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[J'ai joué à] Beyond Two Souls

Publié le 15 novembre 2013 par Linanounette @Linanounette

Certains l’attendaient avec appréhension, d’autres avec envie pour ma part je ne l’attendais pas du tout… Et pourtant, malgré cette absence d’intérêt particulier, ce jeu a quand même réussi à me décevoir à tel point qu’il est bien parti pour se retrouver en lice pour être le pire jeu auquel j’ai joué cette année.

Ce titre c’est Beyond: Two Souls, la nouvelle superproduction des studios Quantic Dream qui se vante d’avoir pour incarner ses personnages principaux des comédiens connus à savoir  Ellen Page and Willem Dafoe.

Malheureusement cela n’a pas suffit à sauver le dernier titre de David Cage du naufrage. Après une dizaine d’heures de jeu, un bilan s’impose à moi: je n’ai pas pris de plaisir à jouer à Beyond: Two Souls. Au contraire j’ai plutôt vécu une expérience pénible avec le dernier titre de David Cage. Un titre qui réussit l’exploit d’être frustrant dans son gameplay et pédant dans son discours. Portrait d’un objet vidéoludique non identifié que je qualifierai d’accident industriel.

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Pour remettre un peu les choses dans leur contexte, j’avais joué à Heavy Rain et si j’en garde actuellement plutôt un mauvais souvenir (le twist de fin étant honteusement bancal…alors que jusque là le jeu fonctionnait correctement) quand je relis le test que j’avais écris à l’époque et qui a été republié par les amis du site Archaic, je remarque, qu’à chaud, l’expérience m’avait plutôt amusée. Je dois même reconnaître que j’avais fait le jeu presque d’une traite pour connaître le fin mot de l’histoire de ce tueur aux origamis.

Avec Beyond: Two Souls, il en est tout autrement. Pour être honnête, j’ai même failli lâcher le jeu avant sa fin tellement le jeu m’ennuyait (au mieux) ou m’énervait (au pire).  A titre d’information, j’ai joué à Beyond en coop avec ma moitié. Son verdict est  sans appel « Putain que ce jeu est chiant ». Pour ce qui me concerne j’alternais entre indifférence, frustration et dépit. A la fin j’ai même réussi à arriver à la dernière phase du deuil: l’acceptation.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, Beyond vous propose d’incarner (de suivre plutôt) les aventures de Jodie (Ellen Page donc) de son enfance à sa vie d’adulte mais de façon non linéaire. Jusque là rien de très excitant sauf que cette jeune femme n’est jamais vraiment toute seule. En effet, depuis son enfance elle est accompagnée par une entité Aiden qui liée à elle peut l’aider ou encore perturber sa vie et notamment ses interactions avec les autres… Bien sûr cette capacité ne passera pas inaperçue et les adultes auront vite fait d’essayer d’exploiter le don de Jodie pour leur propre intérêt..

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Par souci d’honnêteté intellectuelle,  je dois reconnaître que le jeu ne démarre pas trop mal et que l’on s’attache rapidement à Jodie cette petite fille « spéciale » dont l’enfance se retrouve volée par des adultes avides d’en faire un atout stratégique pour le gouvernement.

Je trouve d’ailleurs que de la relation entre Jodie et son « gardien » Aiden  ressort en quelque sorte une certaine tendresse plutôt touchante qui n’a pas besoin de mots ou d’actes pour s’exprimer (Aiden ne parle pas mais communique directement par la pensée avec Jodie). Lorsque la jeune fille est en difficulté et que l’on incarne Aiden on ressent toute l’urgence qu’il y a à aider sa protégée ou la rage de l’entité lorsque celle-ci est victime d’actes totalement injustes (d’autres adolescents par exemple).

En fait, à mon avis, ce qui pêche dans Beyond c’est le manque de talent de David Cage pour raconter des histoires. S’il est doué pour mettre en place des ambiances, créer des univers ou développer des thématiques différentes de ce dont on a l’habitude dans le jeu vidéo, à mon sens il ne sait tout simplement pas raconter des histoires. Cela s’était vu dans le twist d’Heavy Rain, encore une fois dans Beyond, on est régulièrement consterné par la mise en scène des différents chapitres: effets trop appuyés, scènes totalement inutiles au récit (oui je pense à l’épisode chez les Navajos), montage déconstruit qui, au final, ne sert pas vraiment à grand chose… si ce n’est à se demander quand le calvaire va t’il réellement se terminer.

