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Pourquoi apprendre l'égalité Filles/Garçons fait peur ?

Publié le 07 octobre 2013 par Juan

Pourquoi apprendre l'égalité Filles/Garçons fait peur ? Le gouvernement lance une expérimentation assez normale, presque banale pourrait-on dire. Un enseignement contre les préjugés sexistes et les relations hommes/femmes dans nos écoles.
A droite, loin à droite, quelques furies se déchainent pourtant contre cette simple idée.
Des opposants déjà
En décembre déjà, des députés UMP s'excitaient contre un projet qu'ils ne connaissaient pas. Et pour cause, il n'était pas encore dévoilé. Le contexte était favorable à cette excitation. La France débattait du mariage pour tous. Pour certains, la légalisation du mariage homosexuel, l'éventuelle PMA et cet enseignement contre les préjugés sexistes allaient de pair. Ces députés UMP voulaient une commission d'enquête parlementaire sur la diffusion de la "théorie du genre", un "bouleversement de notre contrat social", dixit Xavier Breton (UMP). Le Monde, la semaine dernière, citait ce père de famille "versaillais" très investi de cette inquiétude: "Je doute qu'on lutte contre les inégalités en enlevant aux enfants leurs repères de petits garçons ou de petites filles. (...) L'éducation sentimentale ou à la sexualité, quel que soit le nom qu'on lui donne, doit rester du ressort de la famille".
Début septembre, l'autoproclamé "Collectif des parents d’élèves du 64" distribuait un tract au slogan ahurissant aux portes devant l'école des Lauriers de Pau: "Homme et femme : égaux, oui ! Identiques et interchangeables ? Non !" Ou encore:

"Parents ! Attention ! L'école va inciter votre enfant dès 6 ans à choisir sa future orientation sexuelle !"
Choisir sa future orientation sexuelle ? On notera cette curieuse opinion qui consiste à penser qu'une orientation sexuelle se choisit. Mais le plus grave est ailleurs: l'expérience ABCD n'a rien à voir avec la négation des différences sexuelles.
Elle s'inscrit dans la mission de l'éducation nationale, "respecter les autres, et notamment appliquer les principes de l’égalité des filles et des garçons", un objectif rappelé ... en juin 2008.
... mais contre quoi ?
Le programme scolaire mis en place par le gouvernement n'a rien à voir avec l'enseignement des différences sexuelles, ou la négation de celles-ci. On attendra, évidemment, les témoignages des premiers élèves. Car, une fois encore, les attaques sont déjà outrancières.
De quoi parle-t-on ? D'enseigner aux enfants que les inégalités homme/femme existent alors qu'il faudrait les combattre. Que les préjugés sexistes n'ont rien à voir avec les différences sexuelles. On pourrait dire qu'il s'agit d'apaiser la société de quelques-unes de ses tensions qui frappent les rapports entre hommes et femmes, informer les enfants de l'existence d'"inégalités de traitement, de réussite scolaire, d’orientation et de carrière professionnelle" entre filles et garçons.
1. Le dispositif n'est pour l'instant qu'une expérimentation: 600 classes de dix académies différentes, toutes volontaires: Bordeaux, Clermont-Ferrand, Créteil, Corse, Guadeloupe, Lyon, Montpellier, Nancy-Metz, Rouen, et Toulouse.
2. Le programme débute d'abord par une formation des formateurs et des formatrices: inspecteurs et inspectrices de l’Éducation nationale (IEN), conseillers et conseillères pédagogiques de circonscription (CPC). Le programme est progressif: une session de formation académique sur l'égalité des droits entre filles et garçons va se caler entre septembre octobre 2013), elle va durer... une journée. Une "sensibilisation des enseignants et des enseignantes du premier degré" d'une demi-journée s'insérera dans le cadre du plan de formation. L'expérimentation et accompagnement des enseignants et des enseignantes dans les classes par les IEN/CPC ne débutera après la Toussaint 2013, jusqu'à à fin mars 2014.
3. Une généralisation est prévue pour septembre 2014, "après évaluation des premiers résultats."
4. Quel est le contenu de cet enseignement ? Un site a été ouvert par les ministères de l'Education nationale et des Droits des femmes. On y trouve les premiers outils pédagogiques, accessibles à tous. Il s'agit de guides pour analyser l'évolution de la mode (l'invention du smoking pour femme, par Yves Saint-Laurent), des ouvrages, des tableaux ou des photographies. Quel scandale ! Quel affront !
  • "Madame Charpentier et ses deux enfants » par Auguste Renoir. 
  • Dentelles, velours et broderies dans quelques tableaux du 17ème siècle
  • Berthe Morisot
  • "La figure de la Belle dans la littérature"

Les instructions sont légères, comme "guider le regard des élèves et les amener à croiser leurs représentations esthétiques de la femme et de l'enfant d'aujourd'hui avec celles d'il y a plus de 100 ans." Mais où donc les différences sexuelles sont-elles niées, bafouées, évacuées ?  
Nulle part.
Il n'est nulle part fait allusion à on-ne-sait-quelle théorie du genre. 
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