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Chronique politique du perou, novembre 2013. la question des droits humains sur le devant de la scene politique. 10 ans de la commission de verite et reconciliation, changement de gouvernement, corruption et retour de fujimori a la politique nationale

Publié le 29 novembre 2013 par Slal

CHRONIQUE POLITIQUE DU PEROU, NOVEMBRE 2013 LA QUESTION DES DROITS HUMAINS SUR LE DEVANT DE LA SCENE POLITIQUE. 10 ANS DE LA COMMISSION DE VERITE ET RECONCILIATION, CHANGEMENT DE GOUVERNEMENT, CORRUPTION ET RETOUR DE FUJIMORI A LA POLITIQUE NATIONALE

Mariella Villasante Cervello
Anthropologue, IFEA et IDEHPUCP
[mariellavillasantecervello@gmail.com]

La question des droits humains s'est imposée sur la scène politique depuis le mois d'août, au moment où la Commission de la vérité et la réconciliation (CVR) fêtait ses 10 ans ; elle a pourtant été affectée par la nomination, le 1er novembre, d'une parlementaire fujimoriste, Martha Chávez, à la présidence de la Commission des droits humains du Parlement péruvien. La situation a paru particulièrement incongrue et honteuse pour le pays et pour le Parlement, lorsqu'on sait que le parti de l'ancien dictateur Alberto Fujimori, Fuerza popular, n'a cessé d'attaquer le travail de la CVR, et de nier les faits de violence et les responsabilités pénales établies à l'encontre des responsables civils et militaires des violations des droits humains pendant la guerre interne (1980-2000). Loin de n'émouvoir que la seule population, cette nomination a également soulevé l'indignation des autorités civiles et ecclésiastiques qui se sont prononcées pour son annulation. Finalement, le vote a été annulé pour absence de quorum.

L'ancien dictateur Fujimori a choisi ce moment de tension pour amorcer, le 7 novembre, son retour en politique en accordant depuis sa prison un entretien à une radio locale, et en s'exprimant comme un politicien en campagne en pleine forme pour apporter son soutien à Martha Chávez. Le 16 novembre, il a donné un second entretien. Il encourt ainsi de graves sanctions pour avoir défié les autorités nationales et les règles qui régissent la conduite des prisonniers. Le choix de Fujimori surprend d'autant plus qu'il affronte un nouveau procès pour le détournement de deniers de l'État lors du financement de sa campagne électorale entre 1997 et 2000, par le biais des journaux à sensation, qu'on appelle la prensa chicha. En septembre, Fujimori avait demandé son assignation à résidence à son domicile de Lima en arguant, comme pour sa demande d'amnistie, de « problèmes de santé ». La demande a toutefois été rejetée par le juge Morales de la Cour suprême. Ce rejet et l'ouverture d'un nouveau procès contre Fujimori n'ont pas empêché sa fille Keiko de poursuivre sa campagne électorale en province en vue des élections de 2016. Il faut dire qu'Alejandro Toledo, lui-même mis en examen pour enrichissement illicite, n'a pas hésité à annoncer sa candidature à la présidence en septembre. De son côté, Alan García, qui affronte une commission parlementaire pour enrichissement illicite, a continué à accuser le gouvernement de s'acharner contre lui pour l'empêcher d'être candidat. Les positionnements pour 2016 s'affirment donc en cette fin d'année 2013.

A la mi-novembre, un grave scandale de corruption (la protection offerte par la police à un ancien collaborateur de Montesinos) a provoqué la démission du ministre de l'Intérieur, du conseiller du président Adrian Villafuerte, et de plusieurs officiers de la police nationale. La crise est en cours actuellement, et une enquête du Ministère public a commencé.

D'autre part, les réformes entreprises par le gouvernement, notamment dans les domaines du service civil, des mines et de l'éducation, ont continué de susciter des protestations et des grèves, faisant chuter la popularité du président Humala à 23%. Dans ce contexte, et dans le but de redynamiser le gouvernement, Humala a nommé un nouveau Premier ministre, le quatrième depuis son accession au pouvoir, le président de la région de San Martín, César Villanueva, homme politique respecté et proche de Susana Villarán, la maire de Lima.

Autre anniversaire de cette période, celui de la capture d'Abimael Guzmán, le chef sanguinaire du Parti communiste du Pérou, Sentier Lumineux, le 12 septembre 1992. L'occasion a été saisie par la communauté universitaire pour manifester son intention de mettre en échec les néo-senderistes du parti MOVADEF au cours de débats idéologiques [voir la Chronique de janvier 2013].

La lutte contre la subversion dans la région amazonienne du VRAEM a fait un grand pas en avant avec l'élimination de deux dirigeants du clan des frères Quispe Palomino, camarada Alipio et camarada Gabriel, le 11 août. L'opération, dite Caméléon, fut une réussite grâce à la collaboration efficace des forces armées et de la police. Cette opération a pourtant été entachée par le bombardement « par erreur » de la localité Nueva Esperanza (Satipo, Junín) le 16 octobre, qui a provoqué la mort d'une personne, fait plusieurs blessés, et détruit de nombreuses habitations.

D'autre part, les préparatifs de la mise en place de la Ley de consulta previa ont avancé avec la publication de la base des données sur les peuples indigènes (dont 48 amazoniens et 4 andins) par le ministère de la Culture en octobre (voir : http://www.justiciaviva.org.pe/notihome/notihome01.php ?noti=1197) . Dans ce contexte, les dirigeants des quatre bassins affectés par la pollution pétrolière (Pastaza, Corrientes, Tigre et Marañón) se sont réunis pour la première fois, début octobre, avec le représentant du gouvernement, Vladimiro Huaroc (Voir http://www.larepublica.pe/04-10-2013/pueblos-indigenas-y-pcm-dialogaran-en-mesa-de-desarrollo). De son côté, Beatriz Merino, ancienne Défenseur du peuple, s'est prononcée pour cette loi qu'elle considère indispensable pour garantir le développement durable des communautés indigènes du pays, comme c'est le cas en Colombie, au Canada, en Nouvelle Zélande et en Australie. Merino précise que la loi n'est pas « mauvaise » pour l'investissement des entreprises, comme le pensent les hommes d'affaires ; et qu'elle n'implique pas non plus que les communautés indigènes disposent d'un droit de veto à l'encontre de projets d'exploitation des ressources naturelles, comme certains dirigeants natifs le prétendent. Il s'agit d'établir le dialogue et les négociations entre les investisseurs et les communautés soutenues par l'État (Voir http://www.larepublica.pe/19-10-2013/beatriz-merino-la-consulta-previa-es-una-herramienta-para-el-desarrollo).

Cela étant, des problèmes persistent dans la mise en place de la Ley de consulta previa. Il existe en particulier un problème de gestion gouvernementale dans la mesure où le vice-ministère de l'Interculturalité, dépendant du ministère de la Culture, a changé trois fois de directeur depuis sa création en 2011. Vicente Otta fut démis de ses fonctions en octobre 2011, avec Raquel Yiroyen, chef de l'INDEPA ; Iván Lanegra fit approuver le règlement de la loi en avril 2012 et il élabora la base de données des peuples indigènes, avant de démissionner à la suite des déclarations du président Humala, le 28 avril, affirmant que les communautés andines étaient des communautés agraires, niant leur caractère indigène. Cette position est étrange car l'État reconnaît devant les organismes internationaux comme l'OIT que le caractère indigène des communautés paysannes. Enfin, Paulo Vilca, a été confirmé dans sa fonction le 1er juin dernier. De fait, le retard pour la mise en application de la loi a été critiqué par l'OIT et par la Coordinadora nacional de derechos humanos (CNDH), car selon l'OIT, la base des données (dont le retard de la publication était présentée comme cause du retard de la mise en application de la loi) n'est pas indispensable pour effectuer la consultation. Il suffit qu'une mesure affecte des peuples indigènes pour qu'on puisse recourir à cette dernière (Voir http://www.larepublica.pe/09-08-2013/consulta-previa-entrampada-al-no-reconocerse-a-pueblos-andinos). Rocío Silva Santisteban, présidente de la CNDH, a suggéré le 13 octobre qu'il était indispensable de renforcer les liens institutionnels entre l'État et les communautés indigènes par la création d'un ministère d'Affaires indigènes, la structure actuelle n'incluant pas de représentation des peuples indigènes du pays (La República du 13 octobre). Pour finir, le 21 octobre, le premier ministre Jiménez, en visite dans le district d'Echarate (La Convención, Cusco), a demandé « pardon, au nom de l'État, aux communautés originaires pour les avoir abandonnées et pour ne pas avoir résolu leurs problèmes ». Il a promis que le gouvernement du président Humala ferait tout pour changer cette situation dans les meilleurs délais. Espérons que ces paroles ne seront pas vaines.

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Dirigeants de Loreto à Lima pour discuter de la Ley de consulta previa, Archives de La República

Un contexte politique marqué par le changement de premier ministre et la poursuite des politiques internationales

Le président Humala et son ancien premier ministre Juan Jiménez, avaient lancé un processus de dialogue avec les partis de l'opposition en août dernier en vue de construire un agenda commun autour des problèmes de sécurité, de corruption, de développement et d'inclusion sociale. Au début octobre, les trois principaux partis de l'opposition, APRA, Fuerza popular (Fujimori) et Perú posible (Toledo) s'étaient retirés de la table de négociation pour protester contre les déclarations du président Humala sur l'impartialité de la justice relative aux mises en examen des chefs de l'opposition actuelle, Alan García, Keiko Fujimori et Alejandro Toledo (Voir http://www.larepublica.pe/02-10-2013/ollanta-humala-sobre-toledo-garcia-y-fujimori-nadie-tiene-corona et http://www.larepublica.pe/04-10-2013/el-apra-peru-posible-y-los-fujimoristas-se-retiran-del-dialogo-nacional) . Après la nomination du nouveau premier ministre, les partis en question ont accepté la demande de César Villanueva de reprise du dialogue. Un consensus est apparu tout au long des conversations préalables autour de l'importance de la question de la sécurité, de la relance de l'économie dans le secteur des investissements et de la lutte anti-corruption. Une enquête nationale urbaine effectuée au mois d'octobre par GFK signale en effet que l'insécurité occupe la première place dans le registre des inquiétudes (77%), suivie par la corruption (44%), la situation économique (30%) et le chômage (28%) (Voir http://www.larepublica.pe/27-10-2013/delincuencia-y-corrupcion-son-los-principales-problemas-del-pais).