En d’autres termes plus que d’éprouver de l’empathie avec les personnages ou de ressentir des émotions en jouant à Beyond l’on reste extérieur à tout cela parce que tout simplement on voit les grosses ficelles du jeu dont le scénario (qui développe tout de même des idées intéressantes) est plus proche d’un nanar que celui d’un grand film.

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Le plus frustrant c’est que de temps en temps, ici et là on se dit « ah oui c’est pas mal ça l’idée est intéressante, l’émotion est là« , il s’agit d’ailleurs généralement des scènes entre Aiden et Jodie [attention spoiler] Par exemple  lorsque celle-ci est faite prisonnière et que Aiden, bloqué derrière un champs de confinement doit essayer de la secourir, on ressent une certaine urgence, une certaine anxiété de l’entité [fin du spoiler]. Malheureusement ces moments sont beaucoup trop rares et du coup, sans le vouloir, j’ai très souvent décroché de l’histoire surtout quand celle-ci aligne les poncifs.

Par ailleurs, le gameplay fait tout ce qu’il peut pour vous sortir du jeu en rendant le joueur moins acteur que témoin passif des aventures de Jodie (qui parfois n’a besoin de personne pour avancer). Le jeu comporte en effet beaucoup de QTE assez peu inspirés qui comportent le risque de sortir facilement le joueur de l’action.

De même, le côté hyper rigide et dirigiste des niveaux est tout simplement consternant. A titre d’exemple, à un moment de l’aventure, Jodie, devenue SDF doit trouver de l’argent pour se nourrir, jusque là pas de problème si ce n’est que le niveau se déroule sur un petit bout de trottoir duquel il est impossible de partir. Essayez de traverser la rue et vous repartirez dans l’autre sens… Je suis consciente que Beyond n’est pas un jeu en monde ouvert mais à un moment l’on ne se retrouve même plus dans un couloir mais dans un trou de souris. Au final on finit presque par appuyer sur les boutons de façon totalement détachée en attendant que le temps passe avec la désagréable impression de se retrouver face à un jeu qui méprise le joueur. Les phases avec Aiden, quoique sympathiques d’un premier abord (surtout si l’on aime faire des dégâts) ne guère plus excitantes car trop répétitives. Certaines scènes sont sympathiques et la possibilité de posséder d’autres êtres humains donne un peu de piment mais c’est vraiment trop peu pour accrocher réellement sur la durée.

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Enfin, on ne peut parler de Beyond sans s’interroger sur  l’aspect cinématographique du titre de Quantic Dream. Le studio axe une partie non négligeable de sa promotion sur la présence d’acteurs connus, avec en tête Ellen Page qui ma foi, tient le jeu du bout des bras. Néanmoins si l’on doit saluer le soin apporté à l’ambiance et la réussite technique du titre en terme de photoréalisme, il m’a semblé que ce même photoréalisme  est aussi un obstacle à la diffusion d’émotions dans le titre.

Je m’explique. Même avec de gros moyens de capture d’image et des acteurs talentueux, il me semble que la technologie actuelle ne fait pas encore passer les émotions aussi bien que le cinéma où le langage corporel s’exprime de façon plus fine que dans le jeu vidéo. Il en résulte une sorte de froideur dans certaines scènes pourtant supposées émotionnellement fortes (je ne parle même pas de la scène d’accouchement qui est en plus plombée par son gameplay).

Ainsi lors des scènes plus romantiques, les personnages, au lieu de faire passer des émotions telles que la tendresse, l’amour ou encore le désir lorsqu’ils s’embrassent, ressemblent plutôt à des robots désarticulés. Dès lors, ces scènes plutôt « chaleureuses » donnent un sentiment presque de malaise et un ressenti de froideur.

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Au final, il n’est jamais bon signe de sentir un vrai soulagement une fois un jeu fini. C’est pourtant l’émotion qui m’a étreinte à l’arrivée de la cinématique de fin de Beyond: Two Souls, un jeu auquel je n’aurai finalement pris que très peu de plaisir à jouer. Maladroit sur le fond et peu inspiré sur la forme, le dernier titre de Quantic Dream m’apparait comme un  vrai ratage en règle et entre en lice pour obtenir le titre peu flatteur de pire jeu de l’année.

Beyond  Two Souls est vendu une cinquantaine d’euros dans toutes les bonnes crémeries.


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