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Pas de lignes, pas de murs, pas de merci

Publié le 04 mai 2008 par Patrick

À peine le temps de reprendre son souffle après les Championnats du Monde et les Championnats de France, que l'on remet déjà ça avec les Championnats du Monde d'Eau Libre à Séville. L'occasion pour moi de vous parler de cette nouvelle épreuve du programme olympique qu'est ... "le marathon en eau libre" !

Alors, concrètement, en quoi cela consiste-t'il ?

Tout simplement, 25 nageurs sont au départ sur une plateforme et s'élancent tous ensemble dans un plan d'eau extérieur (lac, mer, marécage, fleuve, bassin d'aviron ...) afin de parcourir 10 km. Les nageurs effectuent habituellement plusieurs tours d'un circuit délimité par de grandes bouées colorées.

Ah ben c'est tout bête alors, mais pourquoi il le font pas en piscine du coup ?

Ah oui, mais non, ça n'a rien à voir avec la natation classique. L'eau libre est un mélange de cyclisme sur route, marathon, water-polo, lutte gréco-romaine, hooliganisme et ... natation. Le cyclisme pour le principe de peloton et l'importance des tactiques de course. Le marathon pour la distance : les hommes mettent généralement 1h50 et les femmes 2h pour arriver au bout des 10 km. Le water-polo pour l'arrachage de maillot de bain, technique interdite par le règlement mais fort usitée malgré tout. Tout ce qui se passe sous l'eau n'est pas nécessairement visible des juges. La lutte, un peu pour les même raisons : beaucoup de contacts durant la course. Certains nageurs vont nager les uns sur les autres et jouer des coudes à l'approche des virages. Le hooliganisme et la police car il y a des sanctions en cas de mauvais gestes : carton jaune en cas de gêne volontaire d'un adversaire ou si le nageur en question reste dans le sillage d'un autre concurrent ou d'un bateau, carton rouge direct en cas de "geste contraire à l'esprit sportif". Et la natation parce que l'épreuve n'a pas été acceptée en son sein par la fédération internationale d'arts martiaux en milieux non-terrestres.

Mais donc les gens, ils nagent pendant 2h sans s'arrêter ? Comment ils font ça ? Moi après un aller-retour dans la pataugeoire il faut que je vide une bouteille de boisson énergétique à la mangue ...

Eh bien eux aussi ... plus ou moins ! Nos valeureux nageurs passent régulièrement à proximité d'une plateforme où les coaches jouent eux-aussi des coudes afin de leur faire parvenir leur ravitaillement sous forme de gobelets tendus au bout de perches. Les perches peuvent faire double usage à condition de placer du fil et un hameçon à leur extrémité et de s'en servir lorsque les nageurs sont à l'autre bout du bassin afin de rajouter des oméga 3 dans leur prochain ravitaillement.

Donc si je comprends bien, vu que c'est comme un marathon, les athlètes finissent sur les Champs-Elysées et le vainqueur est celui qui coupe le ruban le premier, c'est ça ? Ils ont le droit d'utiliser les dents ?

Oui mais non. En fait les nageurs doivent toucher un panneau de chronométrage qui permet de les départager au 1/10 de seconde, ce qui s'avère nécessaire étant donné que nombre de courses en eau libre se jouent finalement sur un sprint lors des 200 derniers mètres.

Et les nageurs en eau libre, c'est les mêmes que ceux qui tournent en rond dans leur bassin chloré ?

Pas vraiment. Parmi ceux qui participent aux épreuves d'eau libre à haut niveau, assez peu mènent une carrière parallèle dans les bassins. Cependant depuis que le marathon en eau libre a été inclus au programme olympique, un certain nombre de nageur de fond - les spécialistes du 800 et 1500m - se sont convertis partiellement ou à temps plein à cette épreuve dans l'espoir de grimper sur le premier podium olympique de la discipline. Parmi eux, le britannique David Davies, l'australien Grant Hackett (photo), l'allemand Thomas Lurz (plus habitué aux vagues que les 2 précédents) chez les messieurs, l'anglaise Keri-Anne Payne chez les dames.

Chez les nageurs spécialistes d'eau libre ça jase un peu. Imaginez donc, ces fieffés maroufles de barboteurs pourris-gâtés voudraient contester leur supériorité en milieu sauvage ? Pfff, espérons pour eux qu'ils ne se perdent pas à mi-chemin sans la ligne noire au fond de l'eau !

Bref, il y a une certaine rivalité entre les deux écoles. Parmi les spécialistes reconnus de la discipline, on compte : Larisa Ilchenko (photo) (18 ans, double championne du monde) et Cassandra Patten (double vice-championne du monde) chez les dames. Le Russe Vladimir Dyatchin ou encore le Bulgare Petar Stoychev (essentiellement connu pour son record du monde de la traversée de la Manche) chez les messieurs.

Et tu voulais parler des Championnats du Monde, c'est ça ?