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Le nouveau premier ministre, César Villanueva, Archives La República

Ces derniers mois, les critiques à l'encontre de la gestion du gouvernement ont été plus fortes que par le passé, ce qui a entraîné une baisse de la popularité du président (23% aujourd'hui contre 35%). En effet, les partis et certains secteurs de la société civile le tiennent pour responsable de l'inflation (3%), des effets indirects de la crise mondiale (baisse de la demande extérieure), et de l'augmentation de la délinquance, notamment dans les grandes villes du pays, de la corruption, et des réformes impopulaires de la Loi de service civil et de l'éducation universitaire. Humala a fait référence à ces questions lors de son discours à la nation du 28 juillet, annonçant la création d'une École nationale d'administration publique destinée à professionnaliser le service public, et soulignant les acquis de son gouvernement, insuffisamment valorisés : les bonnes réserves internationales, le bas niveau d'endettement public, l'augmentation du pouvoir d'achat des classes moyennes et la lutte frontale menée contre la corruption civile et militaire. De son côté, l'ex premier ministre Jiménez a déclaré (avec raison) que la délinquance, qui inquiète tellement les Péruviens, reste bien en dessous des standards sud-américains illustrés dans des pays tels que la Colombie et le Brésil.

Cela étant, les traits positifs indéniables de la dernière période gouvernementale ne sont pas du tout évoqués par les syndicats et autres protestataires. Souvenons-nous que le 27 juillet fut une journée de protestations convoquée par la CGTP pour protester contre la Loi de service civil, la Loi universitaire et les manœuvres du Congrès pour l'élection des autorités nationales, celle notamment du Défenseur du peuple, qui finit par être disqualifié et le vote annulé. J'ai abordé ces questions dans la chronique du mois de juillet. J'ajouterai ici que si les protestations contre les agissements des parlementaires et d'une classe politique qui a beaucoup de mal à rester honnête semblent tout à fait justifiées, il en va autrement des oppositions réactionnaires à la modernisation de la fonction publique et du système universitaire actuel. La marche pacifique de la CGTP a fait toutefois l'objet de bavures policières et d'affrontements avec un syndicat de l'APRA, la Confédération des travailleurs du Pérou, et une bande de hooligans du club de football Universitario de deportes. Ces derniers provoquèrent des désordres en s'attaquant aux forces de l'ordre qui dispersèrent la manifestation à grand renfort de gaz lacrymogène et de jets d'eau. Le même jour, le secrétaire général de la CGTP, Mario Huamán, et d'autres syndicats, se réunirent avec le premier ministre Jiménez pour discuter de la Loi de service civil, qu'ils jugent inconstitutionnelle, allant jusqu'à évoquer une journée de grève nationale. Une autre manifestation organisée par la CGTP a eu lieu le 27 septembre qui se centrait sur le rejet du modèle néolibéral du gouvernement. Les grèves et les protestations du secteur de la santé publique n'ont pas cessé depuis le mois d'août. La Defensoría del pueblo a annoncé que pour le seul mois d'août, le pays a connu 223 conflits sociaux, dont 147 concernent les activités extractives (mines et pétrole).

En septembre, le premier ministre Jiménez a déclaré que les vingt mille cas de corruption rapportés dans toutes les régions du pays posent un grave problème de crédibilité publique car il est très difficile de contrôler ces mauvais agissements au niveau national, régional et local. C'est pour cette raison qu'il a demandé au Parlement de jouer un rôle plus actif dans le contrôle des gouvernements régionaux, tout en annonçant que dès 2014, les gouvernements régionaux et les municipalités fortement corrompus dépendraient directement du bureau de la Contraloría general de la República, dirigé par Fuad Khoury (La República du15 de septembre 2013).

Le nouveau gouvernement dirigé par César Villanueva a pris ses fonctions le 31 octobre. L'ancien homme d'affaires présidait la région de San Martín depuis 6 ans et il jouit d'une solide réputation de bon gestionnaire, reconnue par tous, y compris les partis de l'opposition. Villanueva a déclaré que ses priorités seraient la décentralisation et la lutte contre la délinquance. Remarquons son silence quant à la question de la lutte contre la subversion et le trafic de drogues dans la région du VRAEM, considérée comme prioritaire par le gouvernement antérieur. Le seul changement ministériel a été le remplacement de Patricia Salas, à la tête du ministère de l'Éducation depuis juillet 2011, par Jaime Saavedra, technocrate de haut niveau, qui devrait poursuivre le programme fixé par Salas.

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Installation du nouveau gouvernement, Archives de La República

Un des faits actuels particulièrement préoccupants est la mainmise du groupe El Comercio sur la presse nationale. En effet, au mois de septembre, un accord a eu lieu entre le Groupe Agois Banchero et le Grupo El Comercio pour le contrôle de l'Empresa periodística nacional (EPENSA), propriétaire des journaux Correo, Ojo, Ajá et El Bocón. Comme le remarque Gustavo Gorriti, directeur de IDL-REPORTEROS, cette domination des médias écrits s'étend aussi aux médias télévisuels, avec les chaînes Canal N et Canal América Televisión ; cela est d'autant plus grave et dangereux que le groupe en question est le porte-parole des positions d'une extrême-droite qui a tenté de manipuler les résultats des dernières élections présidentielles par une campagne cynique et immorale. La fin de la collaboration entre Mario Vargas Llosa et El Comercio, intervenue en 2011, en dit long sur les positions d'ultra-droite du groupe EPENSA ( Voir http://www.larepublica.pe/01-09-2013/el-78-del-mercado-de-diarios-quedaria-en-una-sola-mano-con-la-compra-de-epensa-por-el-comercio ; http://www.larepublica.pe/05-09-2013/gustavo-gorriti-el-dominio-de-medios-es-peligroso-para-una-democracia. Voir aussi http://www.larepublica.pe/13-10-2013/la-concentracion-de-medios-afecta-la-esencia-del-proceso-democratico ; http://www.larepublica.pe/23-10-2013/concentracion-de-medios-genero-amplio-debate-en-69a-asamblea-general-de-la-sip) .

Le Pérou sur le plan international

Le président Humala a participé à trois rencontres internationales. Il s'est rendu le 23 septembre à la 68e réunion de l'ONU à New York, à l'invitation de Ban Ki-moon. Il eut ainsi l'occasion d'annoncer avec le secrétaire général de l'ONUDI (bureau de l'ONU pour le développement industriel), la tenue de la XVe session de la Conférence générale à Lima, du 2 au 6 décembre prochain. A l'ONU, Humala a rencontré le président chilien Sebastián Piñera et ils ont évoqué leur commune acceptation de la future décision de la Cour de La Haye sur les frontières maritimes ; il s'est entretenu également avec le premier ministre espagnol Mariano Rajoy, avec qui il a discuté de la question de la disparition de visas d'entrée en Europe pour les Péruviens. Dans un entretien avec la CNN, Humala a déclaré qu'il était probable que son pays vende du gaz aux pays voisins, notamment au Chili qui en a fait la demande, mais seulement après la consolidation du marché interne, le développement de l'industrie pétrochimique restant une priorité de son gouvernement. Enfin, lors de son séjour à New York, Humala a également rencontré le président Obama

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Humala et Obama, avec leurs épouses, Archives de La República

La première semaine d'octobre, le président Humala a voyagé en Thaïlande pour signer des accords de coopération, et il a poursuivi son voyage à Bali (Indonésie) pour participer au XXIe Foro économico Asia-Pacífico (APEC), avec vingt-et-un chefs d'État de la région, à l'exception notoire de Barack Obama retenu aux USA pour le débat sur le « shut down ». Humala fut l'un des trois chefs d'État à participer au débat sur la croissance inclusive avec la première ministre de Thaïlande (Yingluck Shinawatra), et le président des Philipines, Benigno Aquino. Il eut des rencontres bilatérales avec les représentants de Singapour, du Chili, de l'Indonésie, de la Nouvelle Zélande, et de la Corée du Sud. De leur côté, la délégation d'hommes d'affaires de la CONFIEP, accompagnée de la ministre des Affaires étrangères, Eda Rivas, entamait un agenda chargé pour étendre les échanges commerciaux entre les pays riverains du Pacifique. Il faut dire que depuis deux ans, le gouvernement accorde une priorité à ses relations avec les pays d'Asie, notamment dans le cadre de l'Alliance du Pacifique qui réunit le Mexique, la Colombie, le Chili et le Pérou.

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Humala participe à la réunion de L'APEC, Archives de La República

A son retour de Bali, Humala a passé quelques heures à Paris, où il a rencontré le président Hollande. Ce voyage suscita des critiques au sein du Parlement car on affirma que Humala aurait dû demander une autorisation formelle pour effectuer une visite en France. Mais, comme l'explique l'ambassadeur français à Lima, Jean-Jacques Beaussou, il ne s'agissait pas d'une visite officielle mais d'une invitation informelle de la part du président Hollande, qui avait appris que son homologue péruvien devait faire une escale technique à Paris (Voir http://www.larepublica.pe/10-10-2013/embajador-de-francia-afirma-que-presidente-hollande-pidio-reunion-a-humala). Durant l'entretien, les deux présidents ont évoqué les échanges commerciaux dans les domaines des transports, du développement durable, et de l'énergie ; en outre, grâce au programme péruvien Becas 18, la France recevra un millier d'étudiants en 2014. L'École nationale d'administration française devrait conseiller l'organisation de son homologue péruvienne, actuellement en projet. Enfin, le marché de la ligne 2 du futur métro de Lima, qui vient d'être rendue publique, devra intéresser les entreprises françaises, dont ALSTOM (Voir http://www.larepublica.pe/09-10-2013/ollanta-humala-se-reunio-con-presidente-de-francia-pese-a-polemica).

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Humala et Hollande à Paris, Archives de La República

Cette rencontre s'est soldée par deux résultats intéressants pour les échanges bilatéraux : d'une part, au cours d'un entretien entre le ministre de l'Intérieur Pedraza avec son homologue français, Manuel Valls, le 20 octobre à Paris, le Pérou a obtenu le soutien français pour la disparition du visa d'entrée en Europe pour les ressortissants péruviens (position également soutenue par l'Espagne), et une demande en règle a été présentée au Parlement européen en octobre. Il faudra cependant attendre le vote de ce dernier pour que la mesure entre en vigueur dans le cadre du Traité de libre commerce entre la France, le Pérou et la Colombie. D'autre part, Pedraza et Valls ont discuté de sujets sensibles, comme le trafic de drogue [le Pérou est le premier producteur de cocaïne au monde], les migrations et le terrorisme (Voir http://www.larepublica.pe/21-10-2013/reunion-entre-humala-y-hollande-influyo-en-eliminacion-de-visa-schengen-segun-pedraza ; voir aussi http://www.larepublica.pe/24-10-2013/parlamento-europeo-pide-eximir-de-visados-a-peruanos-y-colombianos, et http://www.caretas.com.pe/Main.asp ?T=3082&S;=&id;=12&idE;=1122&idSTo;=0&idA;=65431#.UnqKqpRyfEc).

