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L’égalitarisme à l’école : illustration d’un aveuglement idéologique

Publié le 22 janvier 2014 par Copeau @Contrepoints
Opinion

L’égalitarisme à l’école : illustration d’un aveuglement idéologique

Publié Par Fabrice Descamps, le 22 janvier 2014 dans École & éducation

Éducation nationale : l’inégalité scolaire est accentuée par les mesures censées la combattre.

Par Fabrice Descamps.

EDUCATION-RENTREE

Il y a quelques temps déjà, je vous avais parlé du malaise enseignant. L’article en restait à des généralités. Or je voudrais vous montrer maintenant in concreto comment la faillite du système éducatif français s’organise au quotidien.

J’enseigne, entre autre, dans ce qu’on nomme une « section internationale »; c’est-à-dire que je prépare de très bons élèves à passer un bac français et un bac étranger en même temps, en l’occurrence l’Abitur allemand.

Pas plus tard qu’hier, je me suis insurgé, auprès de mes collègues des autres sections internationales de France et de Navarre, du fait que plusieurs de mes élèves s’étaient vus refuser l’octroi d’un séjour de six mois en Allemagne, indispensable pour se hausser au niveau requis par l’examen allemand.

Voici des extraits de la réponse d’une desdits collègues : « Je ne vois pas pourquoi il existerait une quelconque priorité pour les élèves des sections Abibac [i.e. les sections internationales en allemand]. (…) Laissons les autres élèves exister si nous voulons vraiment soutenir l’enseignement de l’allemand en France. Arrêtons de privilégier les privilégiés ». Ce genre de discours est assez représentatif de la doxa que nous sert à la louche le SNES à longueur d’année et de conversation dans toutes les salles des profs.

Or mes élèves de sections internationales sont-ils des « privilégiés privilégiés, fils et filles de privilégiés » ? Je me suis livré, ces dernières années, à de discrètes statistiques, collectées grâce à la fameuse fiche de liaison parents-profs qu’ils me remplissent en début d’année. Pour les trois quarts d’entre eux, oui, de toute évidence. Ils sont enfants d’enseignants ou de professions libérales. Mais le dernier quart, le plus intéressant d’un point de vue sociologique, est composé d’enfants de milieux très modestes, mais qui recherchent dans les sections internationales ce havre de paix, de travail et d’excellence que le système éducatif français leur refuse ailleurs.

Si nous suivons donc ma collègue sus-citée jusqu’au bout de sa propre logique et arrêtons de « privilégier les privilégiés », il faudrait tout bonnement fermer les sections internationales. C’est d’ailleurs ce qu’est carrément venu me dire le patron de la section SNES de mon lycée, un prof de sciences économiques et sociales, comme par hasard (pour faire bonne mesure, il a aussi sa carte au Front de gauche).

Oui, mais que deviendrait alors le quart de mes élèves qui ne sont justement pas des « privilégiés » ? Eh bien, on les enverrait végéter dans des classes de cancres où les fumistes près du radiateur pourraient à loisir les traiter « d’intellos ». Et pendant ce temps, les trois quarts de « privilégiés » iraient grossir les rangs de l’enseignement privé catholique où ils rejoindraient les autres représentants de leur « caste ».

Regardons donc la situation du système éducatif si l’on applique à la lettre les recommandations des militants du SNES. On arrête de privilégier les privilégier. On ferme les sections « élitistes » comme celle où je travaille. Les privilégiés quittent l’enseignement public pour se retrouver entre privilégiés dans des ghettos scolaires de riches tandis que les élèves pauvres mais méritants restent dans le système public au milieu des autres élèves de leur milieu d’origine, mais dont le travail et les résultats laissent à désirer, créant ainsi de leur côté des ghettos scolaires de pauvres dont il leur sera impossible de s’abstraire. Moralité : l’inégalité scolaire est accentuée par les mesures mêmes qui étaient censées la combattre.

Cette situation ne vous rappelle-t-elle rien ? C’est pourtant exactement la conclusion que l’on peut tirer de l’examen des performances de la France telles que révélées par le dernier classement PISA de l’OCDE : malgré vingt-cinq ans (1989-2014) d’une politique soi-disant égalitariste, le système scolaire français est celui d’Europe occidentale où l’origine sociale des enfants pèse le plus sur leurs chances de réussir leur études. Merci M. Bourdieu !

Vous pouvez voir de la sorte comment, au quotidien le plus prosaïque, les enseignants sont victimes de leur propre aveuglement idéologique entretenu par le SNES et les bataillons de profs de sciences-éco qui continuent de vénérer Pierre Bourdieu. L’égalitarisme invétéré des enseignants eux-mêmes est le principal vecteur de la faillite de notre système éducatif. Si des réformes absurdes sont acceptées par mes collègues, c’est parce qu’elles sont appliquées sur un terreau qui est favorable à la stupidité bien-pensante. L’enfer est pavé de bonnes intentions.

Bienvenue dans l’Éducation Nationale, bienvenue en Absurdistan.


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