Absolument, ceux-ci ont lieu en ce moment à Séville. Les épreuves du 10km ont eu lieu Samedi et Dimanche et ont été remportées par Larisa Ilchenko et Vladimir Dyatchin (que l'on attendait à ce niveau). Cette course revêt une très grande importance puisqu'elle permet de qualifier une quinzaine de nageurs pour chacune des épreuves masculine et féminine de Pékin. Pour faire simple, les 10 premiers sont automatiquement qualifiés. À cette liste s'ajoutent un représentant de chaque continent (le meilleur européen/asiatique/américain/africain/océanien au-delà de la 10ème place). Ensuite, pour compléter le peloton qui sera constitué de 25 nageur(se)s, il va falloir disputer une épreuve pré-olympique à Pékin à condition de n'être pas d'un pays ayant déjà un(e) nageur(se) de qualifié. Oui, c'est un peu subtil, je ne vous en veux pas si vous l'oubliez après avoir fermé votre navigateur.

Quoiqu'il en soit, on en sait déjà plus en ce qui concerne les qualifiés pour l'épreuve inaugurale de Pékin :

Messieurs :

1.Vladimir Dyatchin (Russie): 1h53'21"0
2.David Davies (Grande-Bretagne): +0.3s
3.Thomas Lurz (Allemagne): +6.2s
4.Maarten van der Weijden (Pays-Bas): +15.3s
5.Evgeny Drattsev (Russie): +16.6s
6.Ky Hurst (Australie): +16.6s
7.Mark Warkentin (USA): +16.8s
8.Valerio Cleri (Italie): +17.8s
9.Gianniotis Spyridon (Grèce): +18.1s
10.Brian Ryckeman (Belgique): +18.4s
11.Gilles Rondy (France): +18.4s (représentant européen)
14.Luis Escobar (Mexique): +1m11s (représentant américain)
19.Mohamed El-Zanaty (Egypte): +1m15.4s (représentant africain)
23.Saleh Mohammed (Syrie): +1m24.5s (représentant asiatique)

Dames :

1.Larisa Ilchenko (Russie): 2h2'2"7
2.Cassandra Patten (Grande Bretagne): +3.1s
3.Yurema Requena (Espagne): +4.5s
4.Natalie du Toit (Afrique Du Sud): +5.1s
5.Jana Pechanova (Republique Tchèque): +9.9s
6.Poliana Okimoto (Brésil): +10.8s
7.Angela Maurer (Allemagne): +10.9s
8.Keri-Ann Payne (Grande Bretagne): +11.4s
9.Aurelie Muller (France): +11.5s
10.Ana Marcela Cunha (Brésil): +13.6s
11.Edith van Dijk (Pays-Bas): +15.9s (représentante européenne)
12.Yanqiao Fang (Chine): +20.6 s (représentante asiatique)
17.Andreina Pinto (Venezuela): +37.1s (représentante américaine)
25.Melissa Gorman (Australie): +1m15.7s (représentante de l'Océanie)

Donc là on a 2 français qualifiés, et il n'y en aura pas d'autres ?

Voilà, t'as tout compris. Aurélie Muller et Gilles Rondy sont parvenus à se qualifier en finissant respectivement 9ème et 11ème (meilleur européen au-delà de la 10ème place). Bertrand Venturi et Cathy Dietrich restent malheureusement sur la touche. Il faut savoir que Gilles Rondy a été champion d'Europe du 25km en 2006 et que Cathy Dietrich (pas qualifiée donc ...) fût vice-championne d'Europe du 5km la même année.

Dis, j'ai pas vu Grant Hackett dans la liste des qualifiés. C'est le bug du 4 Mai 2008 ?

Eh non ... il ne s'est pas qualifié ... il a même été disqualifié après avoir reçu 2 cartons jaunes, dont un à 250m de l'arrivée. Selon des observateurs, un grand nombre de participants se seraient ligués contre l'australien (double champion olympique du 1500m) qu'ils considéraient comme trop dangereux en vue des Jeux. Le britannique David Davies (médaillé olympique sur 1500m) et l'allemand Thomas Lurz restent donc les 2 seuls à pouvoir atteindre la finale du 1500m et à pouvoir espérer une médaille sur le 10km.

Bon, j'vais aller me coucher, tu me raconte une jolie histoire ?

Il était une fois, Natalie Du Toit, une jeune nageuse sud-africaine qui rêvait de participer aux Jeux Olympiques. Après avoir manqué la qualification pour ceux de Sydney alors qu'elle n'avait que 16 ans, elle vit son avenir en tant qu'athlète fortement compromis après avoir perdu sa jambe suite à un accident de scooter en 2001. Elle se remit cependant à nager avant même de pouvoir remarcher et parvint même à revenir à un très haut niveau tant parmi les athlètes handisport que chez les non-handicapés. Elle remporta 5 médailles d'or et une médaille d'argent lors des Jeux Paralympiques d'Athènes. Mais cela ne lui suffisait pas. Elle rêvait toujours aux "véritables" Jeux Olympiques ... Notre héroïne ne lâcha pas prise et persévéra pendant 4 années encore pour finalement obtenir la 4ème place lors des Championnats du Monde de Séville il y a 2 jours et ainsi se qualifier pour les JOs aux côtés d'athlètes ayant 2 fois plus de jambes qu'elle !


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