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Le harcélement à l’école : mauvaise foi partout, compréhension nulle part.

Publié le 22 janvier 2014 par Leprocrastinateur @Le_procrastin
Credit:DURAND FLORENCE/SIPA

Credit:DURAND FLORENCE/SIPA

Je profite du reportage sur France 5 concernant le harcèlement à l’école passé en Octobre 2013 pour en faire un article un peu plus personnel concernant ma propre expérience et peut être celle d’autres rédacteurs de ce blog. Grâce à cette bande annonce du documentaire qui allait être présenté sur la 5, le sujet à émeut le web et le harcèlement à l’école devient un sujet dont les gens peuvent discuter. Mais pour moi, ça ne résout rien : en parler est une chose, agir contre, c’en est une autre!

 

C’était quand j’étais au collège. Mes parents avaient déménagés pour des raisons professionnels, et je suis alors passé d’un collège d’une ville plutôt balnéaire où j’étais bien, heureux et avec des amis en 6e, dans un autre collège où je ne connaissais personne, paumé, en campagne profonde en 5e. Bien sûr, je pense que cela à joué.

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Le vrai souci avec le harcèlement à l’école, c’est finalement la volonté quasi-incroyable des « adultes » à fermer les yeux devant ce qui est pourtant évident. Je n’ai aucune idée de comment ça se passe actuellement, mais de mon époque, un baraqué qui martyrisait un plus petit n’était jamais vraiment inquiété, sauf rappels à l’ordre parfois, punition, et même mieux, quand le petit ripostait, c’était souvent la punition collective. Maintenant, les grands baraqués, ça n’aime pas trop faire leurs forfaits seuls, ils sont souvent accompagnés d’autres baraqués aux QI proportionnellement inverse de leur taille; et c’est souvent un matraquage, isolé du public lorsque tout le monde a le dos tourné.

Une fois, ce mec m’a pris à parti pendant que nous faisions du sport en extérieur, accompagné de ses fidèles berger-allemands et n’arrêtait pas de me jeter du sable dans les yeux. Évidemment, lorsque j’ai essayé de regarder dans la direction du prof, il n’était pas là. Ils savaient attendre leurs moment. J’ai essayé de riposter, j’ai pris une droite, et comme assommé, par-terre, j’ai pris d’autres coups de pieds. Une fois fini, les costauds sont partis, et je me suis relevé, douloureux. Je n’allais pas les dénoncer, car il y a ce nuage invisible mais constant du mec qui est une « balance », et ça, c’est pire que tout. Non mais par contre, j’ai pris une heure de retenue par mon prof de sport. Oui, les costauds, ayant eu peur que je balance quand même, avaient couru aux jupons du prof pour leur dire que je les avait tabassé. Évidemment, un mec tout frêle et petit comme moi avait bastonné tout seul 3 grands gaillards de la campagne. Malgré tout je restais dans mon silence, je ne suis pas une « balance » et j’ai fait l’erreur de penser que si je ne disais rien, peut être seraient-ils indulgents la prochaine fois. Grave erreur.

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L’autre gros souci dans le harcèlement à l’école, c’est finalement le déni de son existence. Fermer les yeux sur les problèmes que peuvent avoir un élève avec d’autres élèves est pour moi une chose très grave. Mieux, la chose qui m’a le plus interloqué lors de mon passage dans ce collège pourri jusqu’à la moelle, c’est la réflexion qu’un prof juste bon à la distribution de tictac m’a dit alors que je tentais de lui expliquer « S’ils s’y mettent à 5 pour t’embêter, c’est bien que tu y es pour quelque chose. Pourquoi seulement toi? Dans ce cas, je ne peux rien faire pour toi. Autre chose: je te conseille de ne pas aller voir le CPE pour ça, ils ont d’autres choses plus important à s’occuper. » C’est vrai ça, pourquoi moi?

Cadenas et porte du casier fracturé, livres scolaires volés, bleus et coups reçus parce que j’ai provoqués mes camarades, moqueries intempestives… et personne pour m’écouter, voilà à quoi se résumait ma situation collégienne.

Mais les choses ne s’arrangeaient pas. J’avais l’impression de vivre un calvaire, et je n’étais pas un bon élève en plus. Ce qui faisait de moi un élève moyen, martyrisé par une bande de

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gros bras et qui en plus à force de redoublement, se sont retrouvés dans ma classe en 3e, et puisque aucun adultes n’a voulu prendre ses responsabilités concernant ces 5 grosses brutes, ces 5 grosses brutes continuent à faire chier des mômes et à se moquer des autres, à frapper ceux qui se lèvent contre eux et à dicter la loi du plus fort dans la cours de récréation. On allait pas virer 5 mecs sur les dires d’un élève peu brillant qui semblait en plus les avoir attaqué en premier. Mauvaise foi partout, compréhension nulle-part. C’est l’isolement et l’exclusion par les adultes qui aggravent la situation.

Concernant l’écoute de mes parents, c’était pareil. Il était hors de question que j’embête ma mère avec ça. Elle n’aurait pas supporté l’idée que son fils se fasse torturer au collège. Et puis si mes parents avaient décidés d’aller voir les profs à l’école pour mes problèmes de camaraderie, j’aurai eu la honte tout le restant de mon cursus scolaire. Qu’est-ce qu’on est bête quand on est enfant!

On résume alors. On est persécuté, frappé, moqué, taquiné. Le pire c’était de savoir que des adultes savaient ce qu’ils se passait et qu’ils ne faisaient rien pour que cela s’arrange. Le pire c’était que certains adultes remettent de l’huile sur le feu pour alimenter cette situation déjà plus que pénible. Le pire c’était de pouvoir en parler avec personne.

Le truc, c’est que je savais que d’autres subissait le même traitement, et qu’en plus parfois c’était pire. A cette époque j’étais dans un mal-être profond qui a mis du temps à disparaitre. On peut pas dire que j’ai subit le pire des harcèlements, mais putain, qu’est-ce que ça m’a marqué. Et j’imagine que pour d’autres, ça devait être encore pire.

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Je ne dénonce pas les « grosses brutes » de mon collège : ils étaient jeunes et stupides. Non, je dénonce les adultes (profs, CPE, surveillants) qui ont préféré fermer les yeux que de prendre leurs responsabilités. Agir contre le harcèlement à l’école, c’est déjà arrêter de le nier quand il se présente. Arrêter de faire semblant que tout va bien. Dire les choses quand ça ne va pas bien. Arrêter de croire que untel vient de pousser machin pour s’amuser. C’est drôle que pour un. Je parle pas au nom des enfants; je parle au nom des adultes.

Lisez cet article pour comprendre un peu comment ça se passe chez nos adultes, sensés nous protéger, nous les jeunes. Il raconte le calvaire de 2 soeurs prise en grippe par leurs profs et par les élèves à qui ont répond « vous devez apprendre à vous défendre tout seul« . Et finalement voir que ce que je dis est toujours vrai aujourd’hui. Le problème ce sont les adultes qui font rien, mais surtout n’importe quoi pour arranger les choses.


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