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Chercher la petite bête...

Publié le 06 mai 2008 par Chantal Doumont

Chercher la petite bêteChercher la petite bête dans les cheveux des momies !

Pour retracer l'histoire des épidémies dans le monde, une équipe de chercheurs français traque les micro-organismes et les parasites fossiles. Dernier fait d'armes: en épouillant les momies précolombiennes, elle vient de prouver que Christophe Colomb n'aurait pas introduit les poux de corps sur le continent américain. 

Il y a les agaçants mais inoffensifs poux de tête et les virulents poux de corps, capables de transmettre de graves maladies comme la fièvre des tranchées ou le typhus. Mais s'ils sont très répandus, l'histoire de ces parasites et des maladies qu'ils véhiculent reste mal connue. Ainsi, les données génétiques laissent supposer que les poux de corps ont été introduits en Amérique par les colons européens et qu'ils sont devenus, lors d'une rencontre fortuite avec des bactéries de la famille des rickettsies, vecteurs du typhus. Or, des chercheurs français et américains viennent de montrer que cette famille de poux était présente sur le continent américain bien avant l'arrivée de Christophe Colomb. Comment l'ont-ils découvert ? Grâce à l'analyse génétique de poux fossiles retrouvés sur des momies péruviennes mortes il y a plus de mille ans. 

Il existe en fait trois groupes de poux. Le groupe A, présent dans le monde entier, réunit des poux de tête et des poux de corps. Le groupe B – rencontré en Amérique, en Europe et en Australie – et le groupe C – identifié uniquement au Népal et en Éthiopie – ne comptent que d'inoffensifs poux de tête. "Selon les données génétiques, l'hypothèse la plus répandue consiste à dire que tous les poux du continent américain étaient initialement du groupe B et que les poux du groupe A ont été introduits par les Européens lors de la conquête de l'Amérique", explique Didier Raoult, directeur de l'unité des Rickettsies (1). En effet, la colonisation du Nouveau Monde a provoqué de nombreuses migrations d'agents pathogènes. Les Européens ont importé en Amérique les virus de la rougeole et de la variole mais aussi les bactéries de la peste et du choléra. Il était donc plausible que les poux de corps (du groupe A donc !), qui sévissaient déjà en Europe, aient également fait partie du voyage. 

Pour le vérifier, l'équipe de Didier Raoult s'est mise à la recherche de momies de l'époque précolombienne. Les poux sont des parasites très communs et très tenaces ; il est donc courant d'en retrouver dans les habits, et plus souvent dans les cheveux des momies. "Certaines en sont même recouvertes !", remarque Didier Raoult. En relation avec des archéologues péruviens (2), les chercheurs n'ont pas tardé à entendre parler de momies précolombiennes de plus de mille ans, extrêmement bien conservées et... avec des poux ! 

Plusieurs de ces petites bêtes ont été prélevées sur les cheveux des momies, congelées puis envoyées aux chercheurs afin qu'ils puissent analyser certains gènes caractéristiques. "L'ADN des poux fossiles est toujours un peu fragmenté mais nous avons réussi à avoir exactement les mêmes séquences d'ADN sur cinq poux différents, indique Didier Raoult. Et il s'agissait de poux du groupe A." Contre toute attente, les poux de tête et de corps du groupe A étaient donc présents en Amérique bien avant l'arrivée des Européens. "Ces poux auraient été apportés en Amérique du Sud par les premiers habitants, qui ont traversé à pied le détroit de Béring – alors une bande de terre ferme –, il y a plus de dix mille ans", imagine Didier Raoult. Mais si les navigateurs européens sont disculpés quant à l'introduction des poux de corps en Amérique, ils pourraient bien avoir ramené le typhus et son nouveau vecteur sur le vieux continent. 

Notes:

(1) Laboratoire CNRS / Université Aix-Marseille-II.

(2) L'équipe de Sonia Guillen, du Centro Mallqui, à Lima.

techno-science.net


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