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La France est aussi la fille aînée de l’athéisme

Publié le 06 janvier 2014 par Delits

Plusieurs signaux pourraient croire que la façade est en cours de ravalement. La magazine Time a désigné le Pape François homme de l’année. Une partie des catholiques français ont activement pris part au débat sur le mariage pour tous, à l’origine des manifestations les plus spectaculaires depuis trente ans dans notre pays. Parallèlement, l’image de l’école privée catholique reste excellente, 43% des Français se déclarent en effet susceptibles d’y mettre leurs enfants (alors que seuls 17% des enfants y suivent en réalité leur scolarité). Mais cet état des lieux ne doit pas occulter que le catholicisme ne cesse de perdre du terrain dans notre société. Cette érosion touche aussi bien la croyance elle-même que le rayonnement culturelle de cette religion.

Une existence de Dieu de plus en plus incertaine…

Un récent sondage OpinionWay réalisé pour Clés démontre que la part des croyants s’effrite toujours plus : seul un tiers des Français croit en Dieu. Dans le détail, seuls 14% des Français sont certains que Dieu existe contre 25% qui sont convaincus qu’il n’existe pas. Entre ces deux rives naviguent la grande majorité des Français, partagés entre une existence « probable » (19%), « improbable » (19%) ou qui « ne savent pas » (25%). Des croyances aussi orientées vers le doute voire la négation de Dieu font de notre pays un des pays le plus areligieux au monde, le rapprochant de la Suède, de la République tchèque ou même de la Chine. La France a été historiquement un pays précurseur en matière d’athéisme, qui s’est développé dès le XVIIIème  siècle avec des personnalités telle Diderot.

Chez les catholiques précisément, la croyance aux dogmes fondateurs de l’Église a perdu beaucoup de sa ferveur. En réalité, le fossé est profond entre les pratiquants, qui en sont encore imprégnés, et les non pratiquants qui rejoignent souvent les opinions des « sans religion ». Seuls 18% des non-pratiquants pensent que Dieu a créé le monde, contre 63% des pratiquants. Un décalage du même ordre est observé sur la croyance sur la résurrection de Jésus ou les apparitions de la Vierge. La société est tellement déchristianisée qu’en dehors du cadre de la pratique, il semble que le fil de la foi semble voué  à s’effilocher. Sans messe, point de salut ! Le seul point de consensus concerne le diable : même les pratiquants semblent majoritairement ne plus y croire (seuls 39%)…

La perte d’influence du catholicisme dans notre société

Huit Français sur dix sont baptisés (sondage Ifop 2012). Ils étaient neuf sur dix lors du Concile de Vatican II. Une baisse apparemment mesurée, la France demeurant sous influence catholique. Mais son déclin s’accentue sous l’effet conjugué de deux phénomènes. Le premier est ancien puisqu’il provient de la sécularisation croissante de la société. Contrairement aux Américains qui ont pu concilier religion et société de consommation moderne, les Français, de plus en plus urbains et individualistes, s’en sont éloignés. La rupture la plus nette semble s’être opérée au cours des années 1960. 34% des Français étaient alors catholiques pratiquants. Aujourd’hui, seuls les 65 ans et plus, c’est-à-dire les personnes ayant reçu une éducation religieuse avant les années 60, constituent la dernière génération où la pratique reste significative. Les plus âgés (soit 21% de la population de plus de 18 ans) représentent à eux seuls la moitié (48%) des pratiquants réguliers. De même, les femmes sont surreprésentées parmi les fidèles dans les églises, puisqu’elles en constituent 64%.

L’un des signes témoignant de la moindre ferveur est le classement des événements les plus marquants en 2013. Le renoncement de Benoît XVI et l’élection de François, qui a constitué une séquence non seulement quasiment inédite dans l’histoire religieuse mais aussi très relayée par les médias, n’ont été cités prioritairement que par 18% des sondés, soit le 9ème rang sur les 10 événements proposés, loin derrière le décès de Mandela, le mariage pour tous, mais aussi les bonnets rouges ou la réforme des retraites.