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Pedraza et Valls à Paris, Archives de La República

Enfin, la présidente du Brésil, Dilma Roussef est arrivée à Lima le 11 novembre pour une série de rencontres avec le président Humala et la signature d'accords en matière de communications, de travail et d'écologie. Les deux présidents ont inauguré également les Rencontres d'affaires Pérou-Brésil, avec la participation de près de 400 entrepreneurs. La présidente Roussef a salué le renforcement des relations entre les deux pays et l'intensité des échanges commerciaux, qui ont augmenté de 50% depuis le début de l'année ; elle a souligné également l'importance stratégique pour le Brésil de bénéficier d'un accès au Pacifique via le Pérou avec la Carretera Interoceánica.

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Le président Humala et la présidente du Brésil, Dilma Roussef, Archives de La República

La situation des droits humains : la CVR, Martha Chávez et Abimael Guzmán

Le 28 août 2003, la Commission de la vérité et la réconciliation présidée par le Dr Salomón Lerner Febres, rendait public son Rapport final (de 9 volumes) après 18 mois d'enquête et la collecte de 17 000 témoignages sur la période de violence politique entre 1980 et 2000. Le Parlement et le gouvernement de transition de Valentín Paniagua avaient chargé la CVR de rendre compte de tous les faits de violence (assassinats, disparitions forcées, tortures, exactions) et de désigner les responsables civils et militaires (voir article dans SLAL).

La CVR a estimé que le nombre total des victimes de ce conflit qui a opposé en priorité les militants du Parti communiste du Pérou, Sentier lumineux (PCP-SL) aux forces armées péruviennes et aux milices civiles, est de près de 70 000 morts et de 15 000 disparus ; les déplacés internes sont estimés à près d'un million de personnes. Le PCP-SL est globalement responsable de 54% des morts, les forces de l'ordre de 46%, même si un certain nombre de victimes sont dues au Mouvement révolutionnaire Túpac Amaru (MRTA) et aux milices civiles.

Précisons encore que 85% des victimes habitaient la région de la cordillère sud-centrale du pays, les départements d'Ayacucho, Huancavelica, Apurímac, Huánuco et Junín. La grande majorité des victimes (75%) vivaient en zone rurale et parlaient une langue maternelle autochtone (le quechua en priorité, mais aussi l'ashaninka amazonien), alors même que ces populations indigènes ne représentent que 16% de la population péruvienne (22 639 449 en 1993, 27 412 157 en 2007, INEI).

La CVR recommanda des changements institutionnels pour reconstruire l'appareil de l'État, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire, largement affaiblis et corrompus pendant le régime de Fujimori (1990-2000), pour promouvoir l'éducation et l'installation des services de l'État dans les zones les plus pauvres, et plus largement pour favoriser une économie fondée sur l'inclusion sociale. Elle recommanda aussi de traduire en justice les responsables civils et militaires des violations des droits humains ; ainsi que la création d'un programme national de réparations aux victimes et la promotion de la réconciliation nationale fondée sur la mémoire des faits de violence et sur la justice, afin que les crimes commis par les bourreaux civils et militaires ne restent pas impunis.

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Salomón Lerner, ancien président de la CVR, Archives de La República].

Dix ans après la publication du rapport final de la CVR, le bilan reste très mitigé. Certes, on a enregistré quelques progrès, dont la création d'un Conseil de réparations aux victimes, présidé par Sofía Macher, mais cette entité ne reçoit pas le soutien gouvernemental et les crédits nécessaires pour mener à bien son travail. De fait, il n'existe aucune politique globale de l'État capable de concrétiser les recommandations de la CVR, et les gouvernements de Toledo et de García ont montré leurs faiblesses pour tout ce qui concerne les droits humains ; García a même été jusqu'à essayer de bloquer la construction du Lugar de la memoria qui avait pourtant reçu des fonds de l'Allemagne ; il a fallu une pétition, lancée par Vargas Llosa, avec des centaines de signatures, pour le faire changer d'avis. Comme le rappelle Salomón Lerner, l'ancien président a été mis en cause par la CVR pour sa responsabilité dans les cas de Los Molinos [58 membres du MRTA et 5 civils tués dans un affrontement en avril 1989] et dans celui des prisons [244 morts en juin 1986], et c'est probablement la raison de son absence de soutien aux projets destinés à conserver la mémoire de la guerre interne.

Les avancées se doublent aussi de marches arrière. Ainsi, comme le notait Macher (http://www.revistargumentos.org.pe/hemos_avanzado.html. Voir d'autres articles consacrés à la CVR dans la revue Argumentos, septembre 2013 : http://www.revistargumentos.org.pe) récemment, en même temps que les forces armées ont été subordonnées au ministère de Défense, une loi permet l'intervention des militaires dans des situations de conflit social, sans que l'état d'urgence ait été déclaré, et les bavures ou les excès sont jugés par des tribunaux militaires. Donc, d'un côté l'on établit la préséance de l'ordre démocratique, et de l'autre on continue à accorder des privilèges aux forces armées. Macher remarque aussi que la pauvreté reste un problème majeur dans le pays et qu'elle concerne toujours les mêmes régions du sud-andin qui furent au centre de la guerre interne. En effet, selon les données de 2012, la pauvreté touche 25,8% de la population péruvienne (7,8 millions), et l'extrême pauvreté 6% de la population (1,8 millions) ; la pauvreté relève même du fait quotidien pour 53% de la population rurale (16% en zone urbaine), notamment à Ayacucho, à Apurímac et à Cajamarca [Voir la chronique de juillet 2013].

La CVR a établi une liste de 8 558 personnes disparues, et plus de 4 000 sites d'enterrement clandestin, et seulement 1 300 restes humains ont été rendus aux proches des victimes. Dix ans après, alors même que l'Institut de médecine légale du Ministère public a dressé une liste d'environ 15 000 personnes disparues, la recommandation de créer un Bureau de recherche de disparus ne s'est pas concrétisée, ce qui rend difficile et très lent le travail d'identification des corps des personnes disparues.

La CVR a également monté 47 dossiers de cas de violations des droits humains, vis à vis notamment des forces de l'ordre, dont la plupart n'ont pas été résolus. Lerner note que la majorité de ces cas ont été élargis pour examiner les crimes de corruption et de trafic de drogue. Les chefs du PCP-SL, dont Abimael Guzmán, ont pourtant été jugés grâce aux rapports de la CVR, et il en va de même de Fujimori, Montesinos et Hermoza Ríos, et des autres membres du Groupe Colina [groupe paramilitaire], qui ont été jugés et condamnés. Mais il reste des dizaines de crimes qui restent impunis en raison du manque de législation et de préparation du système judiciaire. Macher précise que près de 70% cas présentés par la CVR se trouvent encore dans les rouages du pouvoir judiciaire. Des cas emblématiques sont malgré tout en cours de traitement, dont celui de la caserne Los Cabitos [109 morts entre 1983 et 1985], où on incinérait les prisonniers assassinés dans des fours, et le cas d'Accomarca [62 morts en août 1985], où le principal accusé, Telmo Hurtado, a accusé sa hiérarchie militaire d'avoir ordonné le massacre ( voir http://www.larepublica.pe/24-08-2013/informe-de-cvr-sirvio-para-juzgar-a-guzman. Voir aussi l'éditorial de Gustavo Mohme http://www.larepublica.pe/politica/editorial-21-08-2013). Autant de faits niés purement et simplement par une partie importante des forces armées péruviennes qui, en retour, accusent la CVR d'avoir « soutenu les terroristes » car ses membres seraient eux aussi des « terroristes, et des communistes ». Le rapport final enfin est rejeté par les fujimoristes parce qu'il rend Alberto Fujimori et son bras droit Vladimiro Montesinos responsables d'exactions, de corruption et de violations des droits de l'homme.

En dépit de toutes ces contradictions, on perçoit heureusement dans le pays un changement d'importance, même limité aux villes, qui est l'émergence d'une société civile défendant ses droits citoyens et les valeurs démocratiques en général. Cela est évident lorsqu'on constate que les élections douteuses au sein du Parlement suscitent des manifestations spontanées et que des marches de protestation, lancées par des syndicats et des partis politiques, se sont banalisées ces dernières années. Dans la même veine, mais dans un registre plus souriant, on a pu relever que la gastronomie des terroirs avait été revalorisée comme jamais auparavant après 2000. L'ancien membre de la CVR Rolando Ames, ne manque pas d'en faire état : le festival culinaire Mistura, qui se tient chaque mois de septembre, constitue une preuve du rapprochement entre des secteurs de la population urbaine/rurale qui étaient éloignées par des préjugés de « race » autant que de classe. De la sorte, si le racisme ordinaire reste une donnée de la réalité sociale péruvienne (et latino-américaine), il est mis entre parenthèses par ces activités antiracistes de rapprochement entre les communautés du pays qui sont devenues une source importante de l'identité nationale.

Plusieurs manifestations se sont déroulées au mois d'août pour le 10ème anniversaire de la CVR, dont une cérémonie sur le lieu de mémoire Ojo que llora, en présence des proches des victimes et des activistes des droits humains. Le lieu a été déclaré Patrimoine culturel de la nation par le ministère de Culture. Dans son discours, le Dr Lerner demanda au président Humala de s'engager à payer les réparations civiles aux familles qui ne doivent pas être abandonnées par l'État et par la société. De son côté, le Défenseur du Peuple, Eduardo Vega, a reconnu que le gouvernement d'Humala avait mieux travaillé que les gouvernements précédents, mais qu'il restait beaucoup à faire en dehors de l'établissement d'un registre unique des victimes. Les réparations collectives n'ayant été couvertes qu'à 32% et les individuelles à 37%, le gouvernement devrait donc débloquer les crédits nécessaires pour achever le processus dans les meilleurs délais (Voir http://www.larepublica.pe/24-08-2013/cvr-a-diez-anos-del-informe-la-deuda-del-estado-y-la-sociedad-sigue) . Après la cérémonie au Campo de Marte, une autre cérémonie eut lieu à la Plaza San Martín, organisée par la mairie de Lima ; Susana Villarán, maire de la capitale, décora Angélica Mendoza, dite Mamá Angélica, une femme d'Ayacucho devenue le symbole des victimes du terrorisme, del Orden del mérito municipal en el grado de Gran Cruz ( Voir http://www.larepublica.pe/29-08-2013/diez-anos-despues-del-informe-de-la-cvr-nunca-olvidamos-nunca-callamos. Voir aussi http://www.larepublica.pe/28-08-2013/con-diversas-actividades-recordaron-10-aniversario-de-informe-de-la-cvr). Plusieurs conférences et séminaires furent organisés tout au long des mois d'août et de septembre.

