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Mot secret…

Par Philippe Thomas

Poésie du samedi, n°62 (nouvelle série)

De la parole vers le mot, pas n’importe quel mot, et en passant par le silence, le chemin mène des ténèbres vers la lumière… mais il est végétal, de chair et de sang, d’eau et de vent. Et sur ce chemin, le verbe est au commencement et peut-être aussi à la fin de tout, avec ce mot-clé qu’est le Lamalif, où la combinaison des deux lettres Lam et Alif est analogue à la combinaison de la Réalité divine avec les formes des créatures… Mais les sacrés secrets du Lamalif ont beau être insondables, ils nous gazouillent  aujourd’hui à notre oreille intérieure…

Beau cadeau de Noël que cette visite de…

l’Oiseau de Dieu…

Laisse libre cours à ton être

Fraternise avec la parole... par ton silence

Et comme celui qui monte en haut d'un minaret

Ou descend au fond d'un puits

Sois une faim sans yeux

Une fenêtre où voir

Le tréfonds de mon âme

Sois la lumière de mes yeux

Pour franchir le seuil des ténèbres

Sois un Non-Sens

Un vrai délice dans ma bouche

Vent... et parfum

Une photo en noir et blanc

Aie l'apparence de l'eau

Si l'eau a une apparence

Je te veux

Pluie de fils gris

Plante vivace sur un mur

Un lierre qui éclate en sanglots...

Sois une rose

Non, ce n'est pas la peine

J'ai peur que tu te fanes vite dans un vase de verre

Sois un jardin

Le jardin non plus n'a rien dit de mal

Il a vu mes premiers pas

Mes premiers pas foulent sa verdure

dans le jardin où s'est troublée ma langue

Je viendrai te voir avec mes yeux en amande

Allume-moi sans feu

Viens à moi avec ton sang menstruel

Je deviendrai une tente caïdale

Une branche d'arbre

Viens à moi comme une lettre sur les ailes du vent qui t'entoure

Viens à moi comme un rire qui a l'éclat de la neige

Sois goudron, plante vénéneuse

Sois

Papier, plastique ou carton

Viens à moi comme tu veux

Fatiha ou ouragan

Sur les violons ... ou les cithares.

II

Viens me voir quand l'ombre sommeille

Quand il bruine et neige

Des mots

Ici un mot perle

Là un autre ne perle pas

N'est-ce pas

Ils ont dit : les gouttes font déborder le livre

Seul le Lamalif

A le droit

Des filles et des coupes pleines

Le mot courtois et sa dot

Il repose sur son front

Je la veux vierge

Un palmier géant dont j'escalade le sens

Je la veux

Solitaire, salée, amère, profonde à l'infini

D'origine et non une copie.

III

Pressée comme la mort

Viens me voir

Légère comme une feuille

Viens me voir au commencement du verbe

Chaude, piquante et infernale

Viens me voir LAMALIF

Le LAMALIF est l'ombre de Dieu

Le LAMALIF est l'oiseau de Dieu

Il a déployé ses ailes

En entrant

Il a laissé en moi une part de lui-même

Une adresse ?

Peut-être

Un numéro de téléphone ?

Possible

Un mot dont le secret

N'est percé que par Dieu

Probablement.

Mourad Kadiri  (Né au Maroc, à Salé, en 1965)  L’oiseau de Dieu (2007) extrait adapté de l’arabe marocain par Jalal el Hakmaoui et paru dans la revue Europe de novembre-décembre 2013 consacrée à la Littérature du Maroc.


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