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Prérégrination

Publié le 26 novembre 2013 par Jlhuss

Pérégrination 2Je veux aujourd’hui célébrer la mémoire de Fernåo Mendes Pinto. Né en 1510, ce Portugais vécut soixante treize ans de plus. Il n’y a pas très loin de de Montemor-oVelho  près de Coimbra,où il vint au monde à la petite cité d’Almada, en face de Lisbonne, où il mourut. Pourtant, pour aller de l’une à l’autre de ces villes, Fernåo a parcouru des milliers de kilomètres.

À vingt sept ans, après quelques années passées au service de quelques nobles locaux dont le Maître de l’ordre de Santiago, il s’est embarqué pour les Indes Orientales. On sait qu’il avait une vaste culture, mais il n’avait peut-être pas lu Sénèque. Une chose est sûre : si il l’a fait, il n’a pas suivi les leçons. En effet, pendant la vingtaine d’années qui suivront son départ du Portugal, il n’a cessé de bourlinguer. De l’Arabie à l’Abyssinie, de l’Inde à la Chine, du royaume de Pegu au Japon et du Vietnam à l’Indonésie, il n’a cessé de courir après une fortune qu’il a trouvée et perdue à plusieurs reprises. Marchand à la mode du temps, ses petits et gros trafics ne l’ont pas empêché d’être successivement et, parfois, simultanément, pirate, trafiquant, mercenaire, ambassadeur ou esclave.

Caravelles, boutres, lancharas, praos ou jonques, de la mer Rouge à la mer de Chine, il a navigué sur toutes les variétés possibles d’embarcations. En conséquence entre typhons imprévus, écueils non répertoriés et bancs de sable inattendus, il a expérimenté toutes les façons connues de faire naufrage. Ces vicissitudes n’ont pas pu l’arrêter : il aimait trop l’aventure. Quand, sa soif de richesses et de respectabilité apaisée, on pouvait le croire calmé, l’arrivée en Inde de François Xavier lui a fournit un excellent prétexte pour reprendre la mer. De négociant, il s’est fait novice chez les jésuites et il a accompagné le saint navarrais jusqu’au Japon.

Voilà, j’espère, de quoi vous donner envie de lire l’histoire de sa vie qu’il a écrite dans ses vieux jours. Elle porte le beau titre de Pérégrination. Le bruit et la fureur n’y manquent pas mais on y trouve aussi de beaux exemples de courage et d’humanité. Fernåo ne méprise ni les peuples ni les personnes. Chrétien, bien sûr, et catholique, il n’est pas de ceux qu’effleure le doute. Mais sa foi ne l’aveugle pas. Il se sait pécheur et il accepte sans rechigner les leçons que lui administrent des bonzes ou des mandarins qui le mettent en face de la contradiction qu’il y a à prétendre servir le Dieu de l’Univers en massacrant ses créatures.

Peut-être a-t-il embelli la réalité. Comment lui en vouloir ? Il est permis de mentir un peu quand, comme lui,on est allé aussi loin. Ouvrez donc Pérégrination et embarquez avec Fernåo Mendes Pinto. Vous ne le regretterez pas. Dans ses pages on sent l’odeur des épices et des aromates. On entend le grondement des vagues et le froissement des épées. On voit les armées s’affronter et les royaumes se défaire. On tremble à l’approche des tempêtes et on exulte en arrivant à bon port. On jette l’or par les fenêtres à Malacca et on mendie une sapèque à Nankin. La vie est là, ni simple ni tranquille, mais, à coup sûr, passionnante.

 CHAMBOLLE

prérégrination
Fernåo Mendes Pinto, Pérégrination, traduit par Robert Viale Editions de la Différence


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