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Térésa Tigrato : «la culture et l’éducation peuvent changer le monde»

Publié le 15 décembre 2013 par Thierry Gil @daubagnealalune
photo : Cyril Pariaud / Bong Project

photo : Cyril Pariaud / Bong Project

Une programmation européenne, des spectacles de cirque, de théâtre d’objets, de marionnettes, des contes, du mime et des étoiles dans les yeux des enfants… Festimôme organisé chaque année au mois de juillet à Aubagne et Auriol est le festival conçu sur-mesure pour les enfants et les familles. Pédagogue théâtrale et directrice artistique du festival, Térésa Tigrato évoque pour nous son nomadisme artistique et les liens qui la retiennent désormais à Aubagne.

Térésa Tigrato a beaucoup voyagé mais c’est à Aubagne qu’elle a choisi de poser ses valises et de réaliser ses projets. Ça n’est pas un hasard. Térésa Tigrato ne croit pas au hasard, chacun de nos gestes, chacune de nos décisions forçant selon elle notre destin. Fille d’immigrés italiens installés en Belgique, Térésa a très rapidement eu la bougeotte. En quête d’un jardin où cultiver ses projets artistiques, cette pédagogue théâtrale formée en milieu scolaire, a fini par trouver une terre fertile après de nombreuses expériences professionnelles en Italie, Bolivie et Angleterre.

« Je suis une fille d’immigrés qui a immigrée, dit-elle. A Dix-huit ans, j’étais à la recherche d’une identité et je me suis dit finalement tu es une citoyenne du monde ». Coordinatrice d’un festival en Angleterre, elle prend la décision avec son compagnon lui aussi d’origine latine de fuir la pluie et d’élever quelque part au soleil l’enfant qu’elle porte. Ils ouvrent une carte et choisissent le sud de la France. « Au début ça n’a pas été simple car même si tu parles français quand tu arrives dans un pays que tu ne connais pas c’est très compliqué », raconte-t-elle. Le couple s’installe d’abord à Marseille mais quitte très rapidement la cité phocéenne pour élire domicile à Aubagne : « J’ai toujours eu envie de voyager, de partir mais tous les jours je me dis qu’elle chance d’habiter ici. C’est une région qui  n’est pas évidente mais j’ai cette chance de travailler dans une ville comme Aubagne. Chaque fois que je retourne à Marseille je me dis qu’on est bien à Aubagne. Il y a cette chaleur humaine, cette ouverture aux idées. Cette ville est toujours ouverte à ce qui est innovant, à tout ce qui apporte du bonheur aux gens ».

C’est donc ici que Térésa Tigrato va ouvrir ses cartons à projets. Son expérience et son enthousiasme en guise de carte de visite, elle imagine un festival sur-mesure pour les enfants dont le projet va recevoir un accueil des plus favorables dans cette ville pilote du réseau « Villes amies des enfants » organisé par l’Unicef. Les enfants, et plus globalement la jeunesse, sont le cœur de cible de cette Mary Poppins de la Culture qui ne manque ni d’enthousiasme ni d’aplomb : « J’ai toujours pensé que la culture devait commencer dès le plus jeune âge. Je suis très sensible aux enfants parce que je pense que c’est un âge où on rêve et que j’ai tout simplement envie de les faire rêver, quelque soit le milieu d’où ils viennent. Pour moi, c’est ça le plus important : l’accessibilité à la culture. Il y a une telle richesse culturelle dans cette ville que je me dis que c’est la bonne direction et je pense que l’on peut faire encore mieux à travers les artistes qui travaillent dans les quartiers ».

Il faut mettre de la culture dans les quartiers

Elle cite le chorégraphe et danseur aubagnais Miguel Nosibor qui a accompagné récemment sur scène le slameur Abd Al Malik et qui continue à transmettre sa passion pour la danse hip-hop dans les ateliers des Maisons de Quartiers d’Aubagne. « C’est pour cela, est-elle convaincue, qu’il faut mettre de la Culture dans les quartiers. Parce que tout le monde n’a pas la chance comme Miguel de pouvoir saisir sa chance. Il y a des jeunes qui vivent dans de telles difficultés que ça devient compliqué pour eux. C’est pour cela qu’il faut être dans les quartiers, pour les accompagner. Il faut faire des projets dans les quartiers, créer des résidences d’artistes et faire en sorte que les quartiers deviennent des références dans le domaine artistique. Il faut installer des petites friches pour permettre à ces jeunes de trouver une voie et faire éclore les talents cachés. Il est évident qu’on ne va pas en faire tous des artistes mais donner ne serait-ce que la possibilité à celles et ceux qui ont envie d’exploiter leur talent et peut-être de pouvoir en vivre… je crois qu’on a le devoir d’essayer dans cette période grise vraiment pas évidente ».

Un discours qui tranche avec les propos tenus par une partie de la classe politique qui préfère montrer du doigt une certaine catégorie de la jeunesse plutôt que de lui tendre la main. « Certains propos sont inacceptables. Les habitants des quartiers sont avant tout des êtres humains. Nous n’avons pas tous la chance de vivre dans de grandes et belles maisons. Il y a des gens qui galèrent pour trouver du travail et qui vivent des situations familiales difficiles. J’ai travaillé en collaboration avec la Protection Judiciaire de la Jeunesse auprès de jeunes délinquants avec lesquels j’ai fait du théâtre. Les improvisations théâtrales leur offraient le moyen de raconter leur histoire et certaines étaient très émouvantes » se souvient Térésa. Elle croit dur comme fer aux vertus de la relation humaine et de l’écoute : « La relation humaine atténue le sentiment d’isolement et de colère. Quand on n’a pas de travail, c’est compliqué. Quand on est isolé, c’est pire encore. L’écoute est importante ».

C’est avec le même esprit combatif que cette militante de la culture aborde l’avenir de la compagnie Art’Euro, maître d’œuvre de Festimôme : « Nous avons plein d’idées, de projets de renouveau et d’embauches par ce que quand il y a une crise comme maintenant – on le voit y compris dans la culture où les subventions sont en baisse – je me dis que c’est le moment d’en faire plus. On va essayer de trouver des partenaires et de créer des emplois pour développer le festival et en exporter le concept. Nous voulons faire de la programmation à l’année, développer ce qu’on appelle le théâtre invisible, le théâtre-forum et les master-classes. On se dit que puisque c’est la crise et que tout le monde met les flèches vers le  bas et bien nous allons au contraire mettre des flèches vers le haut. Je suis convaincue que la culture et l’éducation peuvent changer le monde ».

Propos recueillis par Thierry Gil


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