cours des actions des fournisseurs d’électricité. Ils seront contraints de licencier du personnel. Les syndicats organiseront des manifestations entre Bastille et Nation. Le Président de la République sera battu aux élections suivantes. On voit par là que même lorsque le progrès avance à grand pas, le monde ne tourne pas toujours mieux pour autant.

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