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Noël : le temple du consumérisme

Par Monarchomaque

Santa Clause Jesus

L’article suivant vient d’Évangile 21. Il présente une critique raisonnable du consumérisme contemporain qui s’est largement emparé d’une fête chrétienne. J’aimerais préciser que dénoncer ce que cette fête est devenue dans les sociétés occidentales ne remet pas en question la légitimité théologique de telles fêtes de commémoration (tout comme l’Action de Grâce, la Fête de la Réformation ou d’autres événements que les chrétiens peuvent célébrer).

Black Friday 

Aux États-Unis, le coup d’envoi des achats de Noël est traditionnellement donné le lendemain de Thanksgiving. D’ailleurs, dans les années 40, le président Roosevelt a fixé le jour du Thanksgiving au 4ème jeudi de novembre afin d’étendre la période des achats de Noël, ce qui illustre clairement la subordination d’une fête importante à l’idole de la consommation.

À cette occasion, les grandes marques américaines proposent des rabais importants qui provoquent d’impressionnantes marées humaines dans les magasins. Cette année encore en l’espace d’un week-end les américains ont dépensé 16 milliards de dollars. En 2008, 2000 acheteurs n’ont pas su attendre l’ouverture de l’un des grands temples de la distribution. Animés d’une agressivité quasi animale, ils ont détruit les portes du magasin et, dans l’émeute qui a suivi, quatre personnes ont perdu la vie et de nombreuses autres personnes ont été blessées. Tout cela pour économiser 100$ sur une tablette ! Cette journée est appellée le Black Friday.

Désormais, l’idée du Black Friday a pris racine en France et, même si les acheteurs commencent leurs emplettes pour les fêtes dès la mi-novembre, le Black Friday est une étape dans l’accélération des ventes.

Le Marché de Noël

Cette manifestation se répand de plus en plus et fait espérer des rentrées substantielles. Le Marché de Strasbourg est le plus grand de France et  attend 2 millions de visiteurs en 2013. Certes, la décoration de saison, la bonhomie des marchands et la créativité des nombreux artisans permettent une sortie familiale de qualité. Mais, en plus,  ce marché est le pilier de l’économie locale. La ville investit près de 3 millions d’euros et espère en engranger 250 millions. Depuis le printemps, les hôtels sont complets pour les week-ends de décembre et certains restaurateurs réalisent un tiers de leur chiffre d’affaire pendant ce seul mois!

Et les soldes !

Dès après Noël, ce sont les publicistes qui nous agressent en tentant de nous convaincre que les soldes, les promotions et les rabais importants constituent de bonnes affaires. Pire encore, ils veulent nous faire croire que nous sommes en train d’augmenter notre épargne ! En réalité, cette manipulation publicitaire pousse à dépenser davantage puisque ces journées ou périodes spéciales ne sont conçues que pour augmenter le chiffre d’affaires des commerçants et non pour le bien du public !

Cette publicité encourage les dépenses impulsives car elle est assortie de phrases telles :

  • Deux pour le prix d’un !
  • Offre valable jusqu’à minuit.
  • Attention : en janvier, hausse de la TVA [taxe de vente]. Achetez maintenant !

Souvent les personnes se laissent séduire par ces « bonnes affaires » , et se vantent par la suite de leurs prouesses en montrant à qui veut tout ce qu’elles ont  « économisé » !

Le consumérisme : une idéologie

Le consumérisme est lié à la poursuite du bonheur et de la satisfaction. Il est fondé sur le principe de la transformation d’une convoitise en besoin, d’un besoin en nécessité et d’une nécessité en dû. Le consumérisme en tant qu’idéologie est à l’œuvre depuis la Révolution industrielle du XIXe siècle et a progressivement dépassé toute autre forme d’idéologie dans notre société occidentale, qu’elle soit politique, écologique ou même religieuse. D’ailleurs il a infiltré tous ces domaines pour y exercer une influence prépondérante.

Le consumérisme : l’obsession de posséder

L’événement historique marquant dans l’évolution vers une société de consommation a été la mise en place en 1913, par Henry Ford, d’une chaîne de production d’automobiles. Celle-ci garantissait à cette industrie une production supérieure à la demande, et un coût à la portée de la bourse du plus grand nombre. Cette envie maladive de posséder s’accompagne du refus de partager (sa voiture, sa maison…), donc d’un manque de générosité.

Le consumérisme : l’obsession de paraître

Le consumérisme octroie une valeur prépondérante à l’apparence, au tape à l’œil ! Les exemples abondent. D’abord, la loi du marché détourne tous les événements importants de notre vie en les transformant en occasions de consommer et de paraître :

  • L’hospitalité devient une cérémonie avec  son cortège de devoirs et de cadeaux, sans parler de la planification qui commence souvent des mois à l’avance.
  • Le mariage avec ses dépenses démesurées souvent motivées par la comparasion.
  • Les loisirs et la détente deviennent des opportunités d’investissements considérables dans les équipements dernier cri.

