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Welcome to the Paris Burlesque Festival !

Publié le 14 octobre 2013 par Estelle Pinchenzon @on_y_danse

Interview de Juliette Dragon, à J-5 du Paris Burlesque Festival, 5e édition.

Paris Burlesque Festival – du 18 au 20 octobre à la Bellevilloise, Paris 20. 

Welcome to the Paris Burlesque Festival !

Le Paris Burlesque Festival sévit dans la capitale depuis déjà 5 ans, à l’initiative de la grande performeuse et multi artiste Juliette Dragon, et de son acolyte Seb le Bison. Chaque année, la scène invite les plus grands talents internationaux à se découvrir sur des mises en scène aussi artistiques que sarcastiques. Après avoir survécu à la fin du monde, thème de l’édition 2012, nous voici seuls survivant d’un nouveau monde. Place à la science fiction. 

Nous sommes allés interroger Juliette Dragon pour en savoir plus.

QU’EST-CE QUE LE BURLESQUE ?

« Ce mouvement met en valeur la beauté de toutes les femmes »

Juliette Dragon : Le burlesque, traditionnellement, c’est l’art de l’effeuillage, l’art d’enlever ses vêtements sur scène. On essaie de le faire avec humour, poésie, pas forcément que avec glamour. C’est bien quand c’est un peu drôle, un peu subversif. Et ce n’est pas pour un client, mais pour un public. Ce que j’aime, c’est que ce mouvement met en valeur la beauté de toutes les femmes, des femmes proches d’une réalité organique, avec de vraies corpulences. Elles peuvent être danseuses, acrobates, comédiennes, grosses, minces, toniques. Tous les corps sont représentés. Ca fait du bien. On est dans une époque très consensuelle, où l’on ne voit qu’un seul type de femmes silliconnées et photoshopées. Le burlesque présente autre chose. Il a une vertu thérapeutique, il propose un côté fédérateur pour les femmes, une opportunité de se projeter en tant que femme dans autre chose que ce qu’on voit à la télé et dans les publicités. C’est important pour les générations à venir. Avec le burlesque, les femmes comprennent qu’elles peuvent être belles et épanouies quelle que soit leur corpulence, et que le sex appeal, c’est une attitude, non une forme.

POURQUOI LE THEME DE LA SCIENCE FICTION ?

« Nous sommes partis dans l’idée d’inventer un monde qui nous plaît »

J.D : Nous nous sommes dits que si les Mayas avaient eu raison, et si effectivement, la fin du monde était arrivée en décembre 2012, nous ne serions plus. Cela pouvait être drôle d’imaginer  avoir traversé cette fin du monde, et nous retrouver dans un nouveau monde. Dans les médias, on entend le monde se plaindre tout le temps, que c’est la crise, la morosité. Nous sommes partis dans l’idée d’inventer un monde qui nous plaît, créé de toutes pièces. C’est ce qui nous a fait pencher vers la science fiction pour pouvoir être hors du réél, au delà de notre société, dans une autre époque, sur une autre planête. Nous nous sommes beaucoup documentés, nous nous sommes inspirés de films de science fiction et de personnages : Starwars, Barbarella, séries Z et séries D. Et nous avons proposé le thème à tous les performers que nous recevons en leur demandant : « Toi, si tu devais créer ton nouveau monde, quel serait-il ? ». Nous n’avons invité que des têtes d’affiche du monde entier : Allemagne, Nouvelle Zélande, Japons, Afrique du Sud, Pologne, Australie … Hommes et femmes. Nous estimons que ce sont les meilleurs. Ils ont joué le jeu de monter un numéro expressément dans le thème. Ce que nous allons voir, ce sont donc des créations originales, rien de recyclé. Que des numéros créés spécialement, avec les meilleurs du monde : ca va être énorme. On trépigne !

QU’EN EST-IL DE LA PREPARATION ?

« Il n’y a pas de subvention. Nous devons coller des bouts de ficelle »

J.D : Cela nous occupe six mois par an. Nous commençons en avril à tout préparer : créer un nouveau site Internet, convoquer les artistes, rédiger les communiqués de presse, afficher, en France et à l’étranger, préparer les décors, … C’est beaucoup beaucoup de travail ! Il y a le show, mais aussi, pendant le festival : le bazar, les masterclass, avec des vedettes du bout du monde qui viennent enseigner leurs astuces, les nuits dansantes avec DJ, concerts et performances artistiques, les scènes ouvertes pour les jeunes talents, … En parallèle, nous devons assurer notre troupe (NDLR : Cabaret des Filles de Joie), notre groupe de rock, notre école, notre boîte de production, que nous n’avons pas envie de délaisser. Et nous n’avons pas de subvention. Nous produisons tout nous-même. Nous devons « coller des bouts de ficelle », nous demandons de l’aide à tous nos copains. Nous avons plein de bénévoles extraordinaires, qui font cela par passion. C’est un évènement qui coûte très cher et qui ne rapporte pas d’argent, mais à côté de cela, c’est un projet passionnant. On y fait de magnifiques rencontres, on a une équipe en or, il n’y a que des gens superbes.

LA FRANCE ET LE BURLESQUE ?

« Aux Etats-Unis ou en Australie, le burlesque est considéré comme un art tout public ». 

