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Pourquoi le Front national n'est pas de gauche.

Publié le 17 décembre 2013 par Juan
Vous allez trouver ce titre provoquant. Il ne l'est pas. Il se développe à droite et ailleurs, depuis des lustres, une curieuse analogie entre le Front national et le Front de gauche. Assimiler "les extrêmes" est une vieille antienne, assez peu respectueuse du débat public, ignorante des faits, irresponsable politiquement.
Ces derniers jours, un analyste assez brillant a pourtant compléter la charge. A cause de son programme économique, le Front national serait de gauche, évidemment de gauche.
Edouard Tétreau, c'est son nom, fut l'un des premiers à prévoir quelques crises majeures, dont celle du surendettement des subprimes. Le voici, dans les colonnes des Echos du 11 décembre dernier, qu'il signe une tribune sur "le Front national ou la fusion de tous les extrêmes." 
Sa conclusion est sans appel: "le Front national confirme qu'il n'est pas un parti d'extrême droite, mais un parti d'extrême gauche. Il suinte la haine des « riches » ; la méfiance envers tout ce qui ressemble à l'entreprise, surtout si elle est grande et prospère ; le dégoût de l'économie libre. Il transpire, par tous les pores de sa peau, pour reprendre l'expression de Jean-Marie le Pen à propos des « sidaïques », l'amour du socialisme le plus national et le plus extrême ; l'esprit de fermeture ; la haine de la liberté."
La charge est, à l'encontre de quiconque connaît un peu la gauche, outrancière. Pour justifier l'argument, Tétreau mobilise quelques propositions économiques du Front national. Car son propos ne porte que sur le volet économique du mouvement mariniste. En vrac, il cite toute l'incohérence de ce fourre-tout économique à travers 12 propositions principales. :
1. le "retour au contrôle des prix (de l'électricité, du gaz, du train entre autres choses)" ;
2. "la taxation des entreprises qui délocalisent" ;
3. le "relèvement de la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu à 46 %" ;
4. le maintien de l'ISF ;
5. la "surtaxation des revenus du capital".
6. La surtaxation des importations ( "Une taxe de 3 % sur les produits importés du monde entier, joliment baptisée 'contribution sociale aux importations'")
6. la "réindexation des salaires sur l'inflation" ;
7. la revalorisation du SMIC ;
8. le "relèvement des salaires et pensions dans la fonction publique".
9. la "nationalisation des banques de dépôts";
10. la "nationalisation" des subventions à l'agriculture (actuellement gérée via la PAC européenne), ou de la dette publique française.
11. le retour au franc (qui a gauche le réclame encore ?)
12. le contrôle des capitaux et des changes.
De ces 12 points, on retiendra que certains ne sont pas défendus qu'au Front de gauche ou au Front national. Ainsi la taxation des entreprises qui délocalisent ou la surtaxation des revenus du capital ont été défendus par la quasi-totalité du corps politique: même l'ex-président des Riches, dans la dernière année de son quinquennat, s'est dépêché de faire voter une exit-tax, une TVA dite sociale, et un relèvement des impôts et prélèvements sur les revenus du capital. Quant à la revalorisation de la Fonction publique, rappelez-vous la fameuse promesse de l'ancien monarque: "moins de fonctionnaires, mieux payés, mieux formés, mieux considérés."

Deuxièmement, le programme du Front National se distingue surtout par quelques idées iconoclastes, funestes et iconoclastes que personne en France, de gauche à droite, ne défend à quelques exceptions marginales et sans soutiens. Citons notamment le retour au franc, le contrôles des change, des capitaux et des prix. Plus à droite, libérale même, la même Le Pen s'échine aussi à promettre baisse d'impôts et baisse de charges pour les entreprises. La même Le Pen use et abuse des slogans anti-fiscaux les plus poujadistes, à l'opposé de la marche pour la révolution fiscale soutenue par le Front de gauche le 1er décembre dernier.
Troisièmement, l'analyse est incomplète. Et oui, le FN a toujours ses obsessions, qu'il maquille, comme une certaine droite anciennement classique, d'un mélange de considérations économiques: les propos frontistes sur l'immigration ont toute leur place dans ce volet économique puisqu'ils sont défendus sur le terrain économique lui-même: la France serait économiquement trop attractive; socialement trop généreuse pour son immigration. Il suffit de relire le programme anti-migratoire de l'UMP présenté la semaine dernière, ou celui du FN, pour s'en convaincre.
Interrogée sur Europe1 lundi 15 décembre, Marine Le Pen rappela sa première piste d'économie budgétaire, "l'immigratiooooon!".  Certaines choses ne se soignent que sur un divan.
Bref, comme cela a été dit, analysé et expliqué ici ou là, le programme économique du FN est du grand n'importe quoi, sans cohérence ni logique autre qu'attirer le plus largement dans ses filets le plus grand nombre des inquiets et des exclus.

Revenons sur le propos initial de notre analyste Edouard Tétreau. Sa démarche, en fait, n'était qu'un appel à la raison à la droite classique: "ne vous méprenez pas", semble-t-il leur dire, "le FN n'est pas ce que vous croyez !"
Sans doute l'analyste aurait-il pu se contenter de l'essentiel, démontrer que le FN n'a pas de programme économique cohérent, plutôt que de verser dans la caricature.
A bon entendeur...


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