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El Ojo que Llora, Archives de La República

Cela dit, les résultats du rapport final restent méconnus de la majorité de Péruviens, et, comme l'a noté Salomón Lerner (Voir http://www.larepublica.pe/columnistas/desde-las-aulas/los-retos-de-la-memoria-01-09-2013), on a bloqué de manière systématique la possibilité pour les élèves d'accéder à l'information fournie par le rapport final de la CVR. Du reste, aucune campagne nationale d'information sur ses résultats n'a jamais été réalisée dans le pays (http://www.larepublica.pe/26-08-2012/para-cotler-urge-promover-lectura-y-discusion-del-informe-de-la-cvr). Sans connaissance des faits de violence, la reconstruction d'une mémoire de la guerre semble impossible. Au cours d'une conférence tenue en septembre (Voir http://www.larepublica.pe/13-09-2013/destacan-avances-en-proceso-de-reconciliacion-y-memoria-en-america-latina) organisée par l'ambassade de France et l'Institut de défense légale, on a évoqué le fait que la mémoire est en effet fondamentale pour renforcer la démocratie et pour que les victimes de la violence obtiennent justice, même si la mémoire à elle seule reste impuissante à assurer la réconciliation et les réparations. Il faut également tenir compte du facteur temps, les périodes de post guerre se caractérisant souvent par le silence et le besoin d'oubli, de « tourner la page », avant d'affronter le passé de violence et ses drames. Dans les cas du Chili et de l'Argentine il aura fallu quarante ans pour que ce débat sur la mémoire réapparaisse après les périodes de dictatures.

Deux faits récents touchant à la justice de réparations doivent être soulignés. En octobre, les corps de quatre paysans des communautés de Parcco et de Pomatambo (Ayacucho), qui avaient été séquestrés, assassinés et incinérés par les militaires en octobre 1986, ont été rendus à leurs proches après leur identification par l'équipe péruvienne d'anthropologie légale (EPAF). Lors de cette tragédie, les militaires tuèrent 12 paysans, et huit corps n'ont pas encore été retrouvés. Quatre militaires, dont le lieutenant-colonel Carlos Bardales, auteur direct des assassinats, ont été condamnés par la justice civile (Voir http://www.larepublica.pe/16-10-2013/entregaran-los-restos-de-cuatro-campesinos-ejecutados-por-el-ejercito). Le 19 octobre, le vice-ministre des droits humains, Jorge Avila, présenta les excuses de l'État péruvien aux proches des 12 victimes des militaires en soulignant que ces faits ne devraient plus se répéter (Voir http://www.larepublica.pe/19-10-2013/estado-pidio-disculpas-publicas-a-deudos-de-caso-parcco-pomatambo).

Par ailleurs, l'enquête du ministère public concernant la stérilisation de 215 227 femmes (dont au moins 18 trouvèrent la mort), et de 16 000 hommes, ordonné par le régime d'Alberto Fujimori entre 1996 et 2000, a avancé. Le 19 août, le procureur Guzmán Baca s'est rendu à Huancabamba où il a été reçu par une délégation de femmes portant des banderoles avec la mention « Justice et réparation ». Plus de 200 femmes se rendirent ensuite à son bureau afin d'apporter leurs témoignages malgré les menaces d'un groupe de fujimoristes arrivé dans la zone au mois de mai dernier pour collecter des signatures de soutien à la demande d'amnistie de Fujimori. On ne dispose pas de statistiques précises sur le nombre de stérilisations dans la région, mais on estime qu'elles ont concerné pas moins de 3 000 femmes vivant dans des hameaux isolés, tels Carmen de la Frontera, Nangali et Zacalache. Pour autant le procureur annonça d'abord qu'il n'allait recevoir que 60 témoignages, mais face à la présence de plus de 200 femmes, il fut contraint de les écouter toutes ; cependant, il resta dans la petite localité et ne visita aucun hameau. Pour la journaliste Inés Ruiz, le procureur a pu subir des pressions des fujimoristes qui avaient menacé les femmes de cette région, mais il est aussi possible que l'éloignement des hameaux ait influencé sa décision. Pour finir, le procureur a promis d'envoyer du personnel de l'Institut de médecine légale, dirigé par le Dr Gino Dávila, pour mener l'enquête, mais à ce jour personne n'a pas encore été envoyé sur place (Voir http://www.larepublica.pe/06-11-2013/mas-de-200-mujeres-contaron-a-fiscal-como-fujimorismo-las-engano-para-esterilizarlas).

Le retour des Fujimori et de leurs idéologies négationnistes

Depuis quelques mois, Alberto Fujimori, l'ancien dictateur qui purge une lourde condamnation pour crimes contre l'humanité, assassinats et séquestrations, tente par tous les moyens de faire parler de lui et de revenir sur la scène politique péruvienne. Faisant preuve d'un manque absolu de sens moral, Fujimori a adressé une quatorzième ( !) lettre au président Humala le 31 juillet, lui réclamant d'inclure son nom dans la Constitution de 1993 ; il soutient que suite à la radiation de son nom dans la Constitution par l'ancien président Toledo, « l'État prétend nier la réalité historique ». À son avis, le fait qu'il se trouve en prison ne change rien à cette réalité. Fujimori écrit également que la chute de la popularité du président Humala est due au fait qu'il a assumé son mandat au nom de la Constitution de 1979. Contre toute logique, Fujimori avance que le pays ne connaîtrait pas l'essor économique actuel sans la Constitution qu'il a promulguée en 1993. Autant d'inepties qui n'auraient aucune importance si elles n'étaient pas accompagnées d'actions politiques graves émanant de l'ancien dictateur, de sa famille et de ses partisans.

En effet, après le rejet de sa demande d'amnistie « pour des raisons de santé », en juillet dernier [voir la Chronique de juillet], et la mise en examen de plusieurs membres de sa famille et de ses partisans pour détournement d'argent, Fujimori a demandé en septembre à purger sa peine de prison à son domicile. Le 28 septembre, le procureur Carlos Mansilla Gardella a considéré que la demande était irrecevable car inexistante dans le droit péruvien. Le juge Segundo Morales Parraguez a confirmé le jugement du procureur. En octobre, Fujimori a accompli 8 ans de prison sur les 25 ans de sa condamnation (Voir http://www.larepublica.pe/30-10-2013/alberto-fujimori-seguira-en-prision-especial-de-dinoes).

Au mois d'octobre, le procès pour détournement d'argent public pour financer les campagnes de la presse à sensation de Fujimori entre 1997 et 2000 (procès dit des diarios chicha), a débuté le 17 octobre. Les magistrates Aissa Mendoza, Carolina Lizárraga et Avigail Colquicocha ont rejeté la demande de récusation à l'encontre des juges, présentée par le nouvel avocat de Fujimori, William Castillo Dávila. Celui-ci étant un proche de Vladimiro Montesinos, des analystes considèrent qu'une nouvelle négociation serait en cours entre l'ancien dictateur et son ex-homme de main Montesinos (qui purge, lui aussi, une longue peine de prison à la base navale du Callao) (Edmundo Cruz et Elizabeth Prado, La República du 14 octobre (Voir http://www.larepublica.pe/14-10-2013/vladimiro-montesinos-el-padrino-frustrado-del-abogado-de-fujimori). Le procureur Delia Espinoza a requis une peine de 8 ans de prison, trois ans d'interdiction de fonctions publiques et le paiement de trois millions de soles (un million d'euros) de réparation pour détournement de fonds des forces armées. En effet, selon les preuves présentées par la procureure, Fujimori autorisa le détournement de 122 millions de soles vers le service des renseignements national (SIN) contrôlé par Montesinos, afin de financer les campagnes de presse à l'encontre des ennemis du régime. L'argent servit aussi aux activités de propagande pour la réélection de Fujimori entre 1997 et 2000. Pour ces mêmes chefs d'accusation, 26 personnes ont été condamnées le 26 janvier 2005, dont Montesinos, les anciens chefs militaires José Villanueva et Elesvan Bello, et plusieurs directeurs des journaux « chicha ». À cette occasion, Montesinos déclara que les transferts des fonds avaient été effectués en suivant les ordres directs de Fujimori ; il soutint aussi qu'il payait jusqu'à 3 mille dollars pour des articles diffamatoires contre des politiciens tels Alberto Andrade, Luis Castañeda et Alejandro Toledo. Les textes étaient préparés par une équipe de journalistes dirigée par Augusto Bresani, et après avoir été approuvés par Montesinos, ils étaient envoyés aux directeurs des diarios chicha. Les frères Moisés et Alex Wolfenson (propriétaires de El Chino, El Men, La razón), José Olaya (directeur de El Chino et propriétaire de El Tío), Pablo Documet (El Chato, La Yuca, Conclusión), et Alejandro Estenós (El mañanero), ont été condamnés à 5 ans de prison. Comme l'a noté Danilo Arbilla, de la Sociedad interamericana de prensa (SIP), Fujimori fut un précurseur dans l'utilisation des tabloïds comme arme politique en Amérique latine (César Romero, La República du 17 octobre).

Il faut noter que Fujimori a innové dans ses présentations publiques dans le but évident de susciter la compassion des gens qui, en le voyant, étaient supposés le tenir pour un vieil homme malade. Lors de sa comparution devant les juges, il arriva très mal habillé, mal peigné, muni d'un tensiomètre. Il se leva à plusieurs reprises pour solliciter une aide médicale pour de prétendues « chutes de tension ». Son avocat Castillo a annoncé qu'il se déclarait non coupable. Cependant, lors de la seconde session, le 29 octobre, Fujimori arriva mieux habillé et sans tensiomètre. L'avocat Villanueva demanda une autre fois le changement des magistrats pour incompétence à juger un ancien président. Il voulait que la Cour suprême soit chargée de l'affaire et non une chambre supérieure de Lima. Mais la demande fut rejetée par la procureure Milagros Mora du fait de l'égalité de tous les citoyens devant la loi ; du reste, comme Fujimori avait déjà accepté d'être jugé par un juge ordinaire de Lima lors de son extradition du Chili en 2007, la demande était irrecevable. La procureur Delia Espinoza a présenté une liste de 10 nouveaux témoins, dont Montesinos, les anciens ministres César Saucedo et Carlos Bergamino, l'ancien commandant général de l'armée José Villanueva, l'ancien commandant des forces aériennes Elesbán Bello, de l'ancien chef du SIN Humberto Rozas, l'ancien chef de planification du SIN Jorge Fuentes, du capitaine Mario Ruíz et des secrétaires personnels de Montesinos, Matilde Pinchi et Wilbert Ramos (La República du 17 octobre et Caretas n°2305 du 17 octobre (Voir http://www.caretas.com.pe/Main.asp ?T=3082&id;=12&idE;=1123&idSTo;=471&idA;=65483#.Un5t5hau7uQ) ).

