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Mariage à la Tunisienne: Mode d'emploi !

Publié le 04 mars 2008 par Vaneoo
Il était une fois un jeune homme, la trentainne et toutes ses dents (pas trés blanches mais c pas le sujet) vigoureux etc...qui a envie de passer du statut de célibataire encore chez maman à celui de Monsieur avec Madame, au dessus de chez maman.
Au préalable, je tiens à souligner qu'en théorie, ceux sont les messieurs qui cherchent, pas les filles..et oui même si c permis par le coran (notre vénéré prophète a ainsi été demandé en mariage par sa première femmme, plus âgée que lui...), ben nous on préfère s'en tenir à la version de la belle au bois dormant!
Ben de deux choses l'une: ou c'est maman qui se charge du recrutement où c notre valeureux tunisien, qui n'écoutant que son courage et armé de son charme légendaire (quoiqu'un peu pénible par moment...), décide d'aller à la chasse, n'hésitant pas au passage à mettre tous ses potes sur le coup.
Quand une victime potentielle est repérée (durant un mariage, à la fac ou autre), on passe à la phase de l'analyse du CV et surtout encore plus important de l'arbre généalogique.
Et oui comme tous les tunisiens se considèrent irréprochables (illusion collective trés répandue en Tunisie), ils veulent que leurs futures épouses soient d'aussi noble lignée que celle du prophète.
Aussi notre sympathique tunisien va t il d'office éliminer les filles dont les parents sont divorcés, celles ayant des problèmes de santé, celles dont l'arrière grand oncle a fait de la prison, celle dont la cousine ou la grand mère a fauté etc...n'hésitant pas pour se faire à remonter jusqu'à deux générations en arrière...
Maman tunisienne veut ce qu'il y a de mieux pour son inestimable rejeton...donc seule la plus "vertueuse" de ces jeunes demoiselles (25 ans max) sera retenue.
Comme les temps sont durs et notre brave tunisien l'a trés bien compris, il faut une femme qui travaille, diplomée (mais pas plus que lui de préférence) et surtout qui rapporte du blé. Et bien évidemment, à l'image de leur maman (et oui oedipe et les tunisiens...c pas un mythe mais génétique), il faut qu'elle soit également une femme "de" foyer exemplaire...(épanouie ça c le cadet de ses soucis).
Donc une fois toutes ces étapes surmontées, on arrive aux choses sérieuses.
Notre tunisien, paré de ses plus beaux atours, accompagné de sa chère maman et d'un comité d'une dizaine d'experts encore plus impitoyable que le Jury de "la nouvelle star" (100 avis valant mieux que 10 en Tunisie), les bras chargés de présents (gâteaux plus un parfum...et encore) arrive chez sa belle avec cette phrase rituelle et trés explicite: "jainaikom bel 7seb we nseb...." ou bien "jainaikom 5atbin raghbin fi ben t el aala..." etc, pour le reste j'ai oublié..
Dans le cas où c'est positif, commencent alors de longues conversations téléphoniques (entrecoupées de timides gloussements) ou bien encore des petits rendez-vous dans de petits cafés..(dans une autre ville que celle dont sont originaires nos deux tourteraux) qui selon l'ouverture d'esprit locale, seront ou non accompagnés...
C'est la phase la plus romantique durant laquelle on va discuter du "comment tu m'as reperé" "qui t'as parlé de moi" "ben en fait moi aussi au mariage d'un tel je t'avais remarqué.." etc..., douce période durant laquelle on va se faire de belles promesses, se rendre des comptes sur tout et n'importe quoi, se congratuler, s'inventer une version commune concernant les modalités de la rencontre qui bien entendu est la plus originale, exceptionnelle, mémorable etc...
Tout ça durant un an en général...le mariage étant fixé au mois d'août, date des congés de la plupart des tunisiens et du retour des immigrés...
Durant cette "merveilleuse" période, notre tunisienne va être traitée comme une princesse et se comporter comme telle..cadeaux à toutes les fêtes (et attention notre brave tunisien a intéret à y mettre le prix...plus c'est cher, plus il est respecté), cadeaux que toutefois elle n'est pas en droit d'utiliser (on sait jamais, si finalement le mariage n'a pas lieu..faudra tout rendre!).
Parallellement, nos deux familles négocient les modalités du mariage, qui commence alors à ressembler à une transaction financière où tout le monde finanelment va être dépouillé.
Mademoiselle devra en effet apporter tout le mobilier,de l'assiette (attention service royale + semi royale + ménagère en inox bon marché mais néanmoins coûteuse etc..entassés depuis l'âge de 12 ans et donc forcément démodés) au canapé en passant par le meuble TV et les incontournables fleurs en plastique..voir même parfois avec la voiture.
