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Prendre de la hauteur, du souffle et du temps

Par Valabregue

Dans notre monde du « too much » et du cocooning généralisé, 

pouvoir prendre de la hauteur, parvenir à jouer du frein et de l'accélérateur, ne pas avoir peur de faire des détours, le cas échéant, semble être l'hygiène minimum de base pour pouvoir respirer, pour pouvoir au mieux discerner avec élégance,  penser avec justesse et faire avec pertinence, selon les situations rencontrées.

Une grande partie des maux de notre époque ont à voir avec une sorte de frénésie de l’expansion qui ne parvient pas  à trouver des régulations opportunes. On veut à la fois élargir le domaine du possible, le domaine du visible et croitre indéfiniment.

Il y a pourtant des sagesses millénaires qui nous ont longuement averti qu’on ne pouvait pas jouer sur tous les tableaux. Une sorte de dure loi de la vie qui reste toujours aussi mystérieuse dans ses ressorts profonds, malgré cette frénésie.

C'est sans doute aussi la difficulté de se confronter avec notre finitude qui a engendré une course éperdue à l'externalisation de nos connaissances depuis 10000 ans  et  à l'évacuation du sujet dans le processus de la connaissance depuis les Lumières, comme le rappelle Lionnel Naccache dans son dernier livre.

Il serait pour le moins fécond de revisiter les formes d’intelligence qui se sont déployées à travers l’histoire de l’humanité et d’arrêter d’en idolâtrer une seule.

Ces formes sont en fait des déclinaisons des formes de consciences  qui ont pour nom :

  • La conscience rationnelle, joue du visible et donc du  mesurable, elle est non contradictoire, elle essaye d’expliquer pourquoi quelque chose survient et de prévoir, elle nécessite le questionnement, la séparation d’un problème en autant de sous parties appréhendables, elle procède d’une évaluation non sensible des choses, elle fonctionne comme les probabilités conditionnelles.
  • La conscience créatrice  tente de faire émerger d’autres possibles, elle utilise la pédagogie du détour, le sensible, l’écoute active, s’autorise des sentiers interdits par la connaissance rationnelle, joue de l’humour, elle participe de mutation des représentations.
  • La conscience magique s’intéresse aux coïncidences, à l’inexplicable, au mystère, aux incertitudes aux attractions à distance, à tout ce que la science ne parvient pas à expliquer, elle joue de la coexistence des contraires, de l’ambivalence, elle surfe avec ce qu’on appelle la théorie du chaos, elle résonne au lieu de raisonner.
  • La conscience religieuse, est structurée autour de la foi, de la certitude, sans la quelle la confiance ne pourrait pas s’installer, elle s’appuie sur des rites, le pouvoir de l’esprit sur la matière.

Tenter de construire une civilisation du partage où chaque forme d’intelligence, de beauté et de sensibilité trouve une place, garantie par la vigilance et la bienveillance de tout(e)s devrait être le fond de commerce d’une écologie des esprits digne de nom.

Faire en sorte que nous soyons en capacité d’apprécier  et d’échanger sur nos forces et faiblesses, celles des autres et celles du cosmos ; de reconnaître nos dettes, de ne pas avoir peur d’être en retrait, car la jachère fait partie de notre éthique profonde de vie. Voilà un authentique challenge que nous pouvons tenter de mettre en place partout où nous sommes.

Ce ne sont pas les nuages qui manquent dans le ciel de la terre :

  • Que cela soit celui de Fukushima ou l’intrusion généralisée.
  • Que cela soit celui de la prééminence des marchands d’armes, de drogues et de manipulations psychiques.
  • Que se soit les formes de violences quotidiennes, d’arbitraire,  de sectarisme ou les difficultés d’intégration ici et là.
  • Que ce soit les Tea partis et leurs complices partout.

Au sein de ces nuages, des poches d’espoir : la Tunisie,  la république centre Afrique (seul pays  ou les violences ethniques n’existent pas), l’Amérique latine, des morceaux de l’Inde, de la Chine, le courage des Pussy Riots ..., les formes d’organisations et de résistance contre Monsanto, coca cola, les victoires contre les fermetures d’hôpitaux de proximité, les écoles pilotes maternelles exemplaires, les formes de micro crédit, les organisations humanitaires qui s’ouvrent ça et là, les multiples organisations de la société civile qui tentent de se regrouper et qui en « pacte civique » et qui en « collectif de la transition citoyenne » et qui en « pouvoir d’agir. »..

Nos rêves de résolutoire, d’évaluation  sans complaisance,   de devoirs, sont autant d’auto disciplines que nous tentons d’inscrire en écho aux rêves d’abolition de  l’esclavage, de la peine de mort,  de  l’égalité de traitement et de dignité des hommes et des femmes,  de la protection des faibles et des marginaux, de la séparation des pouvoirs qui ont engendrés nos droits modernes.

En prenant effectivement langue  avec toutes les sensibilités, nous renforçons une forme d’identité et nous contribuons à la refondation des repères nécessaires à une société du bien vivre

Ne l’oublions pas, tout ou presque est à refonder :

Les savoirs qui doivent être communs, les modalités de pertinence d’accès à ces savoirs, les formes de pouvoir à promouvoir, les perspectives à long terme à inscrire dans le quotidien,  la démocratie et les modes de gouvernance,  la collecte des impôts et la traque de la fraude, les niveaux d’autonomies adéquats à la  résolution des problèmes.

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