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Fujimori à son procès du 17 octobre, Archives de La República

Le retour en politique de Fujimori s'est préparé dans ce contexte pourtant négatif pour son « image ». En effet, Keiko Fujimori a poursuivi une nouvelle campagne dans les provinces du pays, commencée au mois de mars à Cajamarca, puis en août à Chiclayo et Piura, puis Tumbes, et en octobre dans la région d'Apurímac, l'une des plus pauvres du pays. Dans ces zones, Keiko prépare les élections régionales et municipales de 2014 et surtout nationales de 2016 ; elle y a déclaré qu'il « est indispensable de gagner ces élections et que pour l'argent il n'y a aucun problème ». On a observé l'ouverture de nouveaux sièges du parti Fuerza popular, l'utilisation d'une quinzaine de voitures à Piura et Tumbes, et le projet d'acheter des nouveaux journaux à sensation dans le nord du pays. Il faut préciser également que Keiko Fujimori a déclaré ne pas partager la décision de son père de changer d'avocat et de prendre William Castillo, suivant les conseils de Montesinos, qu'elle dit détester. Castillo est un piètre avocat, l'ancien procureur Ronald Gamarra a rappelé qu'il défendait le Groupe Colina dans le cas Barrios Altos, et dirigeait la Sala de delitos tributarios contrôlée par Montesinos. On considère actuellement que Fujimori aurait passé un accord avec Montesinos ; celui-ci aurait accepté de retirer son accusation impliquant directement Fujimori dans le détournement de l'argent de l'armée, et il aurait en échange imposé l'avocat Castillo, qu'il contrôle (Cruz et Prado, La República du 6 octobre 2013 (Voir http://www.larepublica.pe/06-10-2013/keiko-en-campana-mientras-papa-y-doc-negocian ).

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Keiko et Kenji Fujimori, Archives de La República

Keiko Fujimori fait face actuellement à un autre scandale de corruption. Début novembre, la direction de la police antidrogues et le bureau chargé du blanchiment d'argent ont ouvert une enquête pour déterminer l'origine du don effectué par Luis Calle Quiroz au parti fujimoriste au cours de la campagne électorale de 2011. L'alerte fut donnée par le département du Trésor des États-Unis le 29 octobre, lorsque fut publiée la liste noire de personnes liées au blanchiment de l'argent de la drogue, parmi lesquels figurait le nom du donateur au parti fujimoriste, Luis Calle. Celui-ci appartient au réseau des blanchisseurs des barons de la drogue colombiens Isaac Guberek et son fils Henry Guberek ; ceux-ci sont associés également à Augusto Kruger, fils de l'ancien maire de Miraflores German Kruger, homme-clé de la campagne présidentielle de 2011, et ami proche d'Alberto Fujimori (Doris Aguirre et Maria Elena Hidalgo, la República du 1er novembre (http://www.larepublica.pe/01-11-2013/policia-y-fiscalia-investigaran-donacion-de-lavador-a-keiko).

Le 1er novembre, la congressiste fujimoriste Martha Chávez a été élue à la présidence de la Commission des droits humains du Parlement. La nouvelle fit l'effet d'une douche froide à tous les niveaux du gouvernement, des autorités civiles et de la société civile urbaine. Personne ne comprenait qu'une personne ayant défendu la politique du régime de Fujimori, nié les preuves de sa culpabilité pour les crimes commis à l'encontre de la nation péruvienne, et osé déclarer que les étudiants et le professeur de La Cantuta exécutés par le groupe Colina « s'étaient auto-séquestrés » (et auto-tués ?), puisse occuper un poste de défenseur des droits humains au Parlement. Chávez ne perdit pas de temps, le lendemain de sa nomination, elle menaça les « défenseurs des terroristes » de la Commission de la vérité et la réconciliation, et disqualifia les journalistes qui, tels Gustavo Gorriti, « avait vendu leurs plumes à la CVR. » Elle fit d'autres déclarations indignes d'un parlementaire en accusant la CVR d'avoir blanchi le Sentier Lumineux, et attaqué Fujimori et les forces armées, raisons pour lesquelles la commission devrait être soumise à une contre-enquête (Voir http://www.larepublica.pe/02-11-2013/fujimorismo-trama-venganza-contra-la-comision-de-la-verdad) . Les protestations ne tardèrent pas, le ministre de l'Intérieur Pedraza demanda la nomination de personnes compétentes en matière de droits humains en remplacement de Chávez ; Salomón Lerner déclara que de toute évidence Chávez n'avait pas lu le rapport final. Le 5 novembre il y eut une manifestation convoquée par les organisations de défense des droits de l'Homme de Lima (Voir http://www.larepublica.pe/05-11-2013/pedraza-pide-nombrar-a-personas-con-vocacion-en-dd-hh-en-lugar-de-martha-chavez, voir aussi http://www.larepublica.pe/05-11-2013/deudos-de-la-cantuta-piden-en-el-congreso-retiro-de-martha-chavez-como-coordinadora-de-ddhh ; et http://www.larepublica.pe/03-11-2013/a-martha-chavez-no-le-interesan-los-derechos-humanos, http://www.larepublica.pe/columnistas/kolumna-okupa/martha-chavez-la-vengadora-05-11-2013, http://www.larepublica.pe/05-11-2013/fueramarthachavez-cientos-protestan-contra-la-parlamentaria-fujimorista) .

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Martha Chávez, Archives de La República

Finalement, le 8 novembre, le bureau officiel du Parlement décida d'annuler l'élection de Chávez, le quorum n'ayant pas été atteint. En effet, alors que la commission des droits humains du Parlement comprend 6 membres, Chávez fut élue par 3 voix seulement, dont la sienne, celles d'Heriberto Benítez (Solidaridad nacional) et de Julio Rosas (Fuerza popular). On peut se demander alors pourquoi le vote fut entériné en première instance par le Parlement. Il semble que nous nous nous trouvions ainsi confrontés à l'un de ces faits de politique politicienne qui commencent à être la marque de fabrique du parlement péruvien.

Pour couronner cette série d'agissements du camp fujimoriste, Alberto Fujimori a lancé sa propre campagne politique en contournant l'interdiction faite aux prisonniers de s'exprimer dans les médias publics. Le 7 novembre, il a donné un entretien à une radio locale, RPP, après avoir demandé à être conduit à l'infirmerie de sa prison de Barbadillo pour y être soigné ; une fois à l'intérieur, en compagnie de l'infirmière, de son fils Kenji et du parlementaire Julio Gagó, il a pris le téléphone public et a commencé une interview d'une vingtaine de minutes. Les deux parlementaires fujimoristes avaient fermé le local à clé et empêché l'entrée du personnel pénitentiaire et la sortie de l'infirmière.

Dans son interview, Fujimori a justifié sa comparution avec un tensiomètre en soutenant qu'il souffrait d'hypertension. Il a affirmé qu'il pourrait revenir sur la scène politique péruvienne s'il obtenait sa libération. Il a insisté sur son innocence des crimes pour lesquels il a été condamné et pour ceux pour lesquels il est actuellement jugé. Il s'est également plaint du mauvais traitement des juges à son égard, a apporté son soutien à Martha Chávez, et attaqué la politique des droits humains des années 1980, notamment pendant le mandat d'Alan García.

Le président de l'Institut national pénitentiaire (INPE), José Luis Pérez Guadalupe, a annoncé qu'il y aura de lourdes sanctions contre le prisonnier Fujimori. Il a rappelé qu'aucun prisonnier ne possède sa prison, tel Antauro Humala qui fut transféré à la base navale du Callao et soumis à l'isolement pour avoir donné un entretien à la presse sans autorisation. La ligne téléphonique de l'infirmerie a été coupée et Fujimori transféré dans une autre partie de la prison. Celle-ci ne comporte qu'un seul détenu, Fujimori, qui dispose de 17 gardiens (la moyenne nationale est un seul gardien pour 9 prisonniers), d'une infirmière et d'un médecin permanents, ainsi qu'une voiture à disposition pour ses transferts à l'hôpital. José Luis Pérez a adressé une lettre au président du Parlement, Fredy Otárola, lui demandant de préciser les fonctions des parlementaires lorsqu'ils sont en visite dans une prison, et se plaignant des actions contre les fonctionnaires de la prison de la police (DINOES) de Barbadillo (http://www.larepublica.pe/08-11-2013/fujimori-se-amotina-en-penal-y-lanza-campana-politica-en-entrevista-radial) .

Mais ce n'est pas tout. Le samedi 16 novembre, Fujimori a donné un second entretien à la chaîne de télévision Frecuencia latina, à partir du même téléphone public, déclarant être victime de harcèlement de la part des autorités et du gouvernement. Il a critiqué encore une fois le président Humala, l'accusant d'être au courant de l'affaire de corruption de la police relative au cas López Meneses, ancien associé de Montesinos — on y reviendra à la fin de la chronique.

Comme le fait remarquer le directeur de La República, Gustavo Mohme, le gouvernement, qui est resté silencieux jusqu'à présent, devra soutenir le directeur de l'INPE et mettre un terme aux privilèges illicites dont Fujimori a bénéficié depuis le gouvernement de García (http://www.larepublica.pe/politica/editorial-09-11-2013) . Il est invraisemblable que l'ancien dictateur dispose de près de 800 mètres carrés de prison, avec une salle de conférences, une salle d'art (il fait de la peinture), un espace sportif et un jardin personnel. De plus, Fujimori dispose du privilège de recevoir des visiteurs à toute heure de la journée et de la nuit, et de gérer, en fin de compte, son emprisonnement. Depuis le début de l'année, en dehors des 400 visites de sa famille et ses amis, il a reçu 338 visites de 30 parlementaires. Ce qui fait dire à Isabel Carreño et Maria Elena Castillo (Voir http://www.larepublica.pe/09-11-2013/alberto-fujimori-recibio-338-visitas-de-sus-congresistas-en-el-penal-de-la-diroes) que c'est lui le véritable dirigeant de son parti (appelé aujourd'hui Fuerza popular) et non sa fille Keiko.

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Parlementaires visitant Fujimori, Archives de La República

Le Parlement devra sanctionner également les deux parlementaires qui ont commis un délit en soutenant Fujimori. Daniel Abugattás, ancien président du parlement de Gana Perú (Humala) a demandé une réunion urgente de la commission d'éthique dirigée par Humberto Lay, pour ouvrir un procès et sanctionner Julio Gagó et Kenji Fujimori. Le 9 novembre, le congressiste Renan Espinoza de Perú posible (Toledo) a présenté une plainte constitutionnelle contre ces derniers pour délit d'usurpation de la fonction publique et abus d'autorité. Enfin, le président du congrès, Otárola, a déclaré qu'il allait analyser avec attention la question des visites des parlementaires à Fujimori posée par le directeur de l'INPE.