Monsieur quant à lui a l'obligation d'apporter les bijoux aussi variés qu'inutiles, traditionnels et modernes...tout ça dans la perspective illusoire d'une vie ponctuée de fêtes et de réceptions....ainsi qu'une magnifique chambre à coucher, en bois de je sais pas quoi...avec l'innévitable coiffeuse!
Monsieur doit également verser une petite dote à la mariée...entre 1000 et 5000 dinards pour celles qui le valent le plus...comprenez celle dont les parents ont le mieux négocié..ainsi que fournir un ou deux moutons, voir un veau pour les plus "évolués" durant la semaine du mariage à la famille de la mariée, histoire de pouvoir nourir la moitiée des habitants de la ville (auto-invités).
Mais monsieur, quand même plus "malin" et "prévoyant" que madame, a pris soin sur les conseils avisés de sa chère mère, de construire son appartement au dessus de la villa de ses parents, avant le mariage.
Le calcul est simple:j'ai la maison, tu la meubles...
Le seul problème c qu'aprés si ça se passe pas bien...ben Monsieur garde sa maison dont la valeur n'aura, soit pas bougé soit pris une petite plus value...alors que madame elle pourra toujours récupérer ses supers meubles et fleurs en plastiques ne valant plus un clou...autrement dit ne lui restera plus que ses yeux pour pleurer.
Mais passons, en cette période heureuse, mieux vaut ne pas aborder les sujets qui fâchent, type contrat de mariage etc...il ne faut pas faire fuire "l'acheteur". En effet, déjà qu'il a fallu en passer par d'âpres discussions sur quelle coiffeuse prendre, combien on va mettre pour la location de la ou des robes...faut pas abuser.
Tout le monde se prépare alors à célébrer un mariage aussi innoubliable qu'épuisant..mais dont on sait déjà qu'il restera dans les annales (ce qui compte le plus c que tout le monde soit impréssionné...et oui intimité et sobriété c pas notre genre..c pour les bofs!).
Une fois la salle des fêtes, aussi banale qu'impersonnelle mais tellement à la mode, à l'hotel pour les chanceuses (style salle de conférence ou la clim est à fond et où on se les gelle!), municipale pour les autres, réservée, commencent alors les festivités:
- "outya" correspondant dans mon coin au jour de l'étallage du "zhez" de la mariée, emballé et exposé aux yeux de tous, avec présence de la fanfarre municipale..histoire que tout le monde soit bien témoin...témoins qui n'oublient pas leurs calcullettes (évaluation du montant du "z7ez" oblige)
- soir du henné (principal lieu de recrutement pour jeunes filles à marier)...avec nos illustres "machtaites" sans qui rien ne se fait, aussi redoutées que redoutables, spécialistes du "khamssai ou khmisse..7outé temchi ou 7outé tji" etc...
- soirée spéciale repas dans des plateaux en inox tout droit sortis de "prison break" avec ce que fait de mieux notre gastronomie: 1 morceau de tajine, un peu de slata méchouia, une sauce avec viande accompagée de 3 frites..1 gros morceau de pastèque tout ça dans une ambiance de cantine où règne la chaos...
- d'autres soirées qui servent pas à grand chose...sauf à dépenser encore un peu plus l'argent qu'on a pas
- puis arrive enfin le grand soir!:
Et voiçi nos deux amoureux (enfin dans le meilleur des cas) royalement installés sur leur trône. La "blanche" mariée dans un magnifique deux pièces brillant de mille feux (décoltée plongeant obligatoire..maintenant tout est permis!) lui en costume cravate (les noeuds papillon c'est pour les pédales!) contemplant et contemplés par une assemblée de 500 convives au bas mot; composée de femmes ultra maquillées, confondant soirée de mariage et carnaval (1demi kilo d'or minimum par tête), aussi admiratives que médisantes, hommes à peine rasés...et n'oublions pas les enfants qui courent dans tous les sens (et notamment le petit garçon qui vient de se faire circoncir!)
Notons au passage que plus les protagonistes sont aisés et plus y aura d'alcool servi plus ou moins clandestinnement...tout ça alors que l'orchestre interprète des chansons telles que "aala Mouhamed, yai men hidar sali" etc...tout ceci jusqu'à deux heures du matin grand maximum...
Au final, la fête sera réputée réussie si y a plein de gens, un cortège qui n'en fini pas avec plein de voitures haut de gamme (réquisitionnées pour la circonstance)..ainsi qu'un super concours de danse orientale durant le grand soir.
Bref vous l'aurez compris, la devise ou plutôt precept "aarssou fo9ara yaghnikom Allah" c pas du tout à la mode en tunisie..
Résultat:
Première semaine..voir premier mois, bonheur sans nuage...
Au delà, les masques commencent à tomber...on commence à faire les comptes.
Heureusement, reste les 5%!!
PS: j'ai volontairement zappé le "prés mariage" ou fiançailles, j'y reviendrais une autre fois.
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