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Entretien avec un vampire

Publié le 14 janvier 2014 par Montaigu

Ladyvampire

Question à deux balles : quelle différence y-a-t-il entre un vendeur de chez Darty ou de la Fnac et un banquier? A priori aucune.  Leur conseil est quasiment inexistant et ils sont commissionnés sur les produits qu’ils vendent.

Néanmoins  quelque chose de fondamental les distingue.

Quand on va à la Fnac ou chez Darty pour un téléviseur ou une machine à laver, on ressort avec le produit idoine, a priori, mais sans maîtriser forcément la marque, car c’est là dessus  précisément que le vendeur joue son va-tout.

Le banquier offre aussi  la machine à laver mais assortie parfois d’un micro-ondes ou d’un fer à repasser obligatoires.

Je m’explique.

Le banquier, ou " guichetier banquier", perçoit donc une commission sur les produits  qu’il fourgue à ses clients. Pour ce faire, il profite parfois et sans vergogne d’une opération, en général de financement, afin d'obliger son client, au moment de la signature,  à souscrire à un produit d’épargne ou de prévoyance au prétexte simple, mais ô combien efficace, que sans cela il n’y aura pas de crédit.

Faisant fi des protestations dudit client qui lui démontre qu’il dispose jusqu’au nez de ces mêmes produits, mais auprès d’autres établissements.

Dans le passé, le banquier s’enveloppait de discours plus onctueux, pour réclamer avoirs,  placements  etc. mais toujours avec  classe et distinction. Maintenant le langage est plus brut. Et la pratique illégale. En droit français, cela s’appelle une vente liée. En droit bancaire, cela peut s’interpréter comme un conseil contraire à  l’intérêt du client. Et il y a moult jurisprudence en la matière.

Il reste au client récalcitrant et qui a compris la manip, à fermer sa grande gueule, attendre un délai raisonnable pour résilier le produit superfétatoire.  En faisant attention à que le  guichetier ne l’apprenne pas, ce qui ne présente aucune difficulté majeure puisque tout est géré à partir du  siège de la banque.

Cette aventure m’est arrivée et malheureusement j’ai fait une gaffe. Ma conseillère guichetière a compris que j’avais procédé à l’annulation de son produit de merde. Elle s’est transformée en furie et m’a carrément menacée. Renseignement pris, elle ne touche une commission, que si la résiliation n’intervient qu’à l’issue d’une  année pleine. Or là il ne s' agissait que de  quelques mois. Bref, adieu com! Pauvre chérie.

J’ai jugé qu’il ne fallait pas pousser mémé dans les orties et j’ai écrit à la directrice de l’agence pour demander mon changement de "conseiller". A ma grande surprise je me suis vue proposer un rendez-vous pour expliquer les raisons de mon mécontentement. Curieux. J’avais  dans le passé parlé au téléphone avec "madame la directrice" pour changer de conseiller, sans réaction de sa part.

Le jour j, je me pointe. Pas en grande forme. Une mine de papier mâché, ayant subi une attaque en règle des virus de l’école primaire. Mon jean de la semaine roulé sur mes boots ayant connu des jours meilleurs, enveloppée dans une veste plus utile pour courir la campagne que battre le pavé parisien. Je me suis avachie devant….Une it girl. Bottines à hauts talons, pantalon slim noir, veste Chanel, cheveux longs encadrant de grands yeux bleus. Elle présentait une certaine  ressemblance avec Sharon Tate dans "le bal des vampires".

Pour équilibrer une image qui n’avait rien de celle d’un leader, j’ai susurré que j’étais une ex-banquière. Quand même. J’ai délivré mon message, voir plus haut. Et j’ai écouté.

Madame it girl m’a annoncé en introduction qu’elle connaissait bien mon dossier. J'en ai déduit qu’elle l’avait lu 10 minutes avant, au lieu des 5 requises. Ensuite prêchi prêcha. Tout ça "c’était pour mon bien", ce n’était en rien une vente forcée, bla bla bla. Ah bon ! Je n’aurais pas cru. Je suis restée impassible. Elle a compris assez vite que je n’étais pas convaincue. J’ai  supposé que d’autres que moi avaient été confrontés à cette mésaventure. Bref, on arrête là. Par charité...

Plusieurs idées me viennent.

Ceux qui travaillent dans le réseau bancaire traditionnellement ne sont pas les meilleurs. Je ne dis pas qu’ils sont tous nuls mais on n’y laisse pas les très bons. Cette histoire me l’a confirmée.

Toute la relation étant gérée à partir du siège, le guichetier, directeur ou simple conseiller, n’a quasiment aucune marge de manœuvre. Il lui reste à vendre des produits pour lesquels il touche des commissions.

D’où cette interrogation : qui se soucie dorénavant de l’intérêt du client ?

Il est de tradition en ce début d’année de présenter ses vœux. Et d’ailleurs ma banque sur son site internet s’enquiert des miens. Les voici : voir mon banquier le moins possible. J’ajouterais dans un langage qu’il est capable de comprendre, car anglais, "fuck you very much" pour toutes les joyeusetés passées que j’ai dû avaler. 

Holy shit!


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