21e année de la capture de Guzmán et néo senderisme du MOVADEF

Abimael Guzmán, 78 ans, chef sanguinaire du Parti communiste du Pérou, a été capturé il y a 21 ans grâce au travail réalisé par le Groupe spécial de renseignements (GEIN) de la police nationale. Les généraux Carlos Morán Soto et Claudio Tello Benites, et le commandant Guillermo Bonilla faisaient partie du GEIN et sont encore en activité ; ils ont participé à la construction du Musée de la subversion situé dans le centre historique de Lima. Dans un entretien accordé à Doris Aguirre (Voir http://www.larepublica.pe/12-09-2013/sendero-esta-en-el-vraem-porque-fujimori-desmonto-al-gein-que-capturo-a-abimael) , ils se souviennent que cette capture fut facilitée par le coordonnateur du comité central du Sentier Lumineux, Zenón Vargas Cárdenas, camarada Arturo, capturé le 12 septembre à 15h, trois heures avant Guzmán. C'est grâce à lui qu'ils apprirent que Guzmán vivait dans une maison de Los Sauces (Surquillo), que ses contacts étaient Maritza Garrido Lecca et Carlos Inchautegui Degola, qui habitaient la même maison et lui servaient de couverture. Les officiers considèrent que la dissolution du GEIN, peu après cette capture, fut la pire erreur commise par le président Fujimori car elle permit la recomposition du comité central du PCP-SL. Oscar Ramírez Durand, camarada Feliciano, prit la direction du Sentier Lumineux, faction « proseguir », opposée à Guzmán qui proposa un « accord de paix » à Fujimori en 1993. Feliciano continua la « guerre populaire » avec les frères Quispe Palomino dans la région de la selva centrale dite Vallée des fleuves Apurímac, Ene et Mantaro (VRAEM) ; il fut capturé en 1999 et purge une peine de 25 ans de prison à la base navale du Callao.

CHRONIQUE POLITIQUE DU PEROU, NOVEMBRE 2013. LA QUESTION DES DROITS HUMAINS SUR LE DEVANT DE LA SCENE POLITIQUE. 10 ANS DE LA COMMISSION DE VERITE ET RECONCILIATION, CHANGEMENT DE GOUVERNEMENT, CORRUPTION ET RETOUR DE FUJIMORI A LA POLITIQUE NATIONALE

Généraux Morán et Tello au Musée de la subversion, Archives de La República

Ainsi, pour des raisons de politique politicienne, Fujimori prit deux décisions qui pèsent encore dans la présence de groupes subversifs dans le pays. D'une part, comme le soutiennent les officiers de la police cités, la dissolution du GEIN, qui échappait au contrôle de Fujimori et de Montesinos, permit le développement du Sentier lumineux dans le VRAEM sous la conduite de Feliciano et des frères Quispe Palomino, alliés aux trafiquants de drogue locaux. Si le GEIN avait pu continuer son travail, ces bandes de narco-subversifs n'existeraient probablement plus. D'autre part, l'accord de paix proposé par Guzmán à Fujimori (qui l'accepta pour confirmer son triomphe sur le terrorisme), fut favorable à la faction dirigée par Guzmán. Celui-ci tentait en effet de continuer sa « guerre populaire » par la voie de la lutte politique légale. C'est dans ce cadre qu'il organisa le Mouvement pour l'amnistie et les droits fondamentaux (MOVADEF), qui recycle les anciens senderistes et en recrute de nouveaux, notamment parmi les étudiants des universités nationales. Or, comme le note l'ancien directeur de la police anti-terroriste, Héctor Jhon Caro, malgré la permanence de la subversion dans la VRAEM et les agissements du MOVADEF à l'intérieur et à l'extérieur du pays, la société péruvienne ne prend pas encore conscience du danger potentiel de ces groupes extrémistes. Un procès est actuellement ouvert contre Abimael Guzmán et Víctor Quispe Palomino (« camarada José », en liberté) qui sont accusés d'avoir ordonné le massacre de 104 paysans du Soras, Ayacucho. Le drame eut lieu le 16 juillet 1984, les paysans de Soras furent assassinés parce qu'ils s'opposaient à Sentier Lumineux. L'avocat de la Commission des droits humains (COMISEDH) Hernán Barrenechea, affirme qu'il dispose des preuves de la responsabilité de « José » qui a commandé personnellement la colonne de senderistes meurtriers. De son côté, Guzmán rejette les accusations, alors qu'il a déclaré en 1988 avoir commandité des massacres « pour l'exemple », tel celui de Lucanamarca (Ayacucho, le 3 avril 1983, 69 morts). La COMISEDH a établi une liste de 104 victimes du massacre de Soras, mais jusqu'à présent seuls 35 corps enterrés dans des fosses communes ont pu être exhumés. Ces restes ont été identifiés et remis aux proches en 2011. On espère que les exhumations pourront continuer avant la fin de cette année (Voir http://www.larepublica.pe/12-09-2013/abimael-guzman-ordeno-asesinar-a-campesinos-en-soras) .

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Massacre de Soras, Archives de La República

Une autre question, qui n'est pas abordée sérieusement par les autorités judiciaires, concerne les conséquences de la libération des prisonniers senderistes après l'accomplissement de leurs peines. En effet, si Guzmán, Elena Iparraguirre, Maria Pantoja et Laura Zambrano sont condamnés à perpétuité, il n'en va pas de même d'autres chefs du comité central du PCP-SL. Osmán Morote et Margot Liendo devaient ainsi être libérés en juin dernier, mais le procureur spécial pour les cas de terrorisme, Julio Galindo, a requis leur inculpation pour leur participation dans l'organisation du massacre de Soras. Pourtant, cette nouvelle mise en accusation pourrait être rejetée par les juges pour manque de preuves, comme le demandent leurs avocats. Le 24 août, Julio Galindo a déclaré que Morote était loin de montrer de la repentance pour ses actions terroristes, bien au contraire qu'il se sentait fier et se considérait comme un prisonnier politique, refusant même de payer des réparations civiles. On apprit également que Morote et Margot Liendo utilisaient le réseau social Facebook et leurs blogs pour dénoncer la persécution politique dont ils seraient victimes de la part de l'État péruvien, exigeant leur libération, et défendant l'idéologie senderiste.

L'année prochaine et en 2015, trois membres du comité central devraient être libérés (Victoria Trujillo et Carlos Incháustegui d'abord ; Zenón Vargas ensuite), et d'autres chefs intermédiaires continuent à être libérés. Comme le dit l'avocat José Luis Castillo, l'État ne peut pas maintenir des personnes en prison indéfiniment. Se pose alors la question de la surveillance de ces anciens prisonniers, qui n'est pas non plus admise par la loi péruvienne (Voir http://www.larepublica.pe/12-09-2013/que-pasara-con-cabecillas-senderistas-cuando-cumplan-sus-condenas).

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Prisonniers du PCP-SL, Archives de La República

Le MOVADEF continue ses activités dans les universités [voir la chronique de janvier 2013]. Sa présence est reconnue par les autorités universitaires et par la police, mais si tout le monde s'accorde sur le principe de combattre l'infiltration des pro-senderistes, les divergences apparaissent sur la manière de les affronter. Ainsi par exemple, dans l'université de San Marcos, la police a l'accord du rectorat pour infiltrer les assemblées des étudiants, alors que ces derniers, et plusieurs professeurs, considèrent que la meilleure manière de faire face au MOVADEF est le débat politique. Lors d'un entretien avec Rider Bendezú, des autorités universitaires et le président de la Fédération des étudiants du Pérou, Michael Ortíz, ont avancé la même idée : privilégier le débat idéologique comme outil de combat des idéologies extrémistes. Il faut préciser encore que le MOVADEF publie des journaux ? pasquins (Vórtice, Amnistía) qui sont vendus dans la rue Quilca du centre historique de Lima et à l'intérieur des universités (Voir http://www.larepublica.pe/01-09-2013/comunidad-universitaria-planea-derrotar-a-movadef-con-debates-ideologicos ; voir aussi http://www.larepublica.pe/19-09-2013/como-enfrentar-las-ideologias-terroristas-en-las-universidades). De son côté, le Dr Lerner estime que la volonté du MOVADEF de se transformer en parti politique va miner la démocratie du pays, et que la meilleure manière de s'opposer à sa présence dans les universités, les syndicats et autres instances sociales consiste à dénoncer les violences commises par le PCP-SL durant le conflit armé interne (La República du 1er septembre). Le 15 septembre, le procureur Galindo a déclaré que le projet de loi n° 2285 créant un registre des condamnés et inhabilités pour délits de corruption et un registre de débiteurs de réparation civile pour crimes contre l'État, impliquant une sorte de « mort civile », sera un outil important pour empêcher que le MOVADEF présente des candidats lors des prochaines élections régionales et municipales de 2014 (La República du 15 septembre).

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Réunion MOVADEF, Archives de La República

Justice pénale : avancées et reculs

Le 24 juillet, la Cour suprême a confirmé la décision de justice concernant l'affaire Chavín de Huántar, adoptée le 15 octobre 2012, sous la présidence de la juge Carmen Rojjasi, alors qu'elle venait d'être exclue de la magistrature suprême (La República du 28 octobre 2012). [Voir la chronique d'octobre 2012].

La Cour suprême, présidée par César San Martín, a jugé que durant l'opération militaire Chavín de Huántar, destinée à libérer 72 otages du MRTA dans la résidence de l'ambassadeur du Japon en 1997, il n'y avait pas eu d'exécutions extrajudiciaires comme le considéraient les proches des trois victimes exécutées alors qu'elles s'étaient rendues. Rappelons que la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH) a présenté le 31 mars 2011 une demande contre l'État péruvien pour les exécutions illicites durant l'opération Chavín de Huántar. La Cour IDH a admis l'affaire en février 2012 après avoir été saisie par les proches des trois personnes capturées en vie (Víctor Peceros, Herma Meléndez et Eduardo Cruz), puis déclarées mortes « pendant l'affrontement », ce qui avait été confirmé par un diplomate japonais témoin des faits. A ce témoignage s'ajoutèrent celui du général Máximo Rivera, ancien directeur de la DINCOTE, et celui du congressiste Xavier Barrón. En 2002 commença un procès militaire contre les soldats qui avaient participé à l'opération et qui furent acquittés. Un procès civil fut engagé parallèlement contre les responsables de l'opération : Montesinos, le général Nicolás de Bari Hermoza Ríos, et Roberto Huamán. Le 16 juillet 2007, Alberto Fujimori fut aussi mis en cause. Or la Cour suprême a décidé que le témoignage du diplomate japonais ne suffisait pas, et elle a ignoré les autres témoignages ; elle a conclu à l'absence de preuves contre les responsables de l'opération de libération des otages, qui fut une opération militaire avec des cibles militaires. Montesinos, Hermoza et Huamán ont été lavés des accusations. La Cour a reconnu la mort au combat de Peceros et Meléndez, elle a accepté le rapport de médecine légale qui montre que Cruz fut exécuté d'une balle dans la tête « sans ordre supérieur » et a demandé une enquête au ministère public pour éclaircir l'exécution. En août, le président du pouvoir judiciaire, Enrique Mendoza, et le procureur de la nation, José Peláez, rejetèrent les accusations d'ingérence du gouvernement dans la décision de la Cour suprême, et de la juge Carmen Rojjasi, alors que cette ingérence était évidente (Voir http://www.larepublica.pe/26-07-2013/confirman-absoluciones-en-el-caso-chavin-de-huantar, et http://www.larepublica.pe/06-08-2013/mendoza-y-jose-pelaez-descartan-injerencia-en-el-fallo-de-jueza). De fait, cette décision de justice constitue un recul qui confirme le refus du gouvernement d'Humala d'accepter la responsabilité des officiers militaires dans l'opération Chavín de Huántar. Les soldats, auteurs directs de la mort des 14 membres du MRTA, ont été jugés et acquittés par la justice militaire.