L’autre phénomène contribuant à atténuer l’influence culturelle catholique, plus récemment, est la fin du quasi-monopole qu’a longtemps exercé le catholicisme, du fait de l’émergence d’autres religions, et avant tout l’islam. Parler de « concurrence » serait impropre car les musulmans convertis sont très rares en France (1% environ), mais leur place grandissante avec une population jeune (62% des musulmans majeurs ont moins de 35 ans selon l‘Ifop et une pratique souvent plus régulière (41% des musulmans pratiquent) constituent désormais un courant spirituel incontournable dans la société.

Le résultat est statistiquement édifiant. Selon l’institut CSA, 81% des Français se déclaraient catholiques en 1986, puis 69% en 2001. Ils ne sont désormais que 56%. La part des autres religions est sortie de sa marginalité pour atteindre 11% (+7,5 points depuis 86), tandis que la part des sans religion a bondi jusqu’à 32% (+16,5 points depuis 86). Chez les moins de 35 ans, ils sont d’ores et déjà majoritaires. En une génération, un tout nouveau rapport de force s’est ainsi dessiné dans la société en matière de cultes et de spiritualité.

La religion dans la société de demain

Afin de se projeter dans l’avenir, il est tentant de s’attarder sur les croyances de la jeunesse. Les 18-24 ans sont particulièrement détachés de la religion (47% n’en ont pas). Moins d’un tiers d’entre eux (31%) est catholique, et l’écart avec les autres religions – l’islam pour l’essentiel – se réduit (21%). Si la tendance se poursuit, d’ici une dizaine d’année, selon les estimations de CSA, les catholiques ne seront, pour la première fois de son histoire, plus majoritaires en France. Les sans religions deviendraient, à terme, majoritaires, tandis que l’islam demeurerait minoritaire, mais plein de vitalité.

Ces changements bouleversent non seulement la société, mais les individus eux-mêmes. Concernant la société française, elle est profondément laïque – même en 1961 les Français pensaient que l’Église ne devait pas intervenir dans la politique – mais elle reste façonnée par des références catholiques, que ce soit sa littérature, son architecture, ses valeurs, son calendrier, etc. L’émiettement de l’édifice catholique va-t-il remettre tout cela en cause ? Quel apport le développement de l’islam va-t-il transmettre à notre culture ?

Concernant les Français pris individuellement, ils pensent de plus en plus qu’il n’y a rien après la mort (46%, +7 points en 8 ans). Profiter du moment présent, s’attacher à sa famille et mettre sa personne en valeur, comme l’illustre le développement du personal branding, s’assimilent à des besoins plus vitaux que jamais.

Rien n’est cependant écrit à l’avance. Les Français, même de moins en moins religieux, gardent de la spiritualité. 70% pensent que les religions sont un besoin essentiel de l’homme et qu’elles vont perdurer, même si elles se transforment. Ils ressentent, au travers des différentes enquêtes, le besoin de repères et sont, en contrepoint des années 60-70 lorsque le pays est entré en voie de déchristianisation, à la recherche d’authenticité. Par ailleurs, il n’est pas certain qu’ils puissent, dans 20-30 ans, supporter de vivre dans une société totalement areligieuse.

Les catholiques, dont les fidèles grisonnent et se comptent moins nombreux, ont déjà retrouvé du réconfort en la personne du nouveau Pape. 65% (contre 22% pour Benoît XVI en 2009) d’entre eux pensent qu’il défend bien les valeurs du catholicisme, contre 5% pensant qu’il les défend mal. Et si le Saint père actuel correspondait justement à ce à quoi les Français aspirent : de la simplicité, de l’authenticité et de la spiritualité. Le Vatican a d’ores et déjà lancé le combat de la ré-évangélisation des sociétés occidentales.  Un chantier devenu existentiel pour l’Église.


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