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Il était une (dernière) fois

Publié le 21 décembre 2013 par Copeau @Contrepoints
Opinion

Il était une (dernière) fois

Publié Par Baptiste Créteur, le 21 décembre 2013 dans Édito

Nos démocraties sont devenues totalitaires en peignant leurs barreaux.

Disons le tout de go : je ne suis pas un grand démocrate. On aura beau masquer les faillites théoriques et pratiques du proverbial moins pire des systèmes, la démocratie a porté au pouvoir les pires dictateurs et la force du nombre a commis les pires massacres. Et dans l’idée, que plusieurs individus puissent décider pour un autre individu et en son nom n’a rien de beau.

Mais ça, c’était avant. L’homme a appris de ses erreurs, il a compris enfin que la fin ne justifiait pas les moyens, que les plus purs idéaux ne justifieraient jamais les plus horribles atrocités. Les déclarations universelles ont donné assez de droits aux hommes pour qu’ils n’aient pas à suivre le premier démagogue venu, des précautions ont été prises pour éviter qu’une crise ne génère assez de misère pour que les citoyens désemparés veulent croire aux illusions. C’est ce qu’on raconte, c’est ce qu’on croit. Et c’est complètement faux.

Nous n’avons rien appris. Nous avons mené une mauvaise analyse, n’avons pris en compte que certaines informations et ignoré les autres. Nous avons considéré que la société et l’économie étaient des systèmes dont nous pouvions connaître et maîtriser les principaux paramètres. Et on apprend à l’école qu’en redistribuant assez on repousse la misère, qu’en lissant la croissance on évite que la machine ne s’emballe ou ne s’enraye ; qu’en investissant assez de la richesse nationale ou mondiale dans l’avenir, il sera assuré.

On a analysé les crises précédentes sous le mauvais angle ; on a vu un ajustement brutal de l’économie et décidé qu’il valait mieux l’ajuster en permanence. On a lancé un programme de dépense, l’économie a redémarré après un certain temps et succession a valu causalité. Et si on peut résoudre les crises de l’économie en gérant la dépense publique, pourquoi ne pourrait-on pas piloter l’économie complètement ?

On a conclu que le marché ne se régulait pas seul, que les hommes étaient trop bêtes pour s’organiser entre eux et qu’il fallait résoudre leurs inefficiences avant qu’elles ne surviennent ; on a décidé de mettre en place des instances de contrôle, de gouvernance, de protection, de surveillance. Avec des variantes plus ou moins lourdes, planification centralisée ou interventions ponctuelles pour assurer que le marché reste dans le cadre de son fonctionnement optimal.

Dans cet esprit scientifique, on a pu il y a quelques années encore repousser des ajustements de plus en plus grands, sauver des banques dont la faillite aurait ruiné toute l’économie en injectant dans l’économie la richesse que les citoyens n’avaient pas encore produite. Bel accomplissement.

On a pu aussi faire progressivement régner les droits de l’homme, s’assurer que la société posait des barrières à l’égoïsme de ses membres ainsi qu’à leurs vices ; on a empêché le premier en instituant la solidarité d’État, on a fait des seconds des crimes. Et toutes ces privations de choix ont été sanctionnées et acceptées par les urnes.

De quoi les citoyens pourraient-ils bien se plaindre, alors qu’ils ont en main l’avenir de leur nation à chaque élection et que les garde-fous assurent que la dignité humaine sera respectée ? Que souhaiter de meilleur ?

On pourrait souhaiter un système qui donne à chaque individu les clés de son propre avenir plutôt qu’une fraction de clés de l’avenir commun. Ce n’est pas parce qu’on le décrète que l’avenir des hommes est commun, mais parce qu’ils le veulent et que leur nature les y pousse. S’ils veulent obtenir ce que d’autres ont produit, ils doivent offrir quelque chose en échange. Non seulement l’échange, mais aussi l’empathie et la solidarité existaient avant l’État.

Il se comporte comme un marchand d’aspirateurs en porte-à-porte qui, pour prouver à ses prospects qu’ils ont besoin d’un aspirateur, répandrait partout dans leur maison des détritus et de la poussière et confisquerait leur ancien appareil ; à la différence près que, dans ce cas, les prospects ont encore le droit de refuser.

Et un peu partout sur la planète, le destin des hommes dépend aujourd’hui plus des décisions de leurs dirigeants que d’eux-mêmes ; sans la moindre preuve, certains peuvent décider de frappes aériennes télécommandées ou d’une surveillance de toutes les communications de leurs citoyens.