En octobre, le ministre de l'Intérieur Pedraza a critiqué le pouvoir judiciaire représenté par la juge Mercedes Caballero, qui avait décidé la libération de 16 détenus accusés d'appartenir au réseau terroriste du VRAEM. Le bureau anti-terroriste et le procureur Eneida Aguilar vont faire appel de la décision de la juge Caballero. Le ministre a également critiqué la décision de la juge Dolly Herrera de libérer 86 personnes accusées d'avoir participé aux violences contre la police lors de l'affaire de La Parada (Voir http://www.larepublica.pe/16-10-2013/pedraza-critica-al-pj-por-liberacion-de-detenidos-de-casos-sendero-y-la-parada).

Le cas El Frontón était revenu sur le devant de la scène judiciaire en septembre, lorsque le Tribunal constitutionnel a décidé que la mutinerie des prisonniers accusés de terrorisme, et qui se solda par le massacre de 244 prisonniers, (dont 133 au Frontón le 18 juin 1986), ne constituait pas un crime contre l'humanité. Or, le procureur Luis Alberto Huerta, et l'ancien président du Tribunal constitutionnel Javier Alva Orlandini, ont dénoncé le fait que le vote n'avait pas été régulier, celui du magistrat Juan Vergara ayant été comptabilisé deux fois. La décision prise à trois voix contre trois, devrait être donc annulée. S'il est décidé que ces crimes ne relèvent pas des crimes contre l'humanité, ils seraient déclarés prescrits et les 33 marines accusés d'avoir tué 133 prisonniers de El Frontón, ainsi que l'ancien président Alan García, ne seraient pas jugés. Précisons que le rapport final de la CVR a établi de manière claire la responsabilité des forces armées dans le massacre des prisonniers, et des tentatives d'occultation des cadavres par des charges explosives posées dans le Pavillón Azul (Voir l'article de Salomón Lerner, http://www.larepublica.pe/columnistas/desde-las-aulas/el-fronton-lo-investigado-por-la-cvr-08-09-2013. Voir aussi le rapport d'APRODEH http://www.aprodeh.org.pe/index.php/casos/lima/44-el-fronton).

Dans le domaine de la justice militaire, le cas de la réincorporation de policiers exclus de l'institution pour délits et crimes divers (notamment trafic de drogue et corruption) a été dénoncé une nouvelle fois ; en septembre, la journaliste Doris Aguirre écrivait que quelque 1 900 agents devraient revenir au sein de la police suivant des décisions du pouvoir judiciaire (La República du 7 septembre). En 2011, 28 furent réincorporés, en 2012 ils étaient 37 et cette année 14. Ce qui est jugé indigne et irrecevable par la direction de la police nationale, qui demande au pouvoir judiciaire de cesser ces procédures. Le président du pouvoir judiciaire, Enrique Mendoza, a émis une résolution pour que les magistrats analysent avec plus de précaution des demandes de réincorporation des anciens policiers.

Le 19 septembre, le général Juan Quintana et 19 militaires ont été accusés de corruption par la Chambre militaire de justice ; ils ont participé à la falsification, depuis 2010, de feuilles de paye de 620 soldats inexistants, pour un montant d'environ 4.800.000 soles. Parmi les officiers accusés se trouvent l'ancien chef de la région militaire du centre, le général Juan Urcariegui, et les commandants Oscar Centeno, Miguel Merino et Roberto Tovar. Le ministre de Défense a exhorté le général Quintana à se rendre à la justice pour être jugé ; il n'a pas encore été capturé. La revue Caretas a obtenu un entretien avec lui : il déclare être innocent et accuse plutôt le général Ricardo Moncada et le conseiller du président Humala, le colonel Adrian Villafuerte, d'être les responsables de la falsification des feuilles de paye de « soldats fantômes ». Moncada l'accuse car il voudrait protéger le général Ambia, compagnon de promotion d'Humala, qui est lié au cas de corruption (http://www.caretas.com.pe/Main.asp ?T=3082&S;=&id;=12&idE;=1119&idSTo;=0&idA;=65159#.UnqHQ5RyfEc). Espérons que la lumière soit faite dans cette nouvelle affaire de corruption militaire.

La violence dans la région du VRAEM et le trafic de drogue

La lutte contre les bandes de néo senderistes du VRAEM a avancé de manière notable avec la mort de deux chefs importants, Orlando Borda (« Alipio ») et Martín Quispe Palomino (« Gabriel »), abattus le 11 août dernier lors de l'Opération Caméléon menée par un groupe spécial de militaires et de policiers (DIRCOTE et DIRANDRO) qui porte le nom de Brigada Lobo. L'opération (la 7ème dans son genre depuis juillet 2012), a pu être menée à bien grâce à l'infiltration d'une taupe au sein du cercle de proches collaborateurs des chefs terroristes, qui préparaient une série d'attentats dans la région d'Ayacucho. Un total de 120 agents a participé à cette opération qui s'est développée dans la localité de Pampas, habitée par une trentaine de familles d'agriculteurs, où « Alipio » avait sa maison et ses réserves d'armes (district de Llochegua, département d'Ayacucho). La présence des deux chefs terroristes fut une surprise car la taupe ne devait rencontrer « Alipio » que pour lui fournir des accessoires de communication ; or il arriva accompagné de « Gabriel ». Les forces de l'ordre lancèrent leur attaque vers 21h, l'affrontement durant 2 heures. Les terroristes mirent le feu à leur maison à la suite d'une manipulation maladroite d'explosifs. Les militaires ont nié l'emploi des roquettes qui, d'après eux, auraient causé d'énormes pertes au sein de la localité. Des armes de guerre furent retrouvées dans les dépôts de la maison, y compris des mines anti-personnel de type Claymore, et du matériel pour fabriquer des mines artisanales.

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« Gabriel »
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« Alipio », Archives de La República

Au total, 4 terroristes ont trouvé la mort, « Alipio », « Gabriel », « Alfonso » et une quatrième personne non encore identifiée (Voir http://www.larepublica.pe/12-08-2013/ultimo-minuto-camarada-alipio-habria-sido-abatido-en-el-vraem, voir aussi http://www.larepublica.pe/15-08-2013/un-topo-de-la-policia-engano-a-alipio-y-gabriel-y-los-llevo-a-la-muerte. Et http://www.larepublica.pe/15-08-2013/un-topo-de-la-policia-engano-a-alipio-y-gabriel-y-los-llevo-a-la-muerte). Le président Humala a annoncé au pays la bonne nouvelle et il a promis de poursuivre l'œuvre anti-subversive grâce à la bonne collaboration entre les forces armées et la police. Humala a également souligné à quel point le soutien des États-Unis, notamment avec du matériel de communication sophistiqué (équipement Constellation), et des hélicoptères adaptés à la forêt, était important pour mener la guerre contre la subversion et le trafic de drogue (La República du 26 août). Enfin, l'opinion publique a bien reçu ces nouvelles, et selon une enquête nationale urbaine effectuée par GFQ, 47% de enquêtés considère que le gouvernement gère mieux que par le passé la lutte contre les néo-senderistes du VRAEM.

La direction des néo-senderistes du VRAEM, dont le nombre est estimé à 300, répartis en 10 colonnes armées, aurait été assumée par la « camarada Olga » que la police a identifié comme étant probablement Tarcela Loya Vílches, 45 ans, née à Tambopata (Ayahuanca, Huanta, Ayacucho). Cette femme est tenue pour être une experte dans le maniement des armes, chargée du paiement des rackets des narcotrafiquants et responsable de l'économie de l'organisation. Olga aurait été maîtresse d'école dans des communautés ashaninka de la vallée du fleuve Ene ; elle serait également l'instructrice militaire des enfants-soldats, dits « pioneros », qui sont forcés de vivre dans la forêt dans des « écoles populaires », véritables camps de rééducation [voir la Chronique de juillet 2012]. Précisons ici que deux pioneros de 9 et 11 ans ont été libérés par les forces armées stationnées à Tayacaja (Huancavelica) à la fin juillet dernier (La República du 28 juillet et du 28 août (Voir http://www.larepublica.pe/28-08-2013/la-violenta-camarada-olga-asumiria-liderazgo-militar-de-los-senderistas-del-vraem).

Les forces armées ont lancé une vaste offensive contre les néo-senderistes au mois de septembre, sous la direction du nouveau chef du commando spécial du VRAEM, le général César Díaz Peche, nommé par le président Humala en juin 2012 à la suite du désastre de l'Opération Liberté. D'après lui, les désertions au sein des rangs senderistes prouvent l'affaiblissement de l'organisation criminelle, qui devra s'accroître avec la capture de deux dirigeants d'importance, la camarada Olga et le camarada Raúl (Jorge Quispe), ainsi que son frère « José ». Le gouvernement a planifié la construction de 27 nouvelles bases au VRAEM, 19 pour l'armée, 5 pour la marine et 3 pour la force aérienne. La marine compte à ce jour 6 bases militaires qui assurent le contrôle fluvial de la région (Pichari au fleuve Apurímac, Boca Anapati et Kiteni sur le fleuve Ene, une sur le fleuve Perené et deux sur le fleuve Urubamba, Camisea et Ivochote). Le 17 septembre, le ministre de l'Intérieur, Wilfredo Pedraza, a annoncé que le VRAEM devrait être rapidement libéré.