Ensuite, l’investissement dans les centres de « bien être », dans la chirurgie esthétique, dans les produits de fitness et de beauté croît de manière exponentielle. Or, tous visent le bien-être de l’individu ainsi que l’amélioration de l’image de soi, bref , ce n’est que de l’égoïsme renforcé ! Mais comme le clame la publicité : Vous le valez bien !

Enfin, l’essor d’Apple sous la houlette talentueuse de Steve Jobs est une des meilleures illustrations contemporaines de ce phénomène. Jobs n’a inventé ni le lap-top, ni la tablette, ni le smartphone, mais il a apporté à tous ces appareils deux atouts majeurs :

  • d’abord, une simplicité d’utilisation, une convivialité [sic !].
  • ensuite, et surtout, un look et un style distinctif.

Nous sommes attachés aux logos et aux marques et nous achetons  des symboles de ce que nous voulons finalement communiquer sur nous-mêmes.

Le consumérisme : un obstacle aux relations

Nos relations sont également influencées par le rouleau compresseur du consumérisme ! Il façonne notre système de pensée, notre style de vie et nous conduit à considérer toutes nos relations de manière égoïste depuis celle que nous avons avec Dieu jusqu’à celles que nous avons dans l’Église, ou avec nos amis et nos familles.

Réfléchissons à notre relation avec Dieu

Le consumérisme affecte même notre concept de l’intimité avec Dieu. Dans cette perspective, Dieu existe pour notre épanouissement, pour nous rendre heureux. Bref, nous avons déplacé Dieu dans notre système solaire et désormais c’est lui qui  tourne autour de notre petite personne ! Cette vision de Dieu influence également notre perception de la piété personnelle. Nous alimentons notre culte personnel avec des outils de plus en plus « légers », des méthodes empiriques et réductionnistes, ce qui contribue immanquablement à l’analphabétisme biblique actuel. C’est la mentalité du fast-food qui prédomine !

Réfléchissons à notre relation avec l’Église 

Dans l’Église, les personnes viennent également en consommateurs. Le fait d’assister au culte et de contribuer à la collecte est déjà considéré comme un indicateur de haute spiritualité ! L’accent est mis plus facilement sur les privilèges et les succès que sur les responsabilités et les devoirs. Sournoisement la culture ambiante détrône l’Écriture et influence les mentalités et les attentes.  A partir du moment où les attentes des membres ne sont pas comblées dans leur Église, ils en cherchent une autre qui sera plus à même de les satisfaire. Nous assistons alors à un phénomène qui prend de l’ampleur celui des SDF – Sans Dénomination Fixe !

Réfléchissons à notre relation dans le couple, dans la  famille… 

Dans le contexte du couple, le regard qui est posé sur l’autre est motivé par ce qu’il peut apporter, soit en affectivité, soit en satisfaction sexuelle, soit en sécurité matérielle. Si le divorce est de plus en plus fréquent, y compris dans les milieux évangéliques, c’est que l’autre n’apporte plus ce que le conjoint est en droit d’attendre.Dans le même ordre d’idée, les parents consacrent de plus en plus de temps à travailler afin d’acheter les « plus » qu’ils croient nécessaires au bonheur de leurs enfants et par conséquent négligent le temps donné à leur famille. Après avoir travaillé, fait les courses, dépensé… il reste peu de temps pour vivre !

La culture du consumérisme nous induit subtilement en erreur lorsqu’elle nous amène à croire qu’une carrière réussie (remplacez le mot « carrière » par ministère !) est plus importante que la présence attentive  et pleine d’amour accordée aux enfants,  ou l’empathie réservée à des voisins en difficulté !

Écoutez la Parole de Dieu

Tout ce que mes yeux ont réclamé, je ne les en ai pas privés ; je n’ai refusé aucune joie à mon cœur.  Ecclésiaste 2.10

Celui qui aime l’argent n’est pas rassasié par l’argent ; celui qui aime le faste n’a pas de revenus. C’est encore là une vanité.  Ecclésiaste 5.10 

En effet, nous n’avons rien apporté dans ce monde, et nous n’en pouvons rien emporter. Par conséquent, si nous avons la nourriture et les vêtements, cela doit nous suffire. Mais ceux qui veulent s’enrichir tombent dans la tentation, ils sont pris au piège par de nombreux désirs insensés et néfastes, qui plongent les hommes dans la ruine et provoquent leur perte. Car l’amour de l’argent est la racine de toutes sortes de maux. Certains ont eu une telle envie d’en posséder qu’ils se sont égarés loin de la foi et se sont infligé bien des tourments. 1 Timothée 6.7-9

N’aimez pas le monde, ni rien de ce qui appartient au monde. Si quelqu’un aime le monde, il ne lui est plus possible d’aimer le Père. En effet, voici ce qui appartient au monde : la volonté de satisfaire ses propres désirs ou de posséder ce que l’on voit, ainsi que l’orgueil fondé sur les biens terrestres. Eh bien, tout cela vient non pas du Père, mais du monde. Le monde est en train de passer, ainsi que tout ce que l’on y trouve à désirer ; mais celui qui fait la volonté de Dieu vit pour toujours. 1 Jean 2.15-17


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