Et ces dirigeants, accueillis comme des héros par des foules enfin libérées du joug de l’infâme Bush et de l’immonde Sarkozy, ont des politiques insensées qui feront rire les écoliers de demain si tant est que l’école existe encore et que les livres d’histoire ne soient pas uniquement la version officielle après passage par le bureau national de la propagande. Barack Obama, ce héros démocrate, est en train de faire enfler la plus grande bulle de l’histoire de l’humanité pour lutter contre une crise de moindre envergure ; pour lutter contre un terrorisme qui réduirait la liberté des citoyens, il réduit la liberté et renforce la surveillance (au point que les plus enthousiastes du réseau déclarent la mort d’Internet) ; pour affaiblir les rangs des terroristes, il tue des milliers d’innocents dont les proches trouvent là une motivation pour le devenir.

Collectivement, nous n’apprenons pas de nos erreurs. L’un des pays les plus opposés à l’Occident dans la géopolitique actuelle, l’Iran, n’a pas toujours été un ennemi. Mais à force de voir leurs dirigeants manipulés et choisis par l’étranger, les Iraniens se sont tournés vers un régime différent.

Je ne suis pas dans l’esprit de chaque Arabe, mais le choix massif d’un islam érigé en modèle de société n’est à mon sens pas uniquement religieux ; il s’agit plutôt de la volonté d’évoluer dans un cadre stable et d’obéir à des lois fixes, prévisibles, dont l’application sera compréhensible, par opposition à un pouvoir autocratique. Ce ne sont pas la misère ou l’ignorance qui font l’extrémisme ; c’est l’arbitraire du pouvoir et la frustration du mensonge permanent qu’il implique. Il est préférable que les libertés soient restreintes mais les interdictions connues au lieu de risquer à tout moment une sanction imprévisible.

C’est pourtant, d’une façon différente certes, le sort des Occidentaux qui ont de plus en plus de mal à comprendre l’environnement dans lequel ils évoluent. D’un côté, on aurait empêché la crise, d’un autre, la croissance ne revient pas. On stagne, tout est fait pour que ça marche, mais ça ne marche pas ; les très riches s’enrichissent, les autres voient leur pouvoir d’achat s’effriter malgré les efforts qu’ils fournissent, consentis ou non. Personne ne semble y comprendre grand chose et ça commence à être inquiétant.

La situation actuelle est le fruit de l’erreur d’analyse commise il y a des décennies selon laquelle c’est en évitant les ajustements qu’on empêche les crises, et de celle commise il y a quelques décennies de moins selon laquelle c’est en faisant le chacun le gardien de son frère que nous connaitrons la fraternité.

En réalité, les ajustement sont nécessaires ; rien ne reste immobile. On avance ou on recule, on suit un chemin ou en s’en écarte, il n’y a sans doute même pas d’autre direction ni d’autre chemin que ceux qu’on décide de suivre. Toujours est-il que chaque tentative de repousser un ajustement ne fait que renforcer l’ampleur de l’ajustement qui surviendra nécessairement. L’ajustement, c’est la réalité, c’est ouvrir les yeux ; on peut les garder fermés, on peut tenter de l’ignorer, mais la réalité gagne toujours. Si on agit rapidement, on peut agir sans trop de douleur.

L’exemple de Goodyear Amiens Nord est emblématique. Un plan social, certes désagréable mais ne concernant qu’une partie des salariés, aurait permis d’éviter qu’ils soient tous au chômage suite à la fermeture de leur entreprise.

Malheureusement, ça ne marche pas dans l’autre sens ; les opportunités qu’on ne saisit pas n’en deviennent pas de plus grandes. On peut perdre à tous les coups.

Il y a quelque chose de rassurant et d’inquiétant à la fois dans l’absence d’influence qu’ont les citoyens sur leur propre sort. Il est rassurant de savoir que nous ne ferions sans doute pas individuellement les mêmes erreurs, mais inquiétant que collectivement nous laissions faire ceux qui nous refusent le laissez-faire. Ce ne sont pas nos erreurs, mais nous les subirons quand même.

Pour ma part, je préfèrerais être libre de commettre mes propres erreurs, ne serait-ce que pour éviter la tentation d’attribuer mes échecs aux autres. L’histoire des choses qui vous arrivent n’est pas intéressante, seul comptent les choix que vous avez fait.

Et aujourd’hui, seul certains choisissent, les autres subissent. La vie rêvée des uns est rendue possible uniquement par l’esclavage à mi-temps des autres. Comment appeler autrement le fait de travailler plus de la moitié de son temps pour autrui sans en avoir le choix ?