J.D : Le burlesque est né à la fin du XIXe siècle à Paris. La France est le berceau du burlesque. Dans le monde entier, les artistes burlesques choisissent des noms à consonnance française pour faire chic. Le burlesque est parti aux Etats-Unis pour revenir en France davantage sous la forme de strip-tease dans les années 50/60. Je ne dirais pas que la France est en retard. Ce qui fait la différence avec les Etats-Unis ou l’Australie par exemple, c’est que là bas, le burlesque est considéré comme un art tout public. Dans beaucoup de bars, dans les cafés concerts, il y a une fille qui s’éffeuille, qui n’est pas forcément une professionnelle. Comme en France, les filles peuvent faire des soirées tupperware, ou je ne sais pas moi. Qu’est ce qu’elle font les filles en France ? (rires). Aux Etats-Unis, il y a beaucoup de nanas qui font du show burlesque parce que c’est leur passion. C’est très courant et tout le monde sait ce que c’est. C’est pour cela aussi qu’il y a de très bonnes artistes professionnelles. La concurrence est plus importante, et pour vraiment se démarquer et en faire un métier, il faut bosser très dur. Remarque, en France, c’est pareil.  Même s’il y a moins de concurrence, les performeuses professionnelles doivent travailler de la même façon pour espérer gagner de l’argent. Je crois qu’on ne doit être que 5 ou 6 performeuses à exercer cela à plein temps. Les autres artistes ont toutes un métier à côté. Ce n’est pas un milieu qui génère beaucoup d’argent. On n’est pas sur du « mainstream », on n’est pas Johnny Hallyday, nous performons dans de petites salles. C’est très rare que nous puissions nous produire dans de grands théâtres.

QUEL AVENIR SOUHAITER AU BURLESQUE ?

« je n’ai pas envie qu’on garde du burlesque l’image de la ‘grosse tatouée qui enlève ses vêtements’ »

J.D : Ce qu’on pourrait espérer en France, c’est que les artistes se mettent vraiment à travailler et acquérir des compétences techniques, apprendre à danser, jouer la comédie, faire du cirque, du clown. Il y en a beaucoup qui sont restées sur une pâle copie de certaines américaines qu’elles ont vues. Un jour, une cliente sur un évènement nous a dit : « ah, mais vous, vous avez la technique, ce n’est pas comme les autres artistes burlesques que nous avons reçues ». Oui, dans nos spectacles, il y a du feu, du french cancan, les filles font des grands écarts, des acrobaties, de la magie. J’aime bien placer l’effeuillage au milieu d’un spectacle et proposer du grand divertissement, comme au cabaret. C’est là un écrin qui met le burlesque vraiment en valeur. J’étais artiste de cabaret avant de faire du burlesque. C’est un vrai métier. Ce qui est important pour l’avenir, c’est que les artistes travaillent, réfléchissent à comment faire de mieux en mieux pour surprendre le public et ne pas s’enfermer dans une routine. Il y a eu un grand effet de mode autour du burlesque. Tout le monde a pu monter sur scène. Et je ne critique pas, c’était important au niveau politique que toutes les femmes puissent prendre possesion d’une scène et se dire « même si je ne suis pas un mannequin, je peux montrer mon corps ». La mode passant, je n’ai pas envie qu’on garde du burlesque l’image de la « grosse tatouée qui enlève ses vêtements ». Même si je n’ai rien contre les grosses tatouées qui enlèvent leurs vêtements (rires). Le burlesque n’est pas que cela. Il faut créer une vraie discipline artistique, interessante, créative, étonnante, qui se renouvelle. Il ne faut pas s’enfermer sur le fait de « juste enlever son gant » !

 DES CONSEILS POUR CELLES ET CEUX QUI DESIRENT DEVENIR ARTISTE BURLESQUE ?

« C’est important de s’instruire »

J.D : Je leurs conseillerais d’apprendre la technique : savoir danser, jongler, faire du cirque, jouer la comédie. Et se documenter, se cultiver, voir beaucoup de films, aller dans les musées, lire des BD, avoir les références culturelles pour savoir ce à quoi ils peuvent rendre hommage. Parce qu’on ne peut rien inventer en 2013. Autant en être conscient plutôt que d’avoir l’impression d’être génial alors qu’on propose quelque chose qui a été fait 15 fois avant. En plus, aujourd’hui, nous avons youtube et google. Ils ont des défauts, mais ils sont des moyens extraordinaires pour avoir accès à plein de vidéos et de films gratuitement. J’ai 40 ans, quand j’ai commencé il y a 20 ans, il fallait que je traverse la ville à pied pour aller à la bibliothèque, qu’elle soit ouverte, que j’achète un livre ou que je fasse des photocopies. Il fallait que je commande des vidéos, et quand je ne trouvais pas ce que je voulais, je devais aller dans un vidéo club spécial, underground. C’était très compliqué, voire impossible en province. Aujourd’hui, peut-être que les jeunes ne se posent pas assez de questions. C’est un peu trop facile. Il y a des filles qui arrivent dans mon cours avec les cheveux longs bruns et une frange, et qui ne savent pas qui est Bettie Page. Je leur dis « Avec ta coupe de cheveux, t’es une copie de Bettie Page, et tu ne le sais même pas ! ». J’aime bien qu’un artiste soit un peu conscient de la sphère dans laquelle il évolue pour s’en inspirer et porter un flambeau qu’il développe. C’est important de s’instruire. Vous en sortirez forcément grandis !

Un très grand merci à Juliette Dragon pour cet échange et ce temps accordé entre les balances d’un spectacle.

Estelle

Welcome to the Paris Burlesque Festival !

Retrouvez toutes les informations sur le Paris Burlesque Festival, sur le site officiel. Suivez pas à pas les préparatifs sur le blog, soyez informés des mises à jour sur la page Facebook de l’évènement, en enfin : RESERVEZ VOS PLACES ! (elles partent comme des petits pains).

Intéressés par les cours ? Rendez-vous à l’Ecole des Filles de Joie, ou directement sur OnYdanse. Et relisez notre article : Réveillez la pin up en vous. 


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