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Chefs senderistes du VRAEM, Archives de La República

Autant de bonnes nouvelles qui ont été ternies par une bavure survenue lors d'une opération militaire dans la zone de Mazángaro située en Amazonie centrale (San Martín de Pangoa, Satipo, Junín). Le 16 octobre, un hélicoptère a bombardé par erreur la localité de Nueva Esperanza, tuant une personne et faisant quatre blessés ; le pilote avait raté une cible située à 400 mètres de la localité, près de la base de Mazángaro où les senderistes avaient posé des mines anti-personnelles. Les bombes ont détruit quelque 35 maisons et la population en est sortie traumatisée. Le ministre de l'Intérieur, Pedro Cateriano, a reconnu devant le Parlement que ce fut une erreur humaine lamentable. Il a limogé le chef du VRAEM, le général César Díaz Peche (Voir http://www.larepublica.pe/07-11-2013/ministro-cateriano-confirma-cambio-de-jefe-del-vraem-por-muerte-en-mazangaro, voir aussi http://www.larepublica.pe/18-10-2013/nos-lanzaron-bombas-afirma-poblador-tras-operativo-militar). Trois officiers ont été mis en examen par la justice militaire pour la bavure de Mazángaro : le chef des opérations, le général Miguel Gonzáles, le chef de l'aviation du VRAEM, le commandant Daniel Ordaya, et le pilote, major Diego Vera (Voir http://www.larepublica.pe/27-10-2013/tres-oficiales-de-las-ffaa-a-juicio-por-bombardeo-a-civiles-en-el-vraem). L'inspecteur du commandement des forces armées a recommandé de ne plus recourir à des opérations nocturnes lorsque les informations ne sont pas sûres. Selon les déclarations du vice-président du Comité d'auto-défense de Nueva Esperanza, Gabino Toscano, les militaires de la base voisine considèrent que des terroristes se cachaient dans le village et qu'ils étaient protégés par la population, et il estime que le bombardement ne fut pas une erreur mais une tentative de les terroriser pour qu'ils dénoncent les terroristes. En septembre 2008, des militaires avaient brûlé leurs maisons, les villageois avaient fui, mais avaient décidé de revenir. Toscano signala également que la présence de l'État est nulle dans sa localité, malgré des demandes constantes et la proximité d'une base militaire (Voir http://www.larepublica.pe/20-10-2013/gabino-toscano-curo-no-es-la-primera-vez-que-se-producen-este-tipo-de-abusos). De toute évidence les autorités civiles et militaires devront éclaircir les faits, et tenir compte désormais de la nécessité d'une protection des populations civiles des zones militarisées comme le VRAEM. Les programmes gouvernementaux créés pour soutenir le développement durable de ces populations devront être étendus à l'ensemble des zones concernées.

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Habitants de Nueva Esperanza, Archives de la Républica

La lutte contre le trafic de drogue a progressé grâce à une opération conjointe de la police brésilienne et péruvienne menée à la mi-septembre dans la région de Tabatinga, province de Castilla du côté péruvien, où elles ont détruit trois laboratoires de cocaïne installés par les mafias colombiennes (Voir http://www.larepublica.pe/18-09-2013/policias-peruanos-y-brasilenos-destruyen-laboratorios-y-apresan-a-narcotraficantes). La lutte frontale contre la drogue en Colombie a poussé les trafiquants de ce pays à installer leurs bases au Pérou, qui est devenu le premier producteur de cocaïne au monde (Le Monde du 7 novembre). Au mois d'octobre, la police péruvienne a capturé trois narcotrafiquants du réseau des frères Quispe Palomino ; ils payaient 5 000 dollars pour chaque tonne de cocaïne exportée du VRAEM. Ils fournissaient également des armes et des équipements de communication (Voir http://www.larepublica.pe/02-10-2013/caen-tres-narcos-de-la-red-de-los-quispe-palomino).

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L'épilogue de la crise parlementaire est intervenu le 12 novembre. Dans un premier temps, et faisant preuve d'un mépris total pour les décisions de la direction du Parlement, Martha Chávez n'a pas reconnu l'invalidation de son élection à la présidence de la Commission des droits de l'Homme au Parlement. Elle a convoqué une réunion pour le 11 novembre, invitant Pedro Spadaro, Julio Rosas, Heriberto Benítez (Solidaridad nacional) et Renzo Reggiardo (Concertación Parlamentaria), dans le but de se faire élire une seconde fois. Le congressiste de l'APRA Mauricio Mulder a rejoint cette commission illégale en remplacement de Reggiardo qui a démissionné. Benítez a refusé, ajoutant que Martha Chávez risquait d'être mise en examen par la Commission d'éthique du Parlement car les commissions parlementaires doivent avoir obligatoirement un nombre impair de membres (Voir http://www.larepublica.pe/11-11-2013/martha-chavez-convoco-a-sesion-pese-a-renuncia-de-renzo-reggiardo) . Le lendemain, la Commission de justice du Parlement, dirigée par Juan Luis Eguren, s'est réunie au grand complet et a désactivé la Commission des droits de l'Homme, désavouant la « ratification » de Martha Chávez (Voir http://www.larepublica.pe/13-11-2013/desactivan-subgrupo-de-ddhh-coordinado-por-martha-chavez) . Il faut reconnaître cependant que cette crise a révélé, comme le remarque Gustavo Mohme (Voir son éditorial : http://www.larepublica.pe/politica/editorial-12-11-2013), un grave dysfonctionnement du Parlement, illustré par le silence institutionnel du président, Freddy Otárola (Gana Perú) et le silence complice de la majorité des congressistes. Trois d'entre eux seulement (Benítez, Rosa Mavila du Frente amplio-Acción popular) et José Urquizo de Gana Perú) ont émis des critiques à l'encontre du vote et pointé l'illégalité de la présence du congressiste apriste dans le groupe formé par les fujimoristes Chávez, Rosas et Spadaro (Voir http://www.larepublica.pe/12-11-2013/fujimorismo-y-apra-consolidan-a-chavez-en-grupo-de-ddhh) . Cette alliance entre fujimoristes et apristes a au moins le mérite d'éclaircir et de rendre public l'accord établi entre Alan García et l'ancien dictateur Fujimori en vue des présidentielles de 2016.

Un autre scandale, très grave, a éclaté il y a quelques jours et il concerne cette fois les forces de l'ordre et l'exécutif lui-même. Le 12 novembre, la chaîne privée Willax a dénoncé qu'un ancien mafieux, proche de Vladimiro Montesinos, Oscar López Meneses, avait le privilège de disposer depuis mai 2012 d'une protection permanente de la police dans une maison située dans le quartier de Surco. Selon les registres policiers, celle-ci appartiendrait au chef du Commandement de forces armées, l'amiral Cueto Aservi, ce que celui-ci nie. Or, les registres publics témoignent du fait que la maison appartient à Lopez et à son épouse Liliana Malca, fille du général Malca actuellement en fuite de la justice militaire qui l'accuse, ainsi que ses filles, d'enrichissement illicite. Dès l'annonce de cette nouvelle, le ministre de l'Intérieur Walter Pedraza a relevé de leurs fonctions le chef de la Région de police de Lima, le général Luis Praeli, le chef des Forces spéciales de la police, le général Sergio Monard, et le chef de la Police fiscale, le général Carlos Gómez. D'autres officiers ont également été relevés : le chef de l'Unité des actions tactiques (SUAT), le colonel Walter Arrué, le chef de la division d'émergence, le colonel Edgard Del Castillo, et le chef de l'Unité d'explosifs (UDEX), le commandant José Arteta. La Police nationale a émis un communiqué selon lequel elle ignorait que la maison était habitée par López Meneses et pensait qu'elle accordait sa protection à l'amiral Cueto. Trois documents confirment cette affirmation, le premier daté du 29 mai 2012, signé par le directeur de la Région de police de Lima, Aldo Miranda. Le deuxième daté du 30 mai 2012, signé par le chef du Département d'émergence Sud, Juan Fernandez Guevara. Et, enfin, un document daté du 7 décembre 2012, signé par le chef de la Centrale d'opérations de police de Lima, le colonel Roger Pérez, informant le directeur de la Police nationale, le général Raúl Salazar, du renouvellement de la surveillance de la maison de l'amiral Cueto. En résumé les documents consignent des informations fausses pour cacher l'identité des véritables habitants de la maison sous surveillance. Pourtant, selon le général Praeli, l'amiral Cueto lui avait demandé par téléphone de renforcer la sécurité de « sa maison », version qui est confirmée par les généraux Monard et Gómez. L'amiral Cueto soutient ne pas connaître ces officiers de la police. Ce qui est clair, du moins jusqu'à présent, c'est que le général Raúl Salazar a ordonné la protection de la maison de López qui, de manière surprenante, a été invité à la cérémonie d'anniversaire de la région de police de Lima le 8 novembre (Voir http://www.larepublica.pe/14-11-2013/documentos-prueban-que-montesinista-era-resguardado-por-la-policia). Il est aussi évident que les policiers chargés de la protection de la maison de Surco savaient qu'elle n'était pas habitée par l'amiral Cueto et sa famille. Enfin, l'emploi des unités SUAT et UDEX de la police est formellement interdit dans le cas de protection de civils.

Le président Humala a ordonné une enquête pour dévoiler les dessous de cette affaire, rejetant énergiquement les accusations des fujimoristes de ses liens supposés avec le criminel Montesinos qui purge sa peine à la prison de la base navale du Callao. Le ministre de l'Intérieur a affirmé, devant le Parlement, qu'une investigation approfondie des faits était en cours, et il a déclaré aussi avoir remis son poste à la disposition du président ; finalement, il a présenté sa démission le 16 novembre. La veille, le conseiller pour les questions de défense du président Humala, le colonel Villafuerte, fut démis de ses fonctions en raison de ses liens avec le colonel Zapata, cousin de López Meneses, qu'il avait recommandé pour faire partie du commandement conjoint des forces armées. Suite à cette affaire, une enquête IPSOS a montré que le taux de non approbation du président est de 64% ; en outre, les taux d'approbation du Parlement est de 11%, celui du pouvoir judiciaire de 15% et celui du gouvernement de 21% ; du reste, 80% des enquêtés considèrent que Villafuerte a des liens avec Montesinos. Le ministre de la Défense, Pedro Cateriano, a demandé à l'amiral Cueto de démissionner de son poste. Mais celui-ci s'est refusé arguant qu'il ne pouvait le faire car cela impliquerait d'accepter les fausses accusations portées contre lui. Il attendra d'être révoqué de ses fonctions par le président Humala.

Le procureur anti-corruption Norah Córdova a diligenté une enquête qui risque de dévoiler des faits graves dans le fonctionnement de l'appareil de l'État et des forces armées. Madame Córdova affirme tenir compte de deux hypothèses centrales ; la première considère que la maison de Surco servait à tenir des réunions secrètes avec Vladimiro Montesinos, sous la protection de la police et des forces armées ; la seconde considère que la maison était louée à des hommes d'affaires travaillant dans le secteur des mines sous la protection de la police. Toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans cette affaire seront citées par la procureur Córdova, qui a promis de faire toute la lumière sur celle-ci (Voir http://www.larepublica.pe/17-11-2013/fiscalia-maneja-sorprendentes-hipotesis-en-caso-lopez-meneses).

La corruption au sein de la police et des forces armées semble ainsi une constante qui ne cesse de surprendre malgré les mesures adoptées par le gouvernement actuel pour l'éradiquer définitivement. Le cas López Meneses montre en effet que l'héritage de corruption du régime de Fujimori et de Montesinos reste d'actualité. La crise gouvernementale actuelle, qui accompagne celle d'un Parlement chaotique en perte de crédibilité, risque de durer plusieurs semaines et de coûter leur poste à plusieurs autres responsables de l'État et des forces armées.

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