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Intervenant en soin spirituel: l’autre acteur médical

Publié le 20 janvier 2014 par Raymondviger

Spiritualité et soin de santé.

Delphine Caubet   Dossier Religion et spiritualité, Croissance personnelle

Intervenant-en-soin-spirituel hôpital hôpitaux spiritualitéCharbel Ibrahim travaille au CHU Sainte-Justine. Dans son bureau, attenant au lieu de recueillement, il reçoit un appel. Un enfant autochtone est gravement malade. S’il ne reçoit pas une greffe, il risque de décéder. Charbel s’apprête alors à rejoindre la famille. Pourtant, il n’est pas médecin et son domaine n’est pas médical. Alors que fait-il dans un hôpital? Il est «intervenant en soin spirituel». Un nom étrange pour une profession souvent incomprise.

Les intervenants en soin spirituel sont des membres à part entière des travailleurs de la santé. Leur mission: soutenir patients et familles par le spirituel, le moral ou le psychologique.

Leur travail n’est pas de prêcher. Bien au contraire. Les hôpitaux sont laïques, et la profession est déconfessionnalisée. Donc, les chapelles se transforment en lieux de recueillement, et les pasteurs sont remplacés par des intervenants: des diplômés, des universitaires.

Charbel assiste les patients dans leur quête de sens. «Pourquoi moi, disent-ils. J’ai un cancer alors que je fais du sport, je mange bio… Pourquoi?» Des questions que beaucoup se posent.

Des travailleurs de la santé comme les autres

De plus en plus d’hôpitaux ont une approche globale des patients. Ils prennent en compte le physique et l’affectif. «C’est un grand processus d’humanisation», précise Charbel. Et contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas que les croyants qui viennent le consulter. «Car le spirituel est partout. Un non-croyant peut avoir une vie spirituelle.» «Mais les gens ne veulent plus être enfermés dans des catégories.»

À Sainte-Justine, Charbel est présent dans les unités de soins prioritaires. En soins intensifs, mais également en hémato-oncologie et au service mère-enfant. Lors des réunions interdisciplinaires, les membres du personnel soulignent des cas qui auraient besoin de son assistance. Il va alors proposer son soutien à la famille.

Pour intervenir, Charbel écoute les besoins des patients. Il les assiste pour qu’ils trouvent un sens aux événements. Ce travail, loin d’être superficiel, apporte un soulagement aux malades et à leur entourage. «Lorsqu’un individu est malade, son identité et son intégrité sont touchées, car le corps et ses capacités changent. C’est toute son identité qui est affectée.» Le travail consiste alors à écouter le patient pour lui faire accepter la situation.

Rituel et prière

Il y a peu de temps, Charbel a aidé des parents à faire le deuil de leur enfant mort-né. Comme il le dit: «On ne peut pas nier le passage de cet être sur terre.» Pour cela, il a effectué une «célébration de l’amour». Une façon pour les parents d’extérioriser leurs émotions. Dans ce rituel, ils ont partagé le vécu de la grossesse, et ont exprimé leurs attentes. Ils les ont matérialisés par des objets destinés à l’enfant, et retracé l’histoire qu’ils en avaient vécue et auraient pu vivre.

Durant cette expérience, le couple a donné un nom à l’enfant. Charbel a laissé les parents appréhender leur nouvelle réalité. Le silence a eu son importance, mais également le toucher. Par les objets, et parfois par l’enfant lui-même. Pour appréhender cet être qui est venu et qui est parti.

Si les familles le souhaitent, Charbel prononce des paroles, athées ou religieuses, pour s’adresser au transcendant.

Une profession incomprise

C’est par le biais de ces outils que les intervenants soutiennent les patients. Mais attention: ils ne sont pas «des distributeurs de rituels!» dit Charbel. Leur profession, parfois ignorée de leurs collègues, est perçue comme limitée. Et si le personnel ignore les services qu’offrent les intervenants, ils ne peuvent pas agir adéquatement. Encore aujourd’hui, dans l’imaginaire collectif, ils sont associés aux agents de pastorale et aux prédicateurs.

Pour démystifier cette profession, Charbel fait des formations, entre autres, auprès des infirmières et des médecins. Pour que chacun comprenne son rôle et puisse y référer adéquatement.

Mais la quête de sens n’est pas uniquement auprès des patients. Il peut arriver que les intervenants agissent auprès des membres du personnel hospitalier (toujours à leur demande). Ces derniers, en contact quotidien avec des situations difficiles, peuvent ressentir le besoin de trouver un sens aux événements.

Une fenêtre sur les religions

D’après Mélany Bisson, chargée des communications à l’Association des intervenantes et des intervenants en soins spirituels du Québec (AIISSQ), la plupart d’entre eux ont un DESS en santé, spiritualité et bioéthique. Bien qu’avec des connaissances religieuses variées, ils sont formés pour intervenir sur le spirituel dans un sens large. À la suite de quoi, ils effectuent au minimum un stage clinique.

Des patients qui refusent des soins par convictions religieuses ont fait les manchettes. Dans ce type de circonstance, c’est l’intervenant en soin spirituel qui agit. Mélany Bisson raconte sa propre expérience. Alors qu’elle intervenait au CHUM (Centre hospitalier de l’Université de Montréal), un témoin de Jéhovah a refusé une transfusion. Bien qu’elle ne le fît pas changer d’avis, l’hôpital respecta sa décision, car elle était en harmonie avec les valeurs du patient. Son travail ne consistait pas à le convaincre de bafouer ses croyances. Mais plutôt de vérifier si cette personne était consciente de l’impact de sa décision et si cela correspondait à ses valeurs.

Si ce travail est difficile (Sainte-Justine étant un hôpital pour enfant), Charbel ajoute que sa profession est avant tout un beau défi. Elle fait grandir. Quant aux patients, certains d’entre eux témoignent de l’empathie et de l’ouverture de l’intervenant; celui-ci ne cherchant pas à les enfermer dans un dogme.


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