C’est au nom des plus belles intentions que ce système s’est mis en place, c’est grâce à elles qu’il se maintient : pour renverser un système collectiviste, il faut se battre pour l’individualisme, même si au fond le libéralisme n’est pas une théorie de l’individu mais des rapports entre les individus. C’est la philosophie politique qui accorde le plus d’importance à la justice dans les rapports à autrui et les échanges, et c’est celle dont les partisans sont le plus souvent qualifiés d’égoïstes.

Le tour de force de l’État, c’est de faire chanter parfois les oiseaux en cage que nous sommes. Nous ne chantons jamais sur ses résultats, toujours médiocres ; mais nous nous réjouissons de ses annonces, de ses avancées, du progrès qu’il promet de nous apporter. Notre cage n’est même pas dorée, mais nous nous réjouissons à chaque fois que nos maîtres promettent d’en peindre les barreaux.

Et nos petits, non pas pères, mais parrains des peuples, demandent qu’en plus de payer pour leurs erreurs et les services de plus en plus médiocres qu’ils nous obligent de consommer chez eux, nous embrassions encore leurs luttes et leurs idéaux affichés, que nous revenions à la politique et reprenions en main le destin de la Cité, comme s’il n’y avait que l’affichage comme vie politique possible. Comme si les luttes pouvaient être consensuelles, comme si on pouvait porter des projets de société favorables à tous, comme si le collectivisme était un jeu à somme positive ou nulle.

Reprendre en main nos destins suppose de jeter la clé de la vie politique, de laisser le projet de société se concrétiser par l’aboutissement des projets de vie de tous les citoyens. Mais ce n’est pas si simple ; ceux qui veulent un autre système sont des individus contre la puissance du groupe, même si le groupe n’a qu’une implication faible ; ce n’est pas l’intensité de son implication ou même le degré de son consentement qui compte, mais l’énergie que l’État parvient à lui pomper.

Il y a pourtant un espoir dans l’abîme. Il est encore fécond le ventre de la dette immonde ; c’est elle qui nous sauvera, si elle ne nous tue pas.

La dette n’est pas remboursable ; elle causera la perte des États actuels. Mais avant d’accepter la chute du ballon qui jusque-là les portes dans un ciel où ils sont impuissants et voguent au gré des vents, ils jetteront par-dessus bord les rêves et les aspirations des citoyens en même temps que leurs choix et préférences.

La chute des États est inéluctable, mais elle peut être longue et dangereuse. Dans le doute, soyez prêts à vous écarter de la zone de chute et trouver refuge au moins pour un temps sous des cieux plus cléments, ou à lutter contre une machine froide et implacable aussi consciencieuse et zélée que les fonctionnaires qui en constituent les rouages. Pour masquer leur travail simulé, certains se montrent prêts à faire passer tout service rendu pour du travail dissimulé, et ce n’est là qu’un exemple de contrôle un peu musclé ; l’histoire ne manque pas d’exemples du traitement qu’un État peut réserver à ses opposants.

Nous ne pouvons pas lutter de front contre l’État ; il se nourrit de l’énergie que nous déployons, comme une dynamo dont on ne pourrait pas se débarrasser. Nous ne pouvons que changer de vélo ou pédaler ailleurs.

Évitons que la chute soit trop douloureuse, et évitons que les mêmes erreurs se reproduisent. Évitons que les problèmes soient encore et toujours attribués à tous ces gens insensés que nous serions, à nos vices, notre égoïsme ou notre lâcheté ; le problème, c’est de vouloir une même trajectoire pour tous dont tous dévient nécessairement, pas que tous aient des trajectoires différentes. Nous n’avons pas les mêmes buts et pas envie de les atteindre de la même façon.

Évitons que ne soit répétée l’erreur qui consiste à rendre les hommes moins bons qu’ils ne sont en voulant les rendre meilleurs qu’ils ne sont. Évitons que la liberté soit une fois de plus sacrifiée sur l’autel d’un pouvoir qui se prétendrait plus juste et bon que ceux qu’il entend régir alors que nous savons désormais que c’est impossible. Évitons de reproduire les erreurs du passé ; apprenons de nos erreurs, et acceptons pour cela de les reconnaître.

Les échecs font une grande partie du succès. L’humanité a assez échoué ; assez de tentatives de bonheur collectif ont fait échouer les projets de vie d’assez de citoyens. Nous avons une chance d’enrayer le cycle des régimes politiques calamiteux. Saisissons enfin cette liberté qui, seule, permet à chacun la poursuite de son propre bonheur. Et alors, ne la laissons plus jamais filer.

Le mal n’est rendu possible que par la sanction qu’on lui donne. – Ayn Rand

La liberté est l’attitude des hommes libres. Faisons vivre la liberté, faisons la renaître des cendres du pouvoir éteint et tâchons de, toujours, la faire vivre.

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