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Bernard Maris, les taxis et les économistes atterrés

Publié le 18 octobre 2013 par Edgar @edgarpoe

Bernard Maris c'est le gars qui défend maintenant régulièrement la décroissance, sur France Inter.

C'est un professeur d'économie qui s'est fait connaître pour ses critiques de l'économisme.

J'ai l'impression qu'il vit sur une autre planète ce brave homme.

Je l'entendais ce matin gloser sur les taxis, qui refusent que l'on autorise des sociétés à les concurrencer (les véhicules de tourisme avec chauffeur).

Donc cet adepte de la décroissance s'adressait à l'animateur : "vous êtes allés à New York, naturellement, tout le monde est allé à New York". Déjà ça sonnait un peu comme Séguela et son "si t'as pas une Rolex à 50 ans c'est que tu as raté ta vie". J'aurais pensé qu'un décroissant pouvait souffrir que tout le monde n'aille pas à New York, rapport au CO2 et tout ça... Et qu'un économiste de gauche puisse se souvenir que tout le monde ne part pas en vacances, et encore moins à New York.

Passons.

Maris défendait donc l'idée que les taxis s'opposent illégitimement à une réforme qui permettrait aux décroissants d'aller plus vite à leurs rendez-vous d'affaires. Pour lui les taxis, via le numerus clausus, bénéficient d'une rente illégitime (contraire à la loi Le Chapelier de 1791 selon lui- fort libérale, puisqu'elle interdisait les syndicats, les grèves et les mutuelles).

Il oublie un peu vite que bien des artisans taxis ont dû payer leur "plaque" comme ils disent (actuellement la plaque se trouve à 120 000 €), bien peu l'ont obtenue pour rien. Pour nombre d'entre eux, c'est un investissement, en début de carrière, et un complément de retraite important en fin de carrière.

Autoriser les VTC c'est en réalité transférer la valeur de ces plaques aux sociétés de VTC, souvent fortement capitalisées par capital-risqueurs.

Donc l'alter Bernard Maris, probablement sans bien s'en rendre compte tant cela n'est pas du niveau de quelqu'un qui pense que tout le monde va, est allé ou ira à New York, souhaite déshabiller l'artisan au profit de sociétés capitalistiques. Certes, il existe aussi des sociétés de taxis capitalistiques, mais le minimum que l'on attendrait de la gauche alter, c'est de se soucier un peu des réalités.

Ceci n'est qu'une anecdote. Mais l'enjeu est le même pour la réflexion sur l'Europe. Je lis dans Mediapart que les économistes atterrés se disputent sur l'attitude à adopter par rapport à l'Europe : "Voici, en peu de mots, l'alternative : faut-il, pour provoquer la rupture, imaginer un fédéralisme européen d'un autre genre, plus démocratique, ou au contraire, revenir à la case départ, celle de l'État-nation, la seule à même de redonner des marges de manœuvre pour une politique de gauche ?"

L'article distingue trois attitudes chez les atterrés :

- les ravis de la crèche (c'est moi qui les appelle ainsi, révélant certes un parti-pris connu de mes lecteurs), qui estiment qu'il nous faut plus d'Europe et espèrent un keynésianisme fédéral... ;

- les ni-ni : c'est le marais, ceux qui estiment que l'Europe n'est pas crédible et refusent d'autres "avancées" fédérales, mais ne veulent pas le retour aux nations. Laissons les réfléchir encore un peu ;

- les réalistes : ceux qui estiment qu'au vu de l'ensemble de son oeuvre, l'UE fait plus de mal que de bien et que donc il faut tabler sur une renationalisation des politiques économiques, et en finir avec l'euro.

Pour une bonne part, la façon dont la gauche alter, de Maris aux atterrés, évoluera par rapport au problème européen, commande l'espace qui est laissé au Front National. Que les alters continuent à rêver d'une Europe keynésienne et le FN continuera sur son boulevard, qu'ils imposent une opposition à l'euro et la donne pourra changer.


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