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Pierre desproges se donne en spectacle (part2) Je hais les cintres

Publié le 05 mai 2008 par Didoun
Je continus mon voyage chez "Pierre Desproges" et vous met un petit texte que j'aime assez .... bien sûr, il faut aimer l'humour caustique et décaler ..... suivrons les parties 3, 4, 5 de sont spectacle... quand on aime on ne compte pas .....!!!!     Biographie de Pierre Desproges Avant d'entamer une carrière journalistique, Pierre Desproges multiplie les expériences professionnelles : vendeur d'assurance vie, directeur commercial d'une société, pronostiqueur. Ce n'est qu'au sein du journal L'Aurore qu'il révèle ses talents en tant que journaliste stagiaire. Il y lance d'ailleurs une nouvelle chronique dont le principe repose sur la reprise d'informations d'actualité accompagnée de quelques commentaires personnalisés. Ambitieux, il souhaite intégrer le monde du petit écran, volonté qu'il concrétise sur Antenne 2 dans une émission de Jacques Martin, 'Le Petit Rapporteur'. Pierre Desproges apparaît également sur scène lors de la première partie du spectacle de Thierry Le Luron à l'Olympia. Cette rencontre le mène sur les ondes de France Inter dans 'Le Luron de Midi'. Il revient entre-temps sur la scène en 1984 lors de son premier one-man show au théâtre Fontaine, qu'il emmène un peu partout sur les routes de France pour plus de 200 représentations. En 1986, il présente chaque jour ses 'Chroniques de la haine ordinaire', émission qu'il tiendra deux ans durant. Toujours sur les planches de France et de Navarre en 1987, Pierre Desproges s'éteint en avril 1988 des suites d'un cancer. O vertige de la penderie béante sur l'alignement militaire des pelures incertaines aux senteurs naphtalines... Je hais les cintres. Le cintre agresse l'homme. Par pure cruauté. Le cintre est le seul objet qui agresse l'homme par pure cruauté. Le cintre est un loup pour l'homme.  Il y a des objets qui agressent l'homme parce que c'est leur raison d'être. Prenez la porte. (Non. Ne partez pas. C'est une façon de parler.) Prenez la porte. Une porte. Il arrive que l'homme prenne la porte dans la gueule. Bon. Mais il n'y a pas là la moindre manifestation de haine de la part de la porte à l'encontre de l'homme. L'homme prend la porte dans la gueule parce qu'il faut qu'une porte soit ouverte, ou bleue. Le cintre, lui, est foncièrement méchant. Personnellement, l'idée d'avoir à l'affronter m'est odieuse. Il arrive cependant que la confrontation homme-cintre soit inévitable. Quelquefois, plus particulièrement aux temps froids, l'envie de porter un pantalon se fait irrésistible. L'homme prend alors son courage et la double porte du placard à deux mains. Il est seul. Il est nu. Il est grand. Son maintien est digne, face au combat qu'il sait maintenant inéluctable. Son buste est droit. Ses jambes, légèrement arquées. Ses pieds nus arc-boutés au sol. Comme un pompier face au feu, il est beau dans sa peur. Les portes du placard s'écartent dans un souffle. Les cintres sont là, accrochés à leur tringle dans la pénombre hostile. On dirait un rang de vampires agrippés à la branche morte d'un chêne noir dans l'attente silencieuse du poulain égaré au tendre flanc duquel ils ventouseront leur groin immonde pour aboucher son sang clair en lentes succions gargouillées et glaireuses, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Cependant, l'attitude de l'homme n'est pas menaçante. Simplement, il veut son pantalon.  Le gris, avec des pinces devant et le petit revers.  L'oeil averti de l'homme a repéré le pantalon gris. Il est prisonnier du troisième cintre en partant de la gauche. C'est un cintre particulièrement dangereux. Sournois.  Oh. Il ne paie pas de mine. En bois rose, les épaules tombantes, il ferait plutôt pitié.  Mais regardez bien son crochet. C'est une poigne de fer. Elle ne lâchera pas sa proie.  L'homme bande. Surtout ses muscles.  Il avance d'un demi-pas feutré, pour ne pas éveiller l'attention de l'ennemi. C'est le moment décisif. De la réussite de l'assaut qui va suivre dépendra l'issue du combat. Avec une agilité surprenante pour un homme de sa corpulence, l'homme bondit en avant.  Sa main gauche, vive comme l'éclair, repousse le cintre pendu à gauche du cintre rose, tandis que sa main droite se referme impitoyablement sur ce dernier. La riposte du cintre est foudroyante. Au lieu d'accentuer sa pression sur la tringle, il s'en échappe brutalement, entraînant dans sa chute le pantalon, le gris, avec les pinces devant et le petit revers, celui-là même que l'homme veut ce matin parce que, non, parce que bon.  A terre, le cintre rose est blessé.  Rien n'est plus dangereux qu'un cintre blessé. Dans son inoubliable "J'irai cracher sur vos cintres", Ernest Hemingway n'évite-t-il pas d'aborder le sujet ? Un silence qui en dit long, non ? L'homme, à présent, est à genoux dans le placard. De sa gorge puissante monte le long cri de guerre de l'homme des penderies. "Putain de bordel de merde de cintre à la con, chié." Le cintre rose a senti le désarroi de l'homme. Il va l'achever. Il s'accroche dans le bois d'un autre cintre tombé qui s'accroche à son tour dans la poignée d'une valise. Il fait noir. La nuit, tous les pantalons sont gris. L'homme, vaincu, n'oppose plus la moindre résistance. Le nez dans les pantoufles, il sanglote, dans la position du prieur d'Allah, la moitié antérieure de son corps nu prisonnière du placard, l'autre offerte au regard de la femme de ménage espagnole. Il souffre. Quelques gouttes de sueur perlent à sa paupière. Il n'est qu'humilité, désespoir et dégoût. Quelques couilles de plomb pendent à son derrière. Il a soif, il a froid, il n'a plus de courroux. "Donne-lui tout de même un slip", dit mon père. Pierre Desproges : Textes de scène

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