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L’Etat en France de 1789 à nos jours

Publié le 04 décembre 2013 par Christophefaurie
L’Etat en France de 1789 à nos jours « La principale caractéristique de l’Etat français (…) réside d’abord dans la tâche inédite d’ordre sociologique et culturel pour produire la nation, combler le vide provoqué par l’effondrement des structures corporatives. » Livre de Pierre Rosenvallon, Seuil, 1993.
« L’Etat, instituteur du social ». 1789 a bâti la France sur une fiction, celle d’une société d’individus. Pour cela elle a éliminé toutes les structures intermédiaires (les corporations, forme de privilèges), qui sont le ciment d’une société. Il a donc fallu les remplacer. L’Etat a dû assumer ce rôle. Par conséquent, il a une place centrale dans notre identité. C'est pour cela que nos grands bonheurs collectifs, comme en 1789 ou en 1945, surviennent lorsqu'il prend en main la société et la propulse dans une croisade pour le progrès. C’est un « retour à l’origine de la culture politique française ». Nous conservons toujours la « nostalgie » de ce « consensus fondateur ». Nos divergences se transcendent dans une flambée théorique !

Car, le moteur du pays semble l’utopie. Il se nourrit de magnifiques idées, totalement irréalistes. Elles mènent à l’impasse. Et il est bien obligé de s’adapter à la réalité. Mais il le fait à condition qu’on lui conserve ses illusions. En quelque sorte sa main droite ne veut pas savoir ce que fait sa main gauche.
Quelques exemples. Parmi les fictions qui l’ont nourri, il y a l’ultra libéralisme des révolutionnaires de 89, et l’idée que le gouvernement doit être l’émanation de la volonté du peuple. D’où le refus, longtemps, de l’existence d’une administration, mais aussi la « tendance permanente à gouverner en légiférant », la croyance en la puissance du décret supposé se réaliser par sa seule promulgation.
L’histoire de l’Etat est donc une suite d’ajustements apportés à un modèle théorique. L’Etat a d’abord voulu modeler l’individu et le territoire. Mais la révolution pastorienne lui révèle « que les individus ne peuvent plus être appréhendés comme des monades isolées ». L’Etat devient « hygiéniste ». Sa tâche est désormais la « protection de la santé publique ». Il devient aussi « solidariste ». « Les modes de régulation (…) ne peuvent plus simplement reposer sur le principe de la responsabilité individuelle ». Le Français se protège de l’aléa en adhérant à des mutuelles. Après guerre, Keynes lui révèle que l’économie n’est pas une loi de la nature, qu’il faut subir. On peut la manipuler. « Etat keynésien ». Il installe la sécurité sociale. Reconnaissance d’une promesse faite (partout en Occident) à la société : « reformulation symbolique du contrat social (qui donne) un sens au combat en préparant un  nouvel ordre social ». C’est une « dette morale de guerre ». Cet Etat est, surtout, « modernisateur ». « Exorcisme global et sans nuance du passé », tentative de refondation de la nation ?
Dans cette histoire, les phases non démocratiques (Royauté, Empire, Vichy) semblent nécessaires. Ne sont-elles pas la reconnaissance que la théorie est dans un cul de sac ? Sans utopies pour les faire oublier, leurs régimes doivent corriger les dysfonctionnements du pays. On reconstitue alors des corps intermédiaires (les instituteurs, par exemple, ou les « conseils supérieurs ») ; sous Vichy apparaît l’Etat planificateur. Ces structures sont alors le véhicule d’une nouvelle flambée théorique. Les corps intermédiaires se transforment en missionnaires. Instituteurs, polytechniciens ou énarques d’après guerre.
Depuis la crise, nous sommes en panne d’utopie. Gueule